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Plan d'action sur le loup : la chasse au grand prédateur est ouverte

Après six mois de réflexion, et deux jours après la mort de 140 brebis suite à une attaque suspectée de loup dans les Alpes-de-Haute-Provence, le gouvernement a finalement autorisé les préfets à procéder à des tirs sur certaines zones. Un virage dans les méthodes de gestion du grand canidé.

« Alléger la pression du prédateur »

Nouvelle attaque suspectée de loup Dans la nuit du 16 juillet 2004, 140 brebis ont sauté une barre rocheuse pour échapper à un prédateur dans les Alpes de Haute-Provence. A l’heure actuelle, on ne sait pas encore s’il s’agissait d’un loup ou d’un chien errant. © Nicolas Maurel-Cor / AFP

Le 19 juillet 2004, en autorisant le tir de quatre loups d’ici la fin de l'année dans les départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes, Serge Lepeltier, ministre de l’écologie et du développement durable, rompt avec la stratégie jusqu’alors appliquée.

La proposition de tir sélectif avait bien été formulée lors de la précédente enquête parlementaire sur le loup, mais rien n'avait été mis en oeuvre jusqu'à présent.

Cette décision ouvre ainsi la voie à l’abattage légal du loup, interdit en France depuis plus de soixante-dix ans.

La répartition des loups en France en 2003/2004 © Science Actualités (CSI) 2005, d'après le Ministère de l'écologie et du développement durable

« Mes décisions doivent à la fois veiller à maintenir la population de loups sauvages dans un bon état de conservation et en même temps chercher à limiter la pression de ces animaux sur l’élevage ovin », a expliqué le ministre lors d'une conférence de presse.

Désormais, comme le confirme le Plan d'action sur le loup transmis le 8 novembre 2004 par les ministères de l'Ecologie et de l'Agriculture au groupe de travail, des loups pourront être abattus chaque année d'ici à 2008, Plusieurs restrictions encadrent ce plan d’action : les secteurs en question doivent être équipés de moyens de protection contre le loup (filets, chiens de garde, aide-berger…); les tirs ne pourront être effectués que par des gardes assermentés; et la zone centrale du parc National du Mercantour (06) reste interdite à tous prélèvements.

De plus, s’il s’avère que les trois premiers loups tués sont des femelles, les tirs se limiteraient à ces trois animaux, pour des questions de reproduction.

Cette décision du ministre de l'écologie a été suivie d'un arrêté interministériel, cosigné par le ministre de l'agriculture. 

Extrait du discours du ministre Serge Lepeltier

« Je souhaite donc vous faire part des deux décisions que j’ai prises :

La première est d'autoriser les préfets des départements des Alpes-de-Haute-Provence, des Hautes-Alpes et des Alpes-Maritimes à procéder à des prélèvements dans les secteurs où, de manière récurrente, les années passées et cette année, des attaques ont eu lieu malgré les moyens de protection mis en œuvre.
Ces prélèvements ne pourront avoir lieu que dans le plus strict respect des conventions internationales auxquelles notre pays a souscrit, en particulier la convention de Berne.
C’est pourquoi j’insiste sur le caractère récurrent des attaques et sur l’obligation de vérifier préalablement que les éleveurs attaqués du secteur envisagé pour un tir ont bien mis en œuvre les moyens de protections adaptés.
Bien entendu les prélèvements seront effectués par des gardes assermentés. Ces prélèvements ne pourront porter que sur un effectif total de quatre animaux d’ici à la fin de 2004. Ce chiffre correspond à 10% de l’effectif d’animaux certain et à la moitié du taux annuel minimum estimé d’accroissement de la population.
Afin de ne faire courir aucun risque au maintien de cette population dans un état de conservation favorable, je limiterai à trois animaux le maximum autorisé s’il s’avérait au vu des rapports qui me seront immédiatement adressés que les trois premiers animaux tirés sont des femelles.
Par rapport aux préconisations qui m’ont été adressées, j’adopte donc une attitude doublement prudente :
-La première en ne fondant le nombre maximum de prélèvements que sur le chiffre de la population connue (39) et non sur celui de la population estimée (55).
-La seconde, en introduisant une précaution supplémentaire relative au sexe des animaux prélevés.

La seconde décision est de soumettre sans tarder au débat public la question de l’extension du loup au-delà de l’arc alpin.

Il est en effet essentiel que nos concitoyens aient, à l’occasion d’un large débat, la possibilité de découvrir cette donnée nouvelle et d’en évaluer les conséquences de manière contradictoire de façon à dégager par avance les principes d’une bonne gestion de cet événement.
[...]
Il s’agira de continuer le travail d’évaluation de la population de loups, de son dynamisme, de son extension géographique ; ceci afin d’améliorer et de diversifier les moyens de rendre compatible le pastoralisme et la présence permanente du loup.
Il s’agira aussi de préparer les éléments d’un important débat national sur le loup en vue d’un prochain contact avec la Commission Nationale du Débat Public. »

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