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Paludisme : un nouveau départ ?

Médecine occidentale, génomique et médecine traditionnelle chinoise semblent en passe de conjuguer leurs efforts dans la lutte contre le paludisme. Quelles retombées attendre de ces avancées dans la lutte contre une maladie à laquelle les individus exposés vivent pour la plupart dans des pays pauvres ?

Entre génomique...

Les “unes“ de Nature et Science en octobre 2002. © Nature / Science

Lorsque deux revues scientifiques aussi prestigieuses que Nature et Science consacrent leur “une“ au même événement, on peut supposer qu’il est d’une grande importance. Ce cas s’était produit en février 2001 lors de la publication du séquençage du génome humain. En octobre 2002, c’est le moustique vecteur du paludisme et le parasite responsable de la maladie (plasmodium falciparum) qui s'affichent en couverture. Le décryptage de leur génome ouvre de nouvelles perspectives aux chercheurs pour tenter de comprendre les mécanismes moléculaires qui régissent leurs cycles de vie et les interactions qu'ils entretiennent. Et arriver à mettre au point des répulsifs et insecticides plus efficaces, voire de nouveaux médicaments.

Le parasite du paludisme Coupe d’un globule rouge infecté par le parasite Plasmodium falciparum (en vert), responsable du paludisme, prise au microscope électronique. Transmise par les moustiques, c’est la maladie parasitaire la plus meurtrière : plus d’un million de décès par an dans le monde. © Dr. Tony Brain / SPL / COSMOS

''Les insecticides, aujourd'hui, ne sont pas assez efficaces. Il faut faire des travaux de recherche pour mieux connaître le métabolisme du moustique. Le fait d'avoir séquencer le génôme devrait permettre de trouver des récepteurs à l'odorat et donc de développer de nouveaux insecticides'', explique Karine Eiglmeier, chercheur à l'Institut Pasteur (Unité de biochimie et de biologie des insectes).

''Cette avancée devrait aussi inciter les bailleurs de fond à investir dans le domaine du paludisme'', répond Jean-Louis Perignon, médecin-chercheur à l'Institut Pasteur (laboratoire de parasitologie médicale)

... et médecine traditionnelle

Artemisia annua L'armoise annuelle ou artemisia annua, plante dont est extraite l'artémisine © © WHO/TDR/Benakis

L'armoise annuelle ou Artemisia annua est une plante traditionnellement utilisée en Chine pour combattre le paludisme. Son usage comme remède contre les fièvres remonterait à l'an 340 et son emploi contre les symptômes du paludisme aurait commencé vers le milieu du 16ème siècle.

Son composant actif, baptisé artémisine, a été isolé par des scientifiques chinois en 1972 et, contrairement aux autres traitements, aucune résistance n'a été observée face à ce médicament. Cette efficacité a conduit l'OMS à conclure en 2001 un accord avec le gouvernement chinois pour produire en grande quantité un traitement contre le paludisme à base de ce composé. Aujourd'hui, son prix le met hors de portée de la plus part des malades africains.

 

En aout 2003, les travaux d'une équipe de scientifiques de l'hôpital Saint George, à Londres, apportent des éléments sur les mécanismes de l'activité de l'artémisine : elle bloquerait l'action d'une enzyme qui permet au parasite de pomper le calcium et l'empêcherait ainsi de se développer. (Nature 21/08/2003, vol.424, p.887-8 et 957-61)

Si ils sont confirmés par de nouvelles expériences, ces résultats pourraient ouvrir des perspectives de traitement et apporter une explication moléculaire à l'action d'un médicament découvert empiriquement.

Les traitements actuels

Le paludisme est responsable de près d'un million de morts par an. © CSI

Responsable de près d'un million de morts par an, le paludisme sévit principalement en Afrique subsaharienne où surviennent 90% des cas. Dans certaines régions d'Afrique, plus de 80% des enfants souffrent de paludisme. Certains territoires comme l'Inde ou les ex-républiques soviétiques, qui s'en étaient débarrassés, voient leur nombre de cas augmenter.

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</video> Vivre avec le paludisme (extrait) Le paludisme est la maladie parasitaire la plus meurtrière au monde, avec plus d’un million de décès par an. L’éradication décrétée dans les années 50-60 a été mise en échec, le parasite Plasmodium falciparum opposant de plus en plus de résistance aux traitements.
Images extraites du film Vivre avec le paludisme tourné au Sénégal en 1998
Réalisation : Isabel Santos et Jean-François Ternay
Durée : 1’
© CSI

Ainsi dans le monde, le paludisme cause plus de décès par an que toutes les autres maladies transmissibles, à l'exception de la tuberculose. En réponse à cette menace, les insecticides et les médicaments perdent de jour en jour de leur efficacité.

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