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Biologie & Santé

Prévention sida : le préservatif a besoin de renforts

Le nombre de nouvelles infections par le VIH ne régresse plus depuis 10 ans. En cause : des outils de prévention parfois insuffisants et mal adaptés aux groupes les plus à risque. De nouvelles solutions émergent, notamment le traitement antirétroviral préventif (PrEP), le premier à offrir la même efficacité que le préservatif contre le VIH.

Microscopie électronique à balayage du VIH-1, coloré en vert.

En 2015, 2,5 millions de personnes ont été nouvellement diagnostiquées séropositives, soit sensiblement le même nombre que les années précédentes. Un constat qui atteste du chemin qu’il reste à parcourir pour éradiquer une épidémie à tort considérée comme déclinante. Si le nombre de décès diminue chaque année – 1,3 million en 2015 contre 1,8 million en 2005 –, c’est que l’espérance de vie des séropositifs traités augmente, mais le virus, lui, continue de se propager de manière constante. La 21e conférence internationale sur le sida, qui s’est tenu du 19 au 22 juillet 2016 à Durban en Afrique du Sud, a notamment mis l’accent sur la nécessité de diffuser de nouveaux outils préventifs, surtout en matière de transmission sexuelle, de manière à combler l’utilisation insuffisante du préservatif.

Car si le latex reste le moyen de protection le plus efficace et le plus répandu contre le VIH, et contre les IST, il ne convient pas à tous les cas de figure. Dans bien des cas, il n’est pas utilisé, car il impose une contrainte que certains ne veulent ou ne peuvent pas surmonter. Indispensable, il n’est cependant pas suffisant pour enrayer la propagation du virus dans les groupes les plus à risque, en particulier les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, et les hétérosexuels dans les pays de forte endémie.

Une pilule contre le sida

La thérapie antirétrovirale préventive est le plus prometteur de ces outils alternatifs. La Prophylaxie Pré-exposition, ou PrEP, consiste à proposer un traitement antirétroviral à des personnes non infectées par le VIH. Apparemment aussi simple qu’une pilule, le traitement peut se prendre soit en continu (1 comprimé tous les jours), soit de manière ponctuelle quelques heures avant un rapport à risque, puis durant les deux jours qui suivent. « C’est la première fois qu’on dispose d’un traitement préventif qui a une efficacité du même ordre que celle du préservatif », explique le professeur Jean-Michel Molina, qui a dirigé l’essai ANRS Ipergay sur l’efficacité de la PrEP prise par intermittence. Les résultats de l’étude ont montré que s'il est suivi de manière rigoureuse, le traitement est efficace à près de 100 % contre le VIH. « Mais attention, la PrEP ne protége pas contre les autres IST », précise le spécialiste.

Le Truvada® est pour l'instant le seul médicament disponible pour la PrEP. Il combine deux molécules anti-VIH : l’emtricitabine et le ténofovir disoproxil fumarate.© Jeffrey Beall - Wikipedia Commons

Depuis 2016, la PrEP est accessible et remboursée par la Sécurité sociale en France. Depuis juin, elle est même accessible dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic. « C’est une façon de se protéger sans être dépendant du choix ou non de son partenaire d’utiliser un préservatif », ajoute Jean-Michel Molina, pionnier de la prescription de ce médicament en France. Car même quand des tests de dépistage sont pratiqués régulièrement – l’une des raisons pour lesquelles certaines personnes ne pensent pas nécessaire de se protéger –, le risque est bel et bien présent. « L’une des raisons pour lesquelles le VIH continue de se propager en France est que pendant la phase de primo-infection, la phase la plus virulente de l’infection, les tests de dépistage sont encore négatifs. La personne n’est donc pas en mesure de savoir qu’elle est contaminée, ne prend donc pas forcément de précaution et ne peut encore recevoir de traitement pour son infection VIH », continue le médecin.

Autre avantage de la PrEP : elle protège partout, même dans le cas de rapports buccaux-génitaux. Pour les personnes pour qui le port du préservatif peut paraître contraignant, le traitement antirétroviral préventif serait donc une alternative sûre contre le VIH. Un complément qui devrait permettre à plus de personnes de se protéger contre le virus.

Un anneau vaginal pour réduire le risque d’infection chez les femmes

© International Partnership for Microbicides

Un autre outil préventif a également beaucoup fait parler de lui pendant la Conférence internationale sur le sida 2016 à Durban. Il s’agit d’un anneau vaginal, à insérer une fois par mois, et qui libère de façon continue un antirétroviral nommé la dapivirine. Ce moyen de prévention est principalement destiné aux femmes des pays en développement où le taux d’infection VIH est élevé. Dans ces régions, nombre d’entre elles ont du mal à convaincre les hommes d’utiliser un préservatif. Les résultats de deux essais cliniques sur l’efficacité de l’anneau, publiés en février 2016 et présentés lors de la Conférence, font état d’une diminution de 30 à 60 % du risque d’infection par le virus du sida. Ce dispositif discret permettrait aux femmes, notamment les plus exposées, celles vivants en Afrique subsaharienne, de se protéger quelque soit l’attitude de leur partenaire.

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