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Archéologie & Paléontologie

Sommes-nous responsables de l’extinction du « hobbit » ?

Des traces de feu vieilles de 41 000 ans semblent montrer que l’Homme moderne était présent sur l’île de Florès au moment de la disparition d’Homo floresiensis.

Comment s’est éteint l’homme de Florès, cette espèce considérée comme appartenant au genre Homo découverte en 2003 sur l’île de Florès en Indonésie ? Homo sapiens serait-il impliqué dans la disparition de ces humains, tout comme il est soupçonné de l’être avec Néandertal ? Selon un article publié dans Archeological Science Today, des traces de feu vieilles de 41 000 ans semblent en tout cas indiquer que l’Homme moderne était présent sur l’île moins de 10 000 ans après que les archéologues perdent la trace d’Homo floresiensis.

Vue d'artiste d'Homo floresiensis.

Surnommé le « hobbit » en raison de sa petite taille – à peine plus d’un mètre –, l'Homme de Florès serait, selon les dernières estimations, un descendant d’Homo erectus ayant vécu sur l’île de Florès entre 190 000 et 50 000 ans avant notre ère. Période à la suite de laquelle les archéologues perdent sa trace. Une première datation avait estimé à 12 000 ans les restes les plus récents, mais elle a été révisée en mars 2016.

Cohabitation ?

De nouvelles recherches menées sur le site de Liang Bua, la grotte de calcaire où ont été découverts les restes d’Homo floresiensis, ont également révélé la trace de plusieurs foyers datant de 41 000 à 24 000 ans. Or, aucun indice archéologique n'atteste de l’utilisation du feu par l’Homme de Florès. Les chercheurs pensent donc qu’il s’agit de traces laissées par l’Homme moderne. L’écart entre la présence des deux espèces sur l’île se ressert.

Mike Morley, de l'Université de Wollongong, en Australie, présente un échantillon de sédiment prélevé à Liang Bua. L'échantillon, qui contient des éléments calcinés, montre qu'Homo sapiens utilisait vraisemblablement le feu sur l'île de Florès il y a 41 000 ans. Un élément crucial pour comprendre comment a disparu Homo floresiensis.© Paul Jones | University of Wollongong

Se pourrait-il qu’Homo sapiens ait vécu sur l’île en même temps que le « hobbit » ? Après tout, les plus anciennes traces de la présence de notre espèce en Asie du Sud-Est remontent justement à 50 000 ans. Le timing est intrigant. D'autant que l'Homme de Florès aurait très bien continuer à exister longtemps après les indices les plus récents de sa présence retrouvés pour l'instant. Se pourrait-il que l’Homme moderne soit d’une manière ou d’une autre impliqué dans l’extinction de cette espèce ?

La grotte de Liang Bua sur l'île de Florès en Indonésie. © Mike Morley

Les chercheurs australiens et indonésiens à l’origine de la découverte essayent désormais de trouver des indices pour déterminer si oui ou non il y a eu présence simultanée des deux espèces, et donc une possible interaction. « Si tel est le cas, cela ne veut pas dire qu’Homo sapiens soit directement responsable de la disparition d’Homo floresiensis, commente Antoine Balzeau, paléoanthropologue au Musée de l'Homme. La vision qui consiste à le tenir comme unique responsable de la disparition d’Homo neanderthalensis est très exagérée. Il est possible qu’il ait joué un rôle, notamment de par sa démographie galopante et son impact sur l’environnement, mais il faut rester prudent. Homo sapiens et Néandertal ont cohabité plus de 10 000 ans avant que ce dernier ne disparaisse. »

Source : Archeological Science Today du 30 juin 2016.

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