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Sommet de la Terre à Johannesburg : qu'en reste-t-il ?

Le Sommet mondial de Johannesburg devait jeter les bases d’un modèle de “développement durable“. La minceur du plan d’action qui vient d’être adopté peut faire douter de sa mise en œuvre…

Sommet-spectacle

Tous ont quitté Johannesburg : les quelque cent chefs d’États, ainsi que les 22 000 délégués issus de 191 nations. Partis également les journalistes, les chefs d’entreprise, les membres d’associations humanitaires ou écologiques… 50 000 personnes au total !

Kofi Annan, secrétaire général de l'ONU, à Johannesburg © Georges Bortoli

Le 4 septembre dernier, la plus grande manifestation jamais organisée par l’ONU s’est donc achevée. Beaucoup prédisaient que le Sommet sur le développement durable serait un échec. Après dix jours de tractations, la conférence s’est néanmoins achevée par l’adoption d’un “Plan d’action“ : une série de principes concernant la mise en œuvre d’un modèle de “développement durable“, conciliant tout à la fois croissance économique, progrès social et préservation de l’environnement.

Historique : de Rio à Johannesburg

1992 : Sommet de la Terre (Rio de Janeiro)
27 principes et 3 conventions (biodiversité, changement climatique et désertification). Le programme d'action pour le XXI° siècle (Agenda 21) liste 2500 recommandations.

1993 : Conférence mondiale sur les droits humains (Vienne)

1994 : Conférence sur la population et le développement (Caire)
Convention de l’Onu pour combattre la désertification.

1995 : Sommet sur le développement social (Copenhague)
Création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui succède au Gatt (General agreement on tariffs and trade).

1996 : Sommet mondial de l’alimentation (Rome)
Objectif : réduire de 50 % d’ici 2015 le nombre de personnes en sous-alimentation chronique. Le G7 adopte une réduction de la dette des pays en développement.

1997 : Protocole de Kyoto
Objectif : réduire de 5,2%, à l'horizon 2008-2012, les émissions polluantes des pays industrialisés par rapport à 1990.

1998 : Convention sur les déchets dangereux et les pesticides (Rotterdam)

1998 : Conférence des parties (Bratislava)
Pour la première fois, est abordée la question des modalités de partage des avantages - bénéfices commerciaux et autres - tirés de l'utilisation de la biodiversité.

1999 : Sommet de l’OMC (Seattle)
La contestation citoyenne internationale prend de l’ampleur. L’ONU lance Global compact, un projet associant ONG et entreprises sur le travail, les droits humains et l’environnement.

2000 : Forum mondial de l’eau (La Haye)

2000 : Sommet du Millénaire (New York)
Objectif : réduire de 50% d’ici 2015 le nombre de personnes vivant dans la pauvreté ou sans accès à l'eau potable.

2001 : Adoption des modalités d’application du protocole de Kyoto (Bonn/Marrakech)
Les États-Unis rejettent le protocole.

2001 : Sommet de l’OMC (Doha)

2002 : Conférence sur la biodiversité (La Haye)

2002 : Sommet de la FAO (Rome)
Un sommet boudé par les grandes puissances.

2002 : Conférence sur le financement du développement (Monterrey)
Les pays riches promettent d’augmenter leur aide au développement.

Août/septembre 2002 : 2° Sommet de la Terre (Johannesburg)

65 pages, 152 points

Il n’y a guère que Colin Powell, secrétaire d’État américain, pour se féliciter de l’issue du sommet. Car le Plan d’action est en réalité bien loin des objectifs initialement visés, qui étaient de traduire en actes, avec des calendriers et de l’argent sur la table, les bonnes intentions affichées il y a dix ans à Rio : quelque 2 500 recommandations constituant l’Agenda 21…

En 65 pages, le Plan évoque de nombreux thèmes : énergies renouvelables, biodiversité, aide aux pays en développement… Mais sur les 152 points abordés, un seul, en tout et pour tout, avance un objectif chiffré : diminuer de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes sans eau potable ni assainissement adéquat (1,3 milliard d'êtres humains n'ont pas d'accès à l'eau potable et 2,4 n'ont pas de moyens d'assainissement).

Le reste n’est que recommandations et autres “approches de précaution“, un vocable moins contraignant que le fameux “principes de précaution“. Difficile dans ces conditions de juger si ces engagements porteront leurs fruits.

Quelques points du Plan d'action

L’eau : diminuer de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes ne disposant pas d’accès à l’eau potable et à un système d’épuration des eaux usées.

L’énergie : appel à une augmentation substantielle des énergies renouvelables.

Le climat : appel à ratifier le protocole de Kyoto sur le changement climatique.

La biodiversité : invitation à inverser la tendance en matière de destruction des espèces, d’ici 2010.

La pêche : ne pas pêcher plus de poissons que ne le permet la capacité de régénération des stocks… quand cela est possible.

Le commerce international : appel à une plus grande cohérence entre les objectifs de l’OMC et l’environnement.

L’Afrique : la lutte contre la désertification bénéficiera de moyens financiers du Fonds pour l’environnement mondial (FEM).

La Déclaration...

Le Sommet s’est achevé par l’adoption d’une “Déclaration de Johannesburg sur le développement durable“. Un document qui, au même titre que le “Plan d’action“, engage peu ses signataires.

Extraits de la déclaration de Johannesburg (d'après AFP)

“A Rio, il y a dix ans, nous sommes convenus que la protection de l'environnement et le développement économique et social étaient les trois piliers inséparables du développement durable. A cette fin, nous avons adopté l'Agenda 21“.

“Nous reconnaissons que mettre la fin à la pauvreté, protéger et gérer les ressources naturelles (utilisées) pour le développement économique et social sont des objectifs clefs et des exigences essentielles du développement durable.“

“L'environnement mondial continue de souffrir. L'appauvrissement de la biodiversité se poursuit (...) et les pays en développement deviennent plus vulnérables, la pollution de l'eau continue de priver des millions de personnes de conditions de vie décentes.“

“La mondialisation a ajouté une nouvelle dimension à ces défis. L'intégration rapide des marchés, la mobilité des capitaux et l'augmentation significative des flux d'investissements dans le monde offrent (...) de nouvelles occasions pour la poursuite du développement durable. Mais les bénéfices et les coûts de la mondialisation sont inégalement réparties, les pays en développement étant confrontés à des difficultés particulières pour relever ce défi.“

“Nous sommes déterminés, à travers des objectifs chiffrés, des calendriers et des partenariats (public-privé), à accroître rapidement l'accès aux exigences minimales telles que l'eau propre, l'assainissement, l'énergie, les soins de santé, la sécurité alimentaire et la protection de la biodiversité.“

“Nous invitons instamment les pays qui ne l'ont pas encore fait à s'employer concrètement à atteindre les niveaux d'aide publique au développement convenus au niveau international.“

“Nous convenons qu'il est nécessaire que les grandes sociétés du secteur privé fassent preuve de responsabilité et de transparence.“

“Nous nous engageons à renforcer et à améliorer la gouvernance à tous les niveaux en vue de la mise en œuvre effective de l'Agenda 21, des objectifs de la Déclaration du Millénaire et du Plan d'action de Johannesburg.“

Les ONG déçues

Manifestation des Sans-terre à Johannesburg © Philippe Desmazes/AFP

La déception est générale parmi les milliers de militants d’associations écologiques ou humanitaires qui, toute la semaine durant, ont multiplié manifestations et débats en vue de la construction d’un monde plus équitable et plus respectueux de l’environnement.

Pour Ricardo Navarro, président de l’association Les Amis de la Terre, le Sommet est une trahison : “Après neuf jours de marchandages, le Sommet accouche en tout et pour tout de deux nouveaux engagements en faveur de l’environnement et de la lutte contre la pauvreté.

Parmi les ONG, beaucoup critiquent également la mainmise des multinationales sur la cause environnementale…

Les multinationales s’engagent

Stand des constructeurs automobiles à Johannesburg Exposition de voitures (austins et bmw) fonctionnant à l' hydrogène © Meigneux/Sipa

Le Sommet a été fortement marqué par la présence du secteur privé. Les grandes entreprises internationales ont en effet décidé d’afficher à Johannesburg leur engagement en faveur du développement durable. Regroupées au sein d’une association spécialement créée pour le Sommet, elles ont pesé avec succès sur les négociations. Le dernier jour du Sommet, deux partenariats regroupant des fonds publics et privés ont ainsi été lancés pour la protection des forêts tropicales.

Il n’y a pas d’altruisme particulier de la part des entreprises“, admet Pierre-Marie Grondin, directeur de l’ONG Programme Solidarité Eau. “Elles sont là pour gagner de l’argent, mais ce moteur économique a un rôle à jouer pour parvenir à satisfaire au mieux les populations.“

Reste que ce point de vue n’est pas partagé par tous et beaucoup redoutent un manque de contrôle de l’activité des multinationales. Laurence Tubania, directrice de l’Institut sur le développement durable et les relations internationales, avertit : “Il faut que les États affichent clairement leur volonté de jouer un rôle d’arbitre entre les acteurs inégaux que sont les entreprises et les ONG.

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