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Rosetta : une sonde pour déchiffrer le Système solaire

Au terme d'un sommeil de 957 jours, la sonde européenne Rosetta s'est réveillée le 20 janvier comme prévu. Elle doit rejoindre maintenant son objectif final, la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Objectif : mieux comprendre notre système solaire.

© ESA

« Debout, c’est l’heure » ! C’est à peu près la teneur du message transmis le 20 janvier par l’ordinateur de bord de Rosetta. Depuis près de deux ans et demi, cette sonde européenne était en sommeil, et il était temps pour elle de se réveiller avant son rendez-vous prévu en fin d’année avec la comète Churyumov-Gerasimenko. Lancée par une fusée Ariane 5G+ le 2 mars 2004 depuis la base de Kourou, la sonde Rosetta navigue dans l’espace interplanétaire depuis près de dix ans pour un voyage au long cours. Sa mission, la plus ambitieuse de toutes celles conçues par l’Agence spatiale européenne (ESA), consiste à se placer en orbite autour d’une comète, et même y déposer un petit robot ! Jamais, jusqu’à présent, un tel exploit n’a été tenté.

Faux départ

La mission avait pourtant débuté sous de mauvais auspices. Afin de remédier à un problème du lanceur Ariane 5, le lancement de Rosetta a été retardé d’un an. Ce changement de date a eu pour conséquence un changement de cible : le programme prévoyait d’explorer la comète Wirtanen et c’est finalement la comète Churyumov-Gerasimenko, découverte en 1969, qui a été retenue.

La sonde de trois tonnes étant trop lourde pour être positionnée directement sur une orbite de rencontre avec la comète, il a fallu imaginer une trajectoire qui faisait passer Rosetta à plusieurs reprises près de la Terre et de Mars, de façon à modifier son orbite et acquérir une vitesse suffisante pour aller à la rencontre de la comète. Durant son voyage, la sonde européenne a pu survoler deux astéroïdes : Steins, en septembre 2008, et Lutetia, en juillet 2010, nous offrant les premières images de ces deux petits corps.

Les astéroïdes Steins et Lutetia, photographiés par Rosetta © ESA

Comète en vue

Mise en hibernation en juin 2011 pour préserver ses instruments, la sonde vient donc de se réveiller sans encombre, et est prête à poursuivre sa mission. En août prochain, Rosetta doit se mettre en orbite autour de la comète Churyumov-Gerasimenko afin de la photographier sous toutes les coutures. Durant l’automne, la sonde se rapprochera à moins de 10 km de sa cible. Et le 11 novembre, Rosetta larguera l’atterrisseur Philae, qui devrait se poser en douceur sur le noyau de la comète, sans aucun doute la partie la plus délicate de la mission. La très faible gravité régnant sur la comète obligera l’atterrisseur à s’accrocher au sol pour ne pas rebondir dans l’espace. 

Le 11 novembre 2014, l'atterrisseur Philae va tenter de s'amarrer à la comète. © ESA

L’atterrisseur devrait fonctionner au minimum durant cinq jours, photographiant le paysage, et forant le sol pour l’analyser. Les données enregistrées seront renvoyées vers Rosetta qui les relaiera vers la Terre. Si les panneaux solaires de Philae fonctionnent correctement, la mission de l’atterrisseur pourrait être prolongée durant plusieurs semaines. Rosetta, pour sa part, devrait rester en orbite autour de la comète et poursuivre son étude durant près d’un an et demi, jusqu’au 31 décembre 2015.

Décrypter notre histoire

Si les comètes intéressent tant les scientifiques, c’est que ces petits corps constituent de véritables fossiles remontant à la formation du système solaire. Formées très loin du Soleil, les comètes – mélange de glaces diverses et de poussières – n’ont quasiment pas évolué depuis plus de 4 milliards d’années. Leur composition reflète celle de la nébuleuse primitive qui donna simultanément naissance au Soleil, aux planètes et à tout ce qui tourne autour de notre étoile. L’atterrisseur Philae, capable de forer le sol de la comète et d’analyser sa composition, devrait donc nous révéler, non seulement l’histoire de la comète, mais surtout celle de notre Système solaire.

Philae devrait fonctionner au minimum durant cinq jours, photographiant le paysage et forant le sol pour l’analyser. © ESA

La mission de Philae terminée, la sonde Rosetta restera en orbite autour de la comète, alors que celle-ci s’approchera du Soleil. Rosetta pourra ainsi observer les phénomènes de dégazage qui se produisent lorsqu’une comète passe non loin de son étoile. La comète Churyumov-Gerasimenko devrait, au moment de son passage à proximité du Soleil, perdre environ 60 kilos par seconde : deux tiers de gaz pour un tiers de poussière. Les responsables de l’ESA espèrent que la sonde ne sera pas trop sérieusement impactée par les débris et qu’elle pourra mener à bien sa mission jusqu’à la fin de 2015, quand la comète, s’éloignant du Soleil, deviendra inerte.

Rosetta n’est que la sixième sonde à visiter une comète. Mais alors que ses prédécesseurs passaient « en coup de vent », Rosetta sera le premier engin à se mettre en orbite autour d’un de ces astres, et le premier à posséder un atterrisseur qui doit nous donner les premières images des paysages de ce monde minuscule.

Un nom à la mesure de l'ambition

Le nom de Rosetta fait référence à l’égyptologie. C’est en effet grâce à la « pierre de Rosette », une roche gravée en trois langues, que Champollion réussit en 1822 à déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens. Les scientifiques européens attendent de Rosetta qu’elle déchiffre l’histoire du système solaire, comme la pierre de Rosette permit de comprendre l’histoire de l’Égypte ancienne. L’atterrisseur Philae, quant à lui, fait référence à l’obélisque de Philae, en Haute-Égypte, qui permit de compléter les déchiffrages de Champollion.

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