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Biologie & Santé

Quand le rat pleure, la souris prend peur

Grâce à une série d’expériences, des chercheurs japonais montrent que les larmes des rats mâles modifient non seulement le comportement des rates, mais aussi celui des souris : un exemple de communication lacrymale inter-espèces…

Le rat mâle pleure afin de charmer sa femelle,
Celle-ci se stoppe séduite, mais il n’y a pas qu’elle,
Une souris passant par-là se tétanise en sentant cette tristesse,
Pas de séduction, mais bien l’évocation d’une future détresse.

Ce qui pourrait sembler être tiré d’une fable de La Fontaine est en réalité l’objet de travaux menés tout récemment à l’université de Tokyo. Une équipe japonaise vient en effet de mettre en évidence que les larmes du rat mâle étaient capables d’influencer le comportement des rates, mais aussi celui des souris, avec des finalités quelque peu différentes…

Molécule-signal

Grâce à leur système olfactif, les animaux sont capables d’identifier de nombreuses molécules associées à différentes informations : la présence de nourriture, d’individus de la même espèce ou encore de prédateurs. Or, les larmes constituent également une source de molécules-signal.

Au cours d’une expérience, les chercheurs japonais ont ainsi pu montrer que, lorsqu’on soumet à une rate un coton imbibé de larmes de rat mâle, une activité neuronale peut être relevée, accompagnée d’un comportement très particulier : la femelle s’immobilise. Un comportement interprété comme une invitation à l’accouplement, en donnant la possibilité au mâle de s’approcher plus facilement.

Les larmes du rat mâle augmente l’immobilité chez la rate, mais aussi chez la souris.

Chez la souris aussi

Mais les scientifiques ne se sont pas arrêtés là. Ils ont réitéré leur expérience en soumettant des souris – et non des rates – aux mêmes larmes de rats mâles. Surprise ! Les rongeurs réagissent de manière similaire : leur cerveau s’active, et leur comportement change, tendant vers l’immobilité. Le rat étant prédateur de la souris, ce comportement correspondrait plutôt à un mécanisme de défense passif, afin de passer inaperçu.

C’est une molécule contenue dans les larmes – la protéine CRP1 – qui a été identifiée comme étant responsable de ce double mécanisme : il s’agit de la première protéine lacrymale connue à l’origine d’une communication inter-espèces.

CRP1 n’est pas la seule protéine présente dans les larmes de rat et le rôle de signal potentiel des autres protéines reste une question en suspens. Cela ouvre cependant tout un champ de recherche sur la communication inter-espèces à partir de larmes. Votre chien peut-il sentir que vous pleurez, grâce à son odorat, même s’il se trouve dans la pièce à côté ? Peut-être aurons-nous la réponse dans quelque temps…

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