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Biologie & Santé

Nobel de médecine 2015 : la lutte contre les maladies parasitaires récompensée

Cette année, trois lauréats spécialistes des maladies parasitaires se partagent le prix Nobel de médecine. Il s’agit de la Chinoise Youyou Tu pour la découverte de l’artémisinine, médicament particulièrement efficace contre le paludisme, ainsi que l’Irlandais William Campbell et le Japonais Satoshi Omura pour celle de l’avermectine, à l’origine d’un médicament contre les maladies à nématodes.

Youyou Tu, Satoshi Omura et William C. Campbell© Nobel Media AB 2015

C’est un message fort que le comité du prix Nobel a donné cette année en récompensant trois spécialistes des maladies parasitaires. Ils ont attribué le fameux prix à la chercheuse chinoise Youyou Tu pour la découverte de l’artémisinine, utilisée pour lutter contre le paludisme. Ont également été récompensés le Japonais Satoshi Omura et l’Irlandais William C. Campbell pour la découverte de l’avermectine, un médicament contre des maladies dues aux nématodes, des vers ronds. Ces deux médicaments font partie du gold standard des molécules antiparasitaires depuis plusieurs années. Rapides et efficaces, ils ont sauvé des millions de personnes, en particulier dans les pays du Sud où ces maladies sévissent.

Une femme contre le paludisme

Youyou Tu est la troisième scientifique à être primée par un Nobel pour des travaux sur le paludisme et la douzième femme à être récompensée par le Nobel de médecine depuis sa création, en 1901. Avec près de 200 millions de cas et plus de 500 000 décès en 2013, le paludisme est l’une des infections les plus meurtrières dans le monde, notamment en Afrique.

La lauréate chinoise, qui a déjà reçu le prix Albert Lasker en 2011, a mis en évidence l’efficacité de l’artémisinine contre le plasmodium, l’agent du paludisme. Cette molécule, identifiée en 1972, provient d’une armoise – Artemisia annua – utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise. Alors que la recherche sur le paludisme est en panne, cette molécule arrive à point nommé. Des médicaments dérivés de l’artémisinine ont en effet permis de renouveler les traitements antipaludéens, devenus moins efficaces à cause des résistances. La molécule est actuellement la meilleure solution pour soigner les personnes infectées.

Une association fructueuse contre les maladies à nématodes

William Campbell et Satoshi Omura sont récompensés pour la découverte de l’avermectine, dont est issue l’ivermectine qui soigne de nombreuses maladies parasitaires humaines et animales comme l’onchocercose (la cécité des rivières) et la filariose lymphatique (ou éléphantiasis).

Satoshi Omura, microbiologiste à l’Institut japonais Kitasato, isole dans les années 1970 une cinquantaine de bactéries très prometteuses. William Campbell, spécialiste de la biologie des parasites à l’Institut Merck, reprend le flambeau en partenariat avec le chercheur japonais. Il découvre Streptomyces avermitilis, un agent très efficace pour lutter contre les parasites animaux. Purifié, il devient l'avermectine qui, mise sur le marché en 1981, fait partie de la liste des médicaments essentiels répertoriés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Transmise par une petite mouche, l’onchocercose est responsable d’environ 500 000 cas de cécité en Afrique, selon l’OMS. Le fabricant du médicament, l’Institut Merk, a mis à disposition gratuitement, en 1987, ce traitement simple et efficace, ce qui a permis de contrôler en grande partie cette maladie parasitaire.

Sous le nom de Mectizan®, l’ivermectine, associée à un autre médicament, permet aussi de traiter la filariose lymphatique. Cette infection, endémique dans plus de soixante-dix pays, est due à des filaires, des petits vers ressemblant à des fils, transportés par des moustiques. Très grave, cette maladie chronique atteint les ganglions lymphatiques entraînant un épaississement des tissus et un gonflement des membres.

Par ce choix, le jury du prix Nobel met en lumière les réussites de la recherche sur les maladies parasitaires mais attire aussi l’attention sur un secteur de la recherche médicale souvent délaissé. Or rien n’est joué : des signes de résistance à l’artémisinine sont déjà signalés et la découverte de meilleurs traitements contre d’autres maladies tropicales reste une tâche urgente. 

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