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Archéologie & Paléontologie

Quand les serpents avaient des pattes

Des paléontologues ont mis au jour un fossile particulier : un serpent à quatre pattes ! Datant du crétacé inférieur, cet animal offre de précieux indices sur les ancêtres du serpent moderne.

Les quatre pattes de ce fossile de serpent étaient fonctionnelles et préhensiles.© Dave Martill, Université de Portsmouth

Prédateur rapide et insaisissable, le serpent inquiète et fascine. Une équipe de paléontologues anglais et allemand vient de découvrir une espèce encore plus intrigante. Caché dans une formation calcaire au Brésil, ce squelette a tout d’un serpent. À un détail près : il possède quatre pattes, deux situées sous le cou et deux au-dessus de la queue. Petites mais fonctionnelles, elles éclairent l'histoire évolutive de cet animal.

Une piste vers un ancêtre commun

Les serpents forment un groupe très divers. On en dénombre aujourd'hui plus de 3 000 espèces, adaptées à tous types de climat et lieux de vie. Mais leurs origines sont encore mal cernées. Quelques squelettes pourvus de deux pattes arrière ayant été retrouvés, l’hypothèse la plus courante est que les serpents viennent des lézards. Mais les rares spécimens anciens connus laissent planer le doute sur leurs ancêtres communs : insectivores ou carnivores ? marins ou fouisseurs ?

Le fossile a été retrouvé au Brésil, dans une structure de calcaire.© Dave Martill, Université de Portsmouth

Ce nouveau fossile pourrait répondre à certaines interrogations. Aucun doute d’abord, il s’agit bien d’un serpent. Il en possède tous les caractères classiques : un corps long, des écailles… Il montre ainsi des traits uniques à cet animal, même si certains ont un aspect primitif : un museau en L, un processus frontal (position du front par rapport au museau) intermédiaire entre les lézards et les serpents actuels etc. Rien de surprenant, puisqu’il date du crétacé inférieur, il y a 146 à 100 millions d’années.

Un amateur de vertébrés terrestres

Le spécimen ne montrerait aucun signe d'adaptation à la vie marine ; par exemple, sa queue n’est pas compressée latéralement, ce qui lui aurait permis de nager. Son corps long et sa queue courte, ainsi que les proportions de son crâne, désigneraient au contraire un animal fouisseur terrestre.

Les restes de son dernier repas ont aussi pu être analysés. Ce serpent se serait nourri de vertébrés, avalés en entier avant d’être digérés. Avec sa mâchoire extensible et ses dents recourbées comme des griffes, ce reptile a des airs de boa constricteur. Au cours de leur évolution, c'est donc très tôt que les serpents auraient été carnivores et auraient développé la technique d'étouffement.

Ce serpent étouffait ses proies avant de les avaler en entier : ses quatre pattes lui servait à attraper ou retenir le vertébré qui ferait son repas.© Julius T. Cstonyi

Publiée dans Science, l'étude précise que les quatre pattes jouent d’ailleurs un rôle dans la méthode de chasse. Préhensiles, pourvues de cinq doigts chacune, elles servaient sans doute à saisir et non à se déplacer. Cette nouvelle espèce de serpent, nommée Tetrapodophis amplectus, se déplaçait en effet comme les serpents modernes, par reptation. Ses membres se seraient atrophiés après l’adoption de ce mode de locomotion pour prendre ensuite une autre fonction : saisir des proies ou enlacer un partenaire sexuel.

La transition d'un animal à pattes à un animal au corps allongé et sans patte a eu lieu au moins 26 fois de façon indépendante dans l'ordre animal des squamates.© P. Huey / Science

L’allongement du corps et la réduction des pattes se sont produits à plusieurs reprises, de manière indépendante, dans l’ordre des squamates (lézards, serpents et amphisbènes). Mais les serpents sont les seuls à dépasser 150 vertèbres précaudales (c’est-à-dire sans compter les vertèbres de la queue), ce qui les rend très flexibles. Avec 160 vertèbres précaudales, ce serpent-là est donc un fier représentant du sous-ordre des Serpentes.

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