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Sida : quels vaccins à l'essai ?

Près de vingt ans après la découverte de l’agent causal de la maladie du sida, le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), près d’une centaine de candidats-vaccins sont développés dans le monde, mais aucun n’a encore fait ses preuves. Les techniques classiques d’élaboration d’un vaccin ne peuvent être utilisées devant ce virus très spécial…

Les ruses d'un virus

Cellule productrice du VIH responsable du sida © J.C. Chermann / INSERM

Le virus du sida (VIH) a pour caractéristiques d'infecter et de s'attaquer directement aux cellules qui protègent notre corps des agressions (lymphocytes T) et de provoquer leur mort. De plus, il peut se “cacher” dans des endroits inaccessibles aux défenses de l'organisme comme les cellules intestinales. Et lorsqu'il est “découvert”, il change de visage en déformant des protéines qui le recouvrent.

Le principe d'un vaccin étant d'enregistrer un “portrait-robot” du virus ennemi, on comprend la difficulté d'élaboration d'un vaccin devant cet ennemi aux multiples visages. Cette capacité à “muter” interdit de fabriquer un vaccin à partir de virus tués ou inactivés, le risque qu'une forme dangereuse réapparaisse étant trop grand. Les chercheurs doivent donc trouver des parades inédites capables de piéger ce virus.

Produire des anticorps spécifiques

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</video> Infection d'une cellule par le VIH © www.vaxgen.com

La première stratégie pour vacciner contre le VIH consiste à utiliser des protéines qui se trouvent à la surface du virus : le corps va alors s’exercer à reconnaître ces facteurs étrangers. S’il rencontre ensuite un virus couvert de ces protéines, il produira des anticorps spécifiques en grand nombre. Mais cette approche a une faille : dans le cas du VIH, les protéines de surface sont précisément celles qui varient le plus !

Stratégie vaccinale étudiée par Vaxgen... Les anticorps anti-gp120 (en jaune) neutralisent la particule virale qui ne peut plus infecter la cellule. © www.vaxgen.com

En outre, jusqu’à présent, on n’est jamais parvenu à générer des anticorps très puissants, capables de neutraliser le virus avant qu’il n’entre dans les cellules, mais les recherches se poursuivent...

Cette approche a été utilisée par la compagnie américaine Vaxgen qui a développé un vaccin contre le sida à base de gp120, une protéine de surface du virus. Son produit est actuellement en cours d’essai de phase III sur plusieurs milliers de personnes en Thaïlande, aux États-Unis et en Hollande. Les premiers résultats sont attendus début 2003.

Quelle est la procédure d'essais d'un vaccin ?

Avant de commencer les tests sur l'homme, les essais doivent avoir obtenu l'avis favorable d'un Comité consultatif pour la protection des personnes participant à une recherche biomédicale. Les essais se déroulent en trois temps sur des volontaires.

Phase I : Mesure la toxicité du vaccin et sa capacité à induire des réponses immunitaires sur un petit nombre de volontaires sains.

Phase II :
Le produit est évalué sur un plus grand nombre de personnes saines.

Phase III : Produit testé sur plusieurs milliers de volontaires appartenant à des groupes exposés aux risques de contamination. Il faut tester les effets du vaccin pendant au moins trois ans sur une très large population pour voir une différence avec les personnes non vaccinées.

Stimuler les lymphocytes T tueurs

La deuxième stratégie pour vacciner contre le VIH consiste à stimuler les lymphocytes T tueurs, des cellules du système immunitaire capables de détruire les cellules infectées avant qu’elles ne propagent l’infection. Pour cela, le vaccin doit apporter des « signes de reconnaissance » du virus d’une façon particulière : les fragments de virus doivent pénétrer à l’intérieur des cellules afin qu’elles miment les cellules infectées.

Il y a plusieurs possibilités : tout d’abord injecter à l’organisme des portions de matériel génétique du virus. Ce sont les vaccins « ADN nu ». Les cellules auront ainsi toutes les informations pour synthétiser quelques protéines ou peptides (fragments de protéines) du VIH qu’elles vont montrer aux cellules tueuses, comme elles l’auraient fait si elles contenaient du virus.

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