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Santé publique : les résultats non concluants de l'étude Interphone

La plus vaste étude menée sur les liens éventuels entre l'usage du téléphone portable et le développement de tumeurs du cerveau vient d'être publiée. Un risque accru de certains cancers cérébraux apparaît chez les plus grands utilisateurs de téléphone portable, sans qu'un lien de causalité puisse être réellement établi.

Une étude très attendue

« Un risque accru de tumeur cérébrale n'a pas été mis en évidence de manière définitive, mais en même temps, on ne peut pas conclure qu'il n'y a pas de risque ». C'est en ces termes que le bilan de l'étude Interphone menée par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) est présenté par sa coordinatrice, Elisabeth Cardis. Lancée en 2000 dans 13 pays et publiée le 17 mai dans l'International Journal of Epidemiology, cette étude visait à évaluer les éventuelles conséquences de l'usage du téléphone mobile sur le développement des tumeurs du cerveau (gliome, méningiome), du nerf acoustique et de la glande parotide (salivaire).

Elle a porté sur 2708 personnes atteintes de gliome, 2409 de méningiome, 1100 neurinomes de l'acoustique et 400 tumeurs de la glande parotide. Tous ces patients ont ensuite été comparés à des cas témoins en bonne santé, âgés de 30 à 59 ans. Les personnes incluses dans cette étude utilisaient en moyenne leur téléphone portable de 2h à 2h30 par mois. 

13 pays à l'étude

L'étude a été conduite en Allemagne, Australie, Canada, Danemark, Finlande, France, Israël, Italie, Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège, Royaume-Uni et Suède. Elle a porté sur plus de 10 000 personnes : utilisateurs et non-utilisateurs de téléphone portable.

L'étude a révélé un risque de gliome de 40% supérieur, et un risque de méningiome de 15% supérieur uniquement chez les personnes ayant déclaré une utilisation fréquente du téléphone portable (au moins 30 minutes par jour depuis dix ans).

Pour parvenir à ce résultat, les médecins ont interrogé les volontaires sur leur temps d'usage du téléphone portable. Ils ont ensuite comparé les réponses des personnes malades à celles des témoins en bonne santé. Résultat : les personnes malades ont déclaré beaucoup plus souvent une utilisation fréquente de téléphone portable que les témoins. Mais, selon les chercheurs, ce constat pourrait être entaché d'un biais de mémorisation : les patients pourraient exagérer leur utilisation de téléphone portable afin de donner une explication à leur maladie. Ce qui rend très délicat l'interprétation des résultats.

Affiner le processus méthodologique

Pour pallier ces incertitudes, de nouvelles études sont prévues. La première, déjà en cours, s'appelle Mobikids. Destinée aux jeunes de 10 à 24 ans atteints de tumeur cérébrale, elle fait appel à des témoins hospitalisés pour des pathologies qui ne sont pas reliées à l'utilisation du téléphone portable (comme l'appendicite). Comme ils doivent se reposer, ces témoins d'un nouveau type devraient être plus enclins à participer à l'étude que des jeunes pris en population générale. Chez les adultes, les prochaines méthodes employées s'annoncent aussi plus développées. Un des moyens retenu par les chercheurs serait d'avoir accès à l'historique des conversations téléphoniques des sujets, s'ils sont d'accord, et ce, par l'intermédiaire de leurs opérateurs de téléphonie mobile. Cette méthode devrait permettre de confronter la durée annoncée par le volontaire avec celle réellement passée au téléphone.

Le coût de l'étude

D'après le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), le coût global de l'étude Interphone s'élève à environ 19 millions d'euros. 9,9  millions ont été versés par les pays participants, 3,74 millions par la Commission européenne. Le reste, 5,5 millions d'euros, provient de sources industrielles : 1,75 million d'euros ont été versés par le Mobile Manufacturers Forum (MMF), idem pour la GSM Association, et 1,5 million d'euros ont été apportés par les fabricants de téléphone portable.

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