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Pics de pollution sur le toit du monde : quels impacts ?

Les hauts sommets népalais sont, en certaines périodes de l'année, plongés dans un nuage de pollution. Un phénomène qui pourrait influencer la vitesse de fonte des glaciers et, par ricochet, le débit de certains fleuves asiatiques.

Un œil sur le Népal

Là-haut, tout là-haut sur la montagne, depuis cinq ans, il y a des instruments de mesure et une caméra. Une webcam qui offre aux internautes un bien étrange spectacle : les pentes et le ciel d'un sommet népalais perché à 5 079 mètres d'altitude. Une vue sur l'azur et l'immaculé ? Pas exactement. Car certains jours, les lieux sont envahis par une brume épaisse : un brouillard de pollution venu des entrailles industrialisées de l'Inde.

En direct du Népal
(si l'image est noire, c'est sans doute qu'il fait nuit...)

« Depuis que l'association italienne EvK2-CNR nous a permis d'installer des instruments sur ce site de haute montagne, nous avons observé des pics de pollution ahurissants, explique Paolo Laj du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement (LGGE) de Grenoble. La concentration en carbone suie de l'air peut soudainement excéder les 10 microgrammes par mètre cube par heure. Même place de la Concorde, à Paris, les niveaux enregistrés sont dix fois inférieurs... » Des pics qui ne surviennent qu'une dizaine de fois par an mais qui inquiètent. « Car en se déposant, cette suie pourrait modifier l'albédo de la neige et influencer la vitesse de fonte. » Avec quel impact à moyen terme ?

Des glaces aux grands fleuves asiatiques

Cette question est l'un des points d'entrée d'une problématique plus générale portant sur le comportement des stocks d'eau gelée – la cryosphère – face aux évolutions en cours, que celles-ci concernent la pollution ou le changement climatique. « Des modifications difficiles à saisir car les données et les mesures manquent encore, continue Paolo Laj, spécialement concernant les glaciers de montagne. » Pourtant, l'enjeu est bien réel. Car les sommets enneigés sont autant de châteaux d'eau qui viennent alimenter en contrebas les fleuves et, au travers d'eux, les hommes en eau potable. Quelles seraient les conséquences d'un changement important de la vitesse de fonte sur la future accessibilité en eau des populations ?

C'est à cette question délicate qu'une équipe néerlandaise a justement tenté de répondre en modélisant, à l'échelle d'un continent, l'évolution des débits des grands fleuves asiatiques – Indus, Gange, Brahmapoutre, Yangtzé et fleuve Jaune – à l'aune des cinquante prochaines années (W. Immerzeel et al., Science, 11 juin 2010). Des fleuves qui approvisionnent pas moins de 20% de la population mondiale (1,4 milliard de personnes). Après avoir défini les limites des bassins versants, l'équipe en a caractérisé le fonctionnement entre 2001 et 2007, faisant la part des eaux provenant des précipitations et celles issues de la fonte des neiges situées à plus de 2000 mètres d'altitude.

Les cinq bassins versants définis par les chercheurs © DR

Des comportements différents

Il apparaît que les fleuves ne fonctionnent pas tous sur le même mode : les eaux de montagne approvisionnent à hauteur de 40% l'Indus et le Brahmapoutre. En revanche, leur influence est moindre sur les trois autres bassins. Forts de ce constat, les chercheurs ont extrapolé, tentant de simuler l'impact de plusieurs scénarios du GIEC sur ces systèmes hydrologiques. Leurs résultats montrent qu'à cause du régime très particulier de l'Indus et du Brahmapoutre, le changement climatique pourrait conduire à une diminution du débit de ces deux fleuves, menaçant la sécurité alimentaire de quelque 60 millions de personnes.

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