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Longévité : plus d’années en bonne santé ?

82,9 ans pour les femmes et 75,6 ans pour les femmes, soit en moyenne 1 an et demi de plus qu'en 1992. L'espérance de vie à la naissance mesurée en 2002 indique que nous serons de plus en plus nombreux à atteindre des âges avancés. Faut-il pour autant s'attendre à voir le nombre de personnes dépendantes augmenter dans des proportions inquiétantes, au point de faire peser sur nos sociétés une charge insoutenable ?

Toutes classes d’âge confondues, on compte aujourd’hui en France environ 700 000 personnes dépendantes, à divers degrés, dont la moitié pour raisons mentales.

On pourrait craindre que l’augmentation de la proportion de personnes âgées dans la population ne fasse exploser ce nombre, provoquant ainsi une inflation des dépenses de santé. Pourtant, selon de nombreux experts, ces craintes ne correspondent pas à une certitude.

En effet, on peut aujourd’hui considérer que 60% des Français ne deviendront jamais infirmes ni dépendants, quand bien même ils vivraient très vieux. Mieux encore, à 75 ans, c’est seulement 5% de la population qui se trouve en mauvaise santé. Et à 80 ans, 73% des personnes abordent le quatrième âge en vivant de façon autonome, tandis que 14% sont hébergées dans leur famille et 13% en maison de retraite.

Principales sources (auteurs ayant publié des travaux sur ce sujet) : Jean-Marie Robine (Inserm - Université de Montpellier), Pierre Mormiche (Insee), Alain Colvez (Inserm), Nicolas Brouard, Jacques Vallin, France Meslé (Ined).

Le vieillissement entraîne-t-il systématiquement une détérioration de la santé ?

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</video> Michel Frossard Réponse de Michel Frossard, économiste du vieillissement, gérontologue, directeur du centre pluridisciplinaire de gérontologie à Grenoble. © Science actualités (CSI)


Réponse de Michel Frossard, économiste du vieillissement, gérontologue, directeur du centre pluridisciplinaire de gérontologie à Grenoble.

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</video> Jean-Claude Henrard Réponse de Jean-Claude Henrard, professeur en santé publique, gérontologue et directeur du réseau fédératif de recherche (RFR) n°12, “Santé, vieillissement, société”. © Science actualités (CSI)


Réponse de Jean-Claude Henrard, professeur en santé publique, gérontologue et directeur du réseau fédératif de recherche (RFR) n°12, “Santé, vieillissement, société”.

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</video> Michel Allard Réponse de Michel Allard, gérontologue, Fondation IPSEN. © Science actualités (CSI)


Réponse de Michel Allard, gérontologue, Fondation IPSEN.

La véritable question qui reste posée est celle de la qualité de vie pendant les années supplémentaires que nous offre l’augmentation de la longévité. Pour obtenir des éléments de réponse, il est nécessaire de définir de nouveaux indicateurs : la simple mesure statistique de l’espérance de vie ne suffit pas.

L’espérance de vie sans incapacité

Durée de la période de dépendance en fin de vie De 1981 à 1991, la période moyenne de dépendance ne s'est pas allongée, elle s'est déplacée vers de plus grands âges. © CSI 2004

Le réseau “ REVES ” (Réseau espérance de vie en santé) est l'un des organismes qui s’intéressent à la mesure d’une espérance de vie sans incapacité sévère. Ses travaux montrent que cet indicateur augmente en même temps que l’espérance de vie. En résumé, les années gagnées sont plutôt vécues en bonne santé. Les handicaps dus au grand âge surviennent en général dans une période de un à deux ans avant la fin de la vie, quel que soit l’âge du décès.

Les progrès réalisés par la médecine et l’amélioration de nos conditions de vie ne se borneraient donc pas à prolonger la vie. Ils auraient aussi pour effet de retarder l’apparition des incapacités, y compris des plus lourdes.On remarque dans ces résultats que si les femmes ont une longévité moyenne supérieure à celle des hommes, la période durant laquelle elles souffrent de diverses incapacités est aussi plus longue.

De la même manière, si on observe une grande influence du milieu social sur l’espérance de vie, cette différence est encore plus marquée lorsque l’on examine l’espérance de vie sans incapacité. Les couches sociales les moins favorisées vivent en moyenne une période d’incapacité plus longue.

Ces résultats, pour inquiétants qu’ils soient quant à l’application du principe d’égalité, peuvent aussi être vus comme une incitation à les corriger. Ils définissent en effet des cibles de prévention et pointent clairement les directions dans lesquelles des efforts devraient être entrepris.

Espérance de santé

Représentation graphique proposée par l'OMS pour décrire l'espérance de vie en santé Exemple concernant la population française entre 1980 et 1991. © Science Actualités (CSI)

Les indicateurs démographiques relatifs à l’espérance de vie sont souvent difficiles à manier, car ils ne s’intéressent pas aux individus mais à l’ensemble d’une population.
La représentation graphique proposée par l’OMS permet de visualiser l’évolution des progrès réalisés au cours du temps en matière de longévité sans incapacité.
Le principe de représentation est celui de la fonction de survie. Les trois courbes décrivent le pourcentage de survivants dans une population à divers niveaux de santé : sans maladie, sans incapacité et survie totale.
Les surfaces entre les courbes permettent ainsi d’avoir une idée de la population qui vit dans ces diverses conditions : en bonne santé, avec une incapacité légère ou avec une incapacité lourde.
La comparaison de ces graphiques à différentes dates permet de mesurer l’évolution de l’état de santé moyen d’une population.
Ainsi, un resserrement des courbes indique une diminution de la période vécue en mauvaise santé. C’est le cas dans le schéma ci-contre, qui concerne l’exemple des femmes françaises entre 1980 et 1991. On peut y remarquer que l’espérance de vie sans incapacité a progressé plus rapidement que l’espérance de vie totale, ce qui représente un gain de qualité de vie. Une tendance encourageante dont il faudra observer l’évolution dans le futur.
Ces graphiques permettent aussi de comparer la qualité de survie de différents groupes de population, afin de chercher à repérer l'influence de divers facteurs sur la qualité de la survie aux âges avancés (conditions de vie et de travail, par exemple).
Pourtant, les comparaisons entre pays doivent être établies avec précautions, car les critères d’appréciation de l’incapacité peuvent être très fluctuants d’une zone géographique à l’autre.

La nouvelle réalité des âges

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</video> La valse des âges, reportage vidéo de 8 mn (1999) Rencontres avec des spécialistes du vieillissement : de la génétique aux politiques publiques, les questions qu’ils se posent et auxquelles ils n’apportent pas toujours de réponses.
Réalisation : Philippe Dorison
Montage : Michel Castre
Son : Michel Perez, Olivier Hincelin, Yves Sanséau
Mixage : Manuel NAUDIN - France 3
© Science actualités (CSI)

Ces considérations statistiques, relatives à l’épidémiologie et à la santé publique, ne sont pas les seules à prendre en compte. Parallèlement à l’augmentation de la longévité, on assiste à une transformation du rôle social des aînés, grandement conditionnée par leur état de santé.

Cette transition peine toutefois à se mettre en place et son évolution future est encore imprévisible. Les chercheurs qui l’observent sont peu nombreux.

Quand vient la dépendance lourde

Malgré tous les progrès déjà enregistrés dans le domaine de la santé et ceux que l’on peut s’attendre à voir apparaître dans le futur, grâce à des actions de prévention adaptées, la dépendance lourde qui apparaît souvent en fin de vie reste un phénomène réel et un enjeu de santé publique.

L'enquête H.I.D : Handicap - Incapacité - Dépendance

A l'issue du recensement de 1999, 400 000 personnes ont été sélectionnées pour répondre à un court questionnaire. Parmi celles-ci, 20 000 ont subi une enquête plus approfondie, d'une durée d'environ 1 heure.

Dans un premier temps, une étude avait déjà été menée sur les personnes âgées vivant en institutions. Plusieurs publications ont été consacrées par l’INSEE aux résultats de ces travaux :

  • En août 2001, concernant les personnes vivant en institution (Insee Résultats – Démographie / Société n° 83-84).
  • En octobre 2002, concernant les personnes vivant en domicile ordinaire (Insee Résultats –Société n° 6).
  • En mars 2003, des estimations locales détaillées pour sept départements et une région : Loire, Pas-de-Calais, Hérault, Val d’Oise, Seine-et-Marne, Ille-et-Vilaine, Bouches-du-Rhône et la région Haute-Normandie.

Quel était l'enjeu de l’enquête Handicap - Incapacité – Dépendance confiée à l’INSEE ?

La réponse de Pierre Mormiche, statisticien Insee, responsable de l'enquête Handicap-Incapacité-Dépendance : 

L'INSEE n'est pas du tout un spécialiste du handicap mais plutôt du comptage, du dénombrement. L'INSEE fait le recensement et de la même façon on va essayer d'évaluer le nombre de personnes concernées pour pouvoir fournir au corps médical, à l'état aux administrations, aux collectivités locales, des chiffres sur combien de personnes sont concernées, quelles aides il faudrait développer, quels sont les besoins, est ce que notre système d'aide est adapté aux besoins. Voilà l'objet de cette enquête. Qui pour vous situer juste une anecdote, disant à quel point on a besoin de nombres, aujourd'hui on ne sait pas combien il y a d'aveugles en France, par exemple. Voyez l'état de sous information, alors que c'est sans doute un des handicaps les plus repérables, les plus incontestables, des gens qui sont très organisés, qui ont des associations, etc, on demande combien y'a d'aveugles, tout le monde est bouche cousue, l'Inserm comme l'Insee et l'Ined, comme le ministère de la santé, on ne sait pas.

Dépendance lourde en fin de vie Taux de dépendance lourde selon l'âge et le sexe. © Science actualités (CSI)

La courbe ci-contre montre une importante augmentation du pourcentage d’incapacité lourde à partir de 82 ans. Cette rupture pourrait toutefois être un phénomène lié aux générations ayant connu dans leur jeunesse la guerre de 1914 et la grande épidémie de grippe qui l’a suivie. Seules de futures études de suivi de cohortes permettront de valider ou d’infirmer cette hypothèse. Parmi les recherches consacrées à ce thème, on peut citer l’enquête “Handicap – Incapacité – Dépendance” menée par l’Insee suite au recensement de 1999 et l’étude 3C [qactu:2343](3 Cités)[/qactu] qui se fixe notamment pour but de repérer des directions d’actions susceptibles de prévenir l’apparition de la maladie d’Alzheimer.

Une autre étude, publiée le 4 mars 2002 par le ministère de l'emploi et de la solidarité, montre que d'ici 2020 on devrait compter 17 millions de personnes âgées de plus de 60 ans, dont 4 millions de plus de 80 ans. Et que par ailleurs le nombre de personnes âgées dépendantes de plus de 60 ans devrait augmenter de 25 %.

De quoi meurt-on en France ?

L’étude des causes de décès aux âges avancés est susceptible de fournir d’importants renseignements sur les progrès à réaliser dans le domaine de la santé publique, à la fois en termes de survie totale mais aussi en ce qui concerne la qualité de vie des dernières années. En effet, ces maladies qui finissent par causer la mort sont souvent responsables d’une période préalable d’incapacité sévère.

En observant ces courbes, on s'aperçoit que presque toutes les causes de mortalité ont tendance à décroître au cours du temps. Seule exception : les tumeurs qui concernent les hommes, en légère augmentation.

La baisse la plus remarquable concerne les maladies cardio-vasculaires. Si elles restent la principale cause de mortalité au-delà de 75 ans, elles tuent aujourd'hui moins que les tumeurs avant cet âge.De nombreuses autres remarques et explications sur les causes de décès aux âges avancés sont à lire dans le rapport Évolution de la mortalité aux âges élevés en France depuis 1950, Dossiers et Recherches, n°68, avril 1998.

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