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Perturbateurs endocriniens : une définition européenne restrictive

Après des mois de blocage, une nouvelle définition des perturbateurs endocriniens a été entérinée le 4 juillet par la Commission européenne. Celle-ci est cependant loin de faire l’unanimité.

 

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Les États membres de l’Union européenne ont adopté le 4 juillet une définition commune des perturbateurs endocriniens. Ces substances chimiques que l’on trouve un peu partout dans notre environnement sont soupçonnées d’interférer avec le système hormonal et d’être à l’origine de maladies aussi diverses que le cancer du sein, le diabète, l’obésité, l’infertilité, les troubles du comportement...

Ce vote est passé à la faveur d’un revirement de la France. En effet, après six votes négatifs depuis un an aux côtés de la Suède et du Danemark, la France s’est finalement alignée sur la définition réglementaire proposée par la Commission européenne.

Cette définition reste cependant contestée. De nombreux scientifiques et représentants d’organismes environnementaux estiment en effet que le niveau de preuves exigées pour établir la nocivité d’un perturbateur endocrinien est bien trop élevé. Celles-ci ne garantissent pas « un haut niveau de protection en matière de santé et d’environnement », accusent trois sociétés savantes d’endocrinologie (l’Endocrine Society, la Société européenne d’endocrinologie et la Société européenne d’endocrinologie pédiatrique) dans une lettre adressée le 17 juin aux ministres des 28 États membres de l’Union européenne.

Autre critique, les critères adoptés s’appliqueront essentiellement dans le cadre de la réglementation européenne sur les pesticides, soit les « produits phytopharmaceutiques » (préparations destinées à protéger les végétaux et les produits de culture) et les biocides (destinés à la protection des animaux domestiques). Restent exclus les produits « conçus spécifiquement pour perturber les systèmes endocriniens des insectes ciblés ». Une exigence présentée par l’Allemagne a ainsi été satisfaite.

Un premier (tout petit) pas

Certes, ce texte « assurera que toutes les substances actives utilisées dans les pesticides et identifiées comme perturbateurs endocriniens pour les personnes ou les animaux pourront être évaluées et retirées du marché ». La nouvelle définition servira aussi de base à une stratégie de lutte contre les perturbateurs endocriniens (bisphénol A, phtalates, parabènes et perfluorés) que l’on retrouve dans les cosmétiques, les jouets et l’agroalimentaire.

Mais pour les opposants, ce n'est pas suffisant car ces substances se retrouvent aussi dans d’autres produits de la vie courante, comme les cosmétiques ou les produits ménagers. Selon eux, une échelle de graduation plus précise, similaire à celle des substances cancérogènes, aurait constitué une solution plus adaptée.

Pour Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire, ce vote est une « avancée majeure ». Il estime que ce texte est plus « protecteur » que la version précédente, parce qu'il englobe les perturbateurs endocriniens « présumés », et non plus seulement « avérés ». De surcroît, le ministre souhaite à terme faire évaluer et définir tous les perturbateurs endocriniens grâce à des expertises indépendantes. Autre garantie, selon le gouvernement : la France pourra interdire des substances unilatéralement sur son territoire, dès lors que leur dangerosité pour l’être humain ou les animaux aura été prouvée.

Pour en savoir plus Perturbateurs endocriniens, quels risques pour la santé ?

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