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Télomères : l'esprit de contradiction

À quoi servent donc ces petits filaments qui forment les extrémités de nos chromosomes ? À première vue, ils seraient impliqués dans les mécanismes du vieillissement cellulaire, mais ils pourraient aussi jouer un rôle dans le développement des cancers. Peut-on alors prendre le risque d'intervenir sur leur longueur ?

À quoi servent les télomères et que peut-on attendre de leur étude ?

Télomères mis en évidence par un indicatuer fluorescent Cette image sous microscope permet de voir les télomères, mis en évidence par un indicateur fluorescent. Les chromosomes sont en bleu sur fond noir et les télomères en jaune. © biocrs.biomed.brown.edu/Books/Chapters/Ch%205/Telomere-LM.html

Les télomères sont des filaments d’ADN qui forment des embouts de protection à l’extrémité des chromosomes.

Ils jouent un rôle clé lors de la division des cellules, en permettant au matériel génétique (les chromosomes) de se multiplier à l’identique, sans risque d’erreur de transmission.


Les points de vue de deux spécialistes


Michel Allard, gérontologue, Fondation IPSEN.


Gilles Thomas, généticien chercheur, directeur scientifique de la Fondation Jean-Dausset.

L’horloge des cellules

Les télomères permettent aux cellules de mesurer le temps qui passe, en comptant le nombre de divisions qu’elles ont déjà subies. Leur longueur à un instant donné représente le capital de divisions dont elles disposent encore.

En 1961, le professeur Leonard Hayflick, de l'université de San Francisco, avait démontré que les cellules ne pouvaient se diviser qu’un nombre fini de fois avant de mourir, atteignant alors ce qui avait été nommé la “limite de Hayflick”. Un mécanisme important relié à ce phénomène a ensuite été élucidé en 1985 dans la même université par Elizabeth Blackburn, qui a mis en évidence la télomérase.

Cette enzyme est capable de rallonger les télomères pour les maintenir à la longueur nécessaire à de nouvelles divisions. Elle n'est pas présente dans tout l’organisme : on la trouve seulement dans les cellules de la reproduction (cellules germinales) et les cellules cancéreuses.

Entre vieillissement et cancer

La télomérase apparaît donc comme une arme à double tranchant. D’un côté, elle est capable de donner aux cellules une plus longue durée de vie. Un espoir qui doit toutefois être relativisé car le vieillissement d’un organisme est un phénomène beaucoup plus complexe que le vieillissement des cellules individuelles qui le composent.

A contrario, la télomérase pourrait bien être le moteur de l’éternelle jeunesse des cellules cancéreuses, qui ont comme principale caractéristique d’être virtuellement immortelles et capables de proliférer sans limite. Une particularité dont la médecine aimerait bien savoir les priver. La recherche sur les télomères se trouve donc au confluent des mécanismes du vieillissement et de ceux du cancer, prise entre deux feux au cœur de ce qui apparaît comme un des paradoxes de la biologie.

En attendant de mieux comprendre ces mécanismes complexes, une seule application pratique des connaissances actuelles paraît envisageable : la détection de la télomérase dans les cellules, qui pourrait être utilisée comme un outil de diagnostic du cancer.

Expériences contradictoires chez les clones

La célèbre Dolly, clonée à partir d'une cellule appartenant à une brebis de six ans, semble bien avoir fait les frais de cette érosion des télomères au cours du temps. Il avait déjà été remarqué que ses télomères étaient plus courtes que celles d'un animal de son âge et qu'elle semblait donc avoir hérité de l'âge cellulaire de sa ''mère''. Quelques années plus tard, la tendance se confirme : début 2002, Dolly développe de l'arthrite, une maladie qui n'apparaît jamais chez des animaux de son âge.

Autre expérience de clonage, conclusions diamétralement opposées : six génisses américaines semblent avoir des télomères beaucoup plus longs que les autres animaux de leur âge. Les scientifiques qui les ont clonées s'interrogent sur les mécanismes qui auraient pu ''remettre à zéro'' (et même à moins que zéro...) leur horloge biologique. Ils imaginent déjà de mirobolantes applications liées à la lutte contre le vieillissement, si leur premières constatations devaient se confirmer dans le futur.

Il faudra toutefois attendre de voir comment ces animaux se comporteront au fil des années. Ces six bovins ''plus jeunes que leur âge'' ont été conçu par la société Advanced Cell Technology, bien connue des médias pour l'efficacité de sa communication et le retentissement de ses effets d'annonce .

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