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Stress post-traumatique : bientôt un mauvais souvenir ?

Des chercheurs ont réussi à localiser et effacer une forme de mémoire chez l'escargot, découverte qui pourrait être appliquée au traitement du stress-post traumatique.

© Geralt Pixabay

Comment soigner durablement le stress post-traumatique ? C'est la question sur laquelle s'est penchée une équipe de chercheurs américains, et il semblerait qu'une piste sérieuse vient d'être découverte. La solution consisterait à traiter directement la source des crises d'angoisse : le souvenir.

Lorsque l'on vit une expérience traumatisante, par exemple une agression, de multiples souvenirs sont codés dans le cerveau. Il y a les souvenirs de l’événement en lui-même et d'autres, dits « accessoires » : le passage d'un petit chien, la présence d'un banc vert foncé etc. Ces souvenirs non menaçants, par exemple le banc vert, peuvent déclencher des crises d'anxiété longtemps après l'événement, dues à l'association de cet élément avec l'agression.

Cette réaction de peur à la vue d'un banc vert est une réponse physiologique inadaptée, causée par l'augmentation et le maintien de connexions entre certains neurones. C'est ce type de lien à long terme que les chercheurs du centre médical de l'université de Columbia et de l'université McGill aimeraient effacer, sans altérer la mémoire normale de l’événement chez le patient.

Effacer un souvenir précis

Avant de pouvoir s'attaquer au cerveau humain, les scientifiques ont travaillé sur un système nerveux très simple. Leur étude, publiée le 22 juin dans Current Biology, a été réalisée sur des escargots marins, les Aplysia. Les chercheurs ont stimulé deux neurones sensoriels liés à un neurone moteur. La stimulation du premier neurone a servi à induire une mémoire associative, comme le banc vert et la peur chez l'homme, et celle du deuxième, une mémoire non associative, par exemple le déroulement de l'agression.

En mesurant la force de chaque connexion au neurone moteur, ils se sont aperçus que leur maintien dans le temps était dû à deux molécules : deux protéines kinase M (PKM), qui permettent la consolidation à long terme des différents souvenirs. Pour la mémoire associative, il s'agit de la PKM Apl III, et pour la non-associative, de la PKM Apl I. En inhibant l'une de ces molécules, ils ont constaté que l'on pouvait effacer le souvenir correspondant. 

Deux neurones sensoriels d'Aplysia en culture avec des contacts synaptiques sur le même neurone moteur. Les chercheurs ont injecté, dans le neurone moteur, une molécule fluorescente qui bloque l'activité d'une protéine kinase M. © Schacher Lab/Columbia University Medical Center

Les vertébrés possèdent des versions similaires de ces protéines. Ces recherches conduites sur Aplysia permettront donc peut-être de mieux comprendre le fonctionnement de la mémoire humaine, voire de développer des médicaments ciblant des mémoires inadaptées à l'origine de troubles post-traumatiques et d'anxiété et ce, sans affecter les souvenirs concernant l’événement traumatisant en lui-même. Mais avant cela, les recherches doivent naturellement se poursuivre, notamment sur la production et la localisation de ces protéines kinase.

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