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Que retient la presse scientifique de 2014 ?

Nature, Science, New Scientist, La Recherche… La presse scientifique revisite l’année 2014 à sa façon. Si toutes les revues s’accordent à saluer la mission Rosetta, elles divergent sur les autres lauréats…

À en croire les rétrospectives ou « top 10 » des résultats, découvertes ou avancées scientifiques qui ont marqué 2014, la mission Rosetta, avec l’atterrissage de Philae sur la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, constitue l’événement phare de l’année. Nature présente même Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta au Centre d’opérations spatiales de l’Agence spatiale européenne (Esa), comme l’une des dix personnalités scientifiques les plus importantes de 2014.

Certes, précise dans Science le journaliste Eric Hand, « l’importance donnée à l’atterrissage était en grande partie émotionnelle et symbolique ». Mais si le magazine l’a désigné comme breakthrough 2014 (« percée scientifique » de l’année), c’est en raison des nombreuses informations que peut apporter l’analyse, en cours, des données recueillies par Rosetta et son atterrisseur. Les premiers résultats ont d’ailleurs déjà été rendus publics. Ainsi, l’instrument Rosina (installé sur Rosetta) a permis de mieux connaître la composition des gaz entourant le noyau de la comète 67P (monoxyde et dioxyde de carbone, méthane, ammoniac) ainsi que de son eau. Ces résultats ont conduit à revoir l’hypothèse de l’origine cométaire des océans terrestres.

Philae à la surface de la comète "Tchouri". L'un des pieds de l'atterrisseur est visible dans le cadran inférieur gauche.© ESA/Rosetta/Philae/CIVA

L’eau terrestre, une origine cométaire ?

Le 10 décembre, une étude publiée dans Science révèle que le rapport deutérium*/hydrogène de l’eau de la comète 67P est trois fois plus élevé que celui des océans terrestres. Jusqu’alors, les scientifiques estimaient que l’eau de la Terre était probablement, en majorité, d’origine cométaire. Ils savent désormais que si certaines comètes sont effectivement à l’origine de l’eau terrestre, elles doivent être d’un type très différent de 67P.

* Le deutérium est un atome d’hydrogène pourvu d’un neutron supplémentaire, ce qui le rend plus lourd.

X, Y, jouvence

À l’occasion d’un vote en ligne effectué à partir des 19 avancées scientifiques présélectionnées par la revue, les lecteurs de Science ont effectué un classement un peu différent de la rédaction, en reléguant Rosetta à la troisième position. Les vainqueurs de ces amateurs de science sont… deux lettres : X et Y, deux nouvelles bases d’ADN, totalement artificielles, qui s’ajoutent aux traditionnelles A, T, C et G du code génétique. Les biologistes américains qui ont mis au point ces deux nouveaux nucléotides ont intégré la portion d’ADN contenant X et Y à une bactérie de type Escherichia coli pour savoir si, oui ou non, elle pouvait s’y répliquer. La réponse est oui. Comme le décrivent les chercheurs dans la revue Nature du 8 mai, l’ADN modifié a été transmis aux descendants de la bactérie.

Illustration mettant en rapport l’expansion de l’alphabet génétique avec l’ADN naturel et le papier original de Watson et Crick© Synthorx

Autres travaux salués par les lecteurs de Science et la presse scientifique dans son ensemble, ceux qui démontrent qu’après avoir reçu une transfusion de sang prélevé chez des spécimens jeunes – un sang encore très riche en GDF11, une protéine sanguine dont la concentration décroît avec l’âge –, des souris âgées regagnent de la force musculaire et améliorent leurs capacités cérébrales. Des essais sont actuellement en cours sur l’Homme (qui possède également cette protéine), chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

Les dix avancées scientifiques de l’année, selon Science :

-       L’atterrissage cométaire de Philae
-       La meilleure compréhension de l’évolution des dinosaures aux oiseaux
-       La transfusion de sang qui fait rajeunir les souris
-       La possibilité de faire travailler ensemble une multitude de robots
-       Les puces inspirées du cerveau humain
-       Les deux méthodes produisant des cellules béta en laboratoire
-       La découverte de dessins rupestres de plus de 30 000 ans en Indonésie
-       L’utilisation de rayons lumineux pour manipuler la mémoire
-       Les deux nouvelles bases artificielles dans le code génétique
-       Les CubSats, satellites cubiques d’à peine dix centimètres de côté

Les autres gagnants sont…

Pour La Recherche, les rendements énergétiques record obtenus en 2014 en utilisant un nouveau type de cellules solaires dans des panneaux photovoltaïques méritent d’être soulignés. En effet, une équipe américaine aurait observé un rendement de plus de 19% avec des cellules à pérovskite – soit près de cinq fois plus que les résultats auxquels ont mené les premières expériences conduites en 2009. Avec une progression si rapide, le rendement de ces cellules, plus économiques, pourrait bientôt dépasser celui des cellules à silicium (majoritairement utilisé aujourd’hui), fixé à 25,7%.

Les revues scientifiques ont également mis l’accent sur des études parfois moins médiatisées auprès du grand public : le nouvel arbre de parenté des oiseaux élaboré grâce au séquençage complet des génomes de 48 espèces, le système permettant de faire travailler un ensemble de robots en coopération, la découverte d’un échantillon de ringwoodite, roche formée à plus de 500 kilomètres de profondeur et dont la contenance en eau signale l’hydratation du manteau terrestre… Nombreuses et variées sont finalement les recherches scientifiques retenues par les différents journaux, et si certains sujets semblent incontournables, la présence d’autres découvertes dans un classement ne reflète parfois que le choix subjectif d’une rédaction.

Nuée de robots « Kilobot » agissant en coopération© Michael Rubenstein, Université Harvard

Les dix découvertes les plus importantes de l’année, selon La Recherche :

-       Les deux nouvelles bases artificielles dans le code génétique
-       Les cellules à pérovskite pour le photovoltaïque
-       Le renouvellement des neurones entraînant la disparition de souvenirs
-       L’appartenance de la Terre au superamas de galaxies Laniakea
-       La richesse en eau probable du manteau terrestre
-       La modélisation du monde vivant et de son évolution
-       La transmission d’une génération à l’autre, chez les souris, des séquelles traumatiques
-       L’obtention de cellules souches pluripotentes à partir de cellules différenciées adultes clonées
-       La première identification de gravures artistiques attribuées à l’homme de Neandertal
-       La téléportation d’informations quantiques sur une distance de 3 mètres

Après les tops, les flops

L’année 2014 a donc connu des réussites… mais aussi quelques déconvenues retentissantes, comme l’observation par le télescope BICEP2 de traces présentées trop hâtivement comme empreintes d’ondes gravitationnelles issues du Big Bang. Plus tragique, l’histoire de cette équipe japonaise qui affirmait avoir réussi à obtenir des cellules pluripotentes à partir de cellules différenciées de souris grâce à un procédé simple visant à acidifier le milieu de culture. La non-reproductibilité des résultats et des vices de forme dans les études publiées en janvier dans Nature ont conduit à l’invalidation des résultats. Suite au scandale qui a suivi, Yoshiki Sasai, l’un des coauteurs de ces travaux, a mis fin à ses jours en août dernier.

Difficile, en dressant le bilan de l’année, de ne pas mentionner aussi la décision prise le 2 décembre par l’Agence spatiale européenne (Esa) de développer Ariane 6, une nouvelle fusée plus compétitive. Difficile également d’oublier les milliers de morts causés par le virus Ebola. Dans son « top dix » des personnalités de l’année, Nature rend hommage à l’une des victimes, le scientifique Sheik Humarr Khan. Quand l’épidémie a pris de l’ampleur dans son pays, la Sierra Leone, il a renoncé à partir enseigner à l’étranger, comme prévu. Il est resté, afin de venir en aide aux personnes atteintes du virus. Il est mort en juillet 2014, à l’âge de 39 ans.

Les dix personnalités du monde scientifiques qui ont marqué l’année, selon Nature :

-       Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta
-       Suzanne Topalian, qui a contribué à mettre au point un traitement contre les mélanomes
-       Radhika Nagpal, qui a participé au projet Kilobot coordonnant le fonctionnement d’un ensemble de robots
-       Sheik Humarr Khan, virologue en Sierra Leone, victime du virus Ebola
-       David Spergel, astrophysicien qui a mis en doute la découverte annoncée de traces des ondes gravitationnelles du Big Bang
-       Maryam Mirzakhani, première femme à recevoir la médaille Fields, récompensée pour ses travaux en dynamique et géométrie des surfaces
-       Pete Frates, pour sa promotion du « Ice Bucket Challenge » en faveur de la recherche sur la sclérose latérale amyotrophique
-       Koppillil Radhakrishnan, directeur de l’Organisation indienne de recherche spatiale qui a soutenu la mise en orbite autour de Mars d’une sonde indienne
-       Masayo Takahashi, qui a participé à la greffe de cellules souches pour traiter une maladie de l’œil
-       Sjors Scheres, qui a travaillé à un logiciel de perfectionnement des images de microscopie cryoélectronique

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