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Pourquoi les paresseux sont-ils aussi « paresseux » ?

Pourquoi y a-t-il si peu de mammifères vivant dans les arbres et se nourrissant de feuilles ? Une nouvelle étude vient confirmer la théorie selon laquelle il n’est pas si aisé de survivre là-haut. Ce qui explique notamment la nonchalance du paresseux...

© Wikipedia Commons - sergiodelgado

Mâchouiller des feuilles toute la journée, au cœur d’une canopée tropicale luxuriante, que rêver de mieux ? Là-haut, les prédateurs sont rares, la nourriture abondante et pourtant, seules quelques espèces de mammifères – dont les paresseux, les singes hurleurs, les orangs-outans et les chimpanzés – profitent de cet environnement.

Deux facteurs peuvent expliquer ce manque de diversification. D’abord, la cellulose qui compose les feuilles est difficile à digérer et nécessite donc un grand estomac bien adapté. Ensuite, pour vivre dans les arbres, mieux vaut ne pas être trop gros. Une nouvelle étude s’appuyant sur la comparaison des métabolismes de plusieurs espèces vient confirmer l’hypothèse selon laquelle les mangeurs de feuilles (folivores) arboricoles sont très limités par l’apport nutritionnel en énergie qu’implique d’un tel mode de vie.

Le paresseux : champion toute catégorie de l’économie d’énergie

Il suffit de prendre pour exemple les paresseux. Le plus emblématique des mammifères vivants dans les arbres est en effet très économe en énergie. Selon l’étude publiée dans The American Naturalist, les paresseux à trois doigts, dont le régime se compose presque uniquement d’un seul type de feuilles, contrairement à leurs congénères à deux doigts, ne brûlent que 110 calories par jour, le record parmi les mammifères qui n’hibernent pas. Le paresseux à deux doigts, qui lui mange une grande variété de feuilles, ainsi que des fruits, dépense pour sa part environ 50 % d’énergie en plus par jour. Il bouge davantage et maintient une température corporelle plus stable. Les paresseux à trois doigts, avares à l’extrême quand il s’agit de brûler des calories, laissent la température de leur corps fluctuer avec la température ambiante, de manière à économiser au maximum leur métabolisme.

Un paresseux, dans le parc naturel Manuel-Antonio, au Costa Rica

Comment expliquer qu’en 60 millions d’années d’évolution, le paresseux n’ait pas trouvé le moyen de survivre dans son environnement sans pour autant devoir limiter ses moindres faits et gestes ? Pour comprendre, les chercheurs se sont intéressés aux besoins énergétiques minimums dont l’organisme des mammifères vivant dans les arbres et mangeant uniquement des feuilles avaient besoin au quotidien. Ils les ont ensuite comparés à leurs dépenses énergétiques journalières, de manière à comprendre si les deux facteurs évoluaient de manière parallèle en fonction des modes de vie de chacun. Les résultats ont montré que les espèces les plus strictement folivores et arboricoles, dépensent moins d’énergie par jour, mais ont des besoins journaliers quasi identiques aux autres espèces.

Le métabolisme de base (BMR : cercles blancs) et le métabolisme total (FMR : cercles noirs) en fonction du degré de spécialisation vers le mode de vie arboricole et folicole. Le métabolisme total augmente avec le degré de spécialisation, alors que le métabolisme de base reste stable. © Emily D Fountain

En d’autres termes, pour parvenir à diminuer leurs dépenses énergétiques, ces espèces ont recours à des stratagèmes comportementaux et de thermorégulation, car leur corps consomme trop d’énergie pour ce mode de vie. Un décalage qui pourrait, selon les auteurs, expliquer l’absence de diversification des espèces vivant dans les arbres, conséquence des mesures exceptionnelles nécessaires à la survie dans ce milieu.

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