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Archéologie & Paléontologie

Un tombeau celte sous un futur centre commercial

Le tombeau d'un prince celte a été mis au jour sur le site de construction du futur centre commercial de Lavau, dans l'Aube. Des pièces exceptionnelles sont examinées depuis l'automne par les chercheurs qui espèrent en découvrir davantage sur l'histoire de ce lieu.

À Lavau, dans l’Aube, l’extension de la zone d’activité commerciale devra attendre un peu. Depuis l’automne dernier, en effet, les équipes archéologiques de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) ont investi le terrain afin de procéder à des fouilles préventives. Et quelles fouilles ! De 1 400 av. J.-C. jusqu’à l’ère chrétienne, les 7 000 m2 du site ont accueilli la plus grande nécropole celte connue à ce jour. Pièce maîtresse de ce complexe exceptionnel : une tombe princière « à char » remontant au premier âge du fer, soit cinq siècles avant notre ère.

Le site de Lavau, au nord de Troyes (Aube).© Denis Gliksman, Inrap

Au centre du tumulus de 40 mètres de diamètre, les archéologues n’ont pas encore fini de dégager la chambre funéraire de 14 m2, mais déjà, de précieux objets sortent de terre. Le plus prestigieux d’entre eux est un vaste chaudron de bronze de 1 mètre de diamètre dont l’origine grecque ou étrusque ne laisse aucun doute. Ses quatre anses sont ornées de têtes d’Achéloos, le dieu-fleuve grec, représenté ici avec des cornes. Les bords du chaudron laissent également apparaître huit têtes de lionnes finement sculptées.

© Denis Gliksman, Inrap

À l’intérieur du chaudron repose un vase décoré laissant apparaître une représentation de Dionysos face à un personnage féminin. Cette « œnochoé » servait à prélever du vin dans le chaudron lors des libations. On notera la richesse de l’ouvrage, dont la base et la lèvre sont finement ciselées et rehaussées d’or.

© Denis Gliksman, Inrap

La finesse et à la valeur des objets mis au jour témoignent du rang du défunt, membre d’une grande famille aristocratique celte. Le corps n’étant pas encore dégagé, il est pour l’instant impossible de savoir s’il s’agissait d’un homme ou d’une femme. La découverte d’un poignard de bronze – un attribut masculin chez les Celtes – laisse présager qu’il s’agirait plutôt d’un prince.

Des objets méditerranéens en Champagne

© Denis Gliksman, Inrap

Pour les archéologues, la présence d’objets d’origine grecque ou étrusque dans cette région si éloignée de la Méditerranée n’a rien de mystérieux. La fin du VIe siècle et le début du Ve siècle sont en effet marqués par le développement de l’activité économique des cités étrusques et grecques d’Occident telles que Marseille. Les commerçants méditerranéens en quête de nouvelles marchandises sont ainsi entrés en contact avec les communautés celtes continentales. Les fleuves facilitant les échanges commerciaux, les élites vivant à proximité des grands axes fluviaux ont progressivement fait l’acquisition d’objets d’origine méditerranéenne : des objets rares et exotiques, source de prestige.

Les fouilles continuent

Mieux conservée que les tombes à char de Vix (Côte-d’Or) et d’Hochdorf dans le Bade-Wurtemberg (Allemagne), la tombe de Lavau constitue un précieux témoignage de la période princière du premier âge du fer (le Hallstatt). Autant dire que les chercheurs espèrent réaliser de nombreuses autres découvertes lors de la poursuite des fouilles, en particulier lorsque le char funéraire et le squelette seront enfin dégagés de leur gangue de terre.

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