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Vache folle : d'un embargo à l'autre ?

Fin 2003, une vache atteinte d'ESB est découverte aux Etats-Unis. Le consommateur américain et l'industrie bovine ont-ils lieu de s'en inquiéter ? L'importance des mesures qui ont été nécessaires en Europe pour restaurer la confiance en la viande bovine offre quelques éléments de réponse et permet de mesurer les enjeux d'une crise potentielle.

Début de crise aux États-unis ?

Au 31 mars 2002, 28 356 vaches ont été abattues en France pour 516 cas d'encéphalopathies spongiformes bovines. © © Denis Pasquier

Il n'aura fallu que quelques jours pour prouver que la vache folle repérée le 23 décembre 2003 dans l'Etat de Washington était en fait d'origine canadienne. Une rapidité surprenante, d'autant qu'elle s'est accompagnée de la découverte que la traçabilité des bovins nord-américains était loin d'être parfaite. Tout aussi prompte a été l'annonce du président Bush, plaidant en faveur de la parfaite sécurité du bœuf de son pays, qu'il affirme consommer sans la moindre crainte. Une intervention que l'on ne peut s'empêcher de comparer à celles de certains membres du gouvernement anglais en 1995.

Très rapides également ont été les décisions de plusieurs pays de geler leurs importations de viande bovine américaine. Un embargo qui a divisé par dix les exportations de bœuf des États-Unis et qui pourrait se prolonger. Le Japon, notamment (un client qui achète habituellement le tiers du bœuf américain exporté), a précisé qu'il n'envisageait pas de reprendre ses importations avant que des mesures de sécurité ne soient prises par Washington, parmi lesquelles des tests systématiques et le retrait des matières à risque. L’Union européenne n’est pas concernée par ce débat, car le bœuf américain, traité aux hormones de croissance, y fait déjà l’objet d’un embargo depuis 1999.

L'influence d'une vache folle sur le marché américain

Le cas de vache folle repéré dans l'Etat de Washington pourrait coûter cher aux fermiers américains.

Les conséquences possibles de cette situation ont été étudiées par le cabinet d’analyse Global Insight qui a dévoilé ses conclusions le 23 janvier 2004. Il en ressort que le secteur agricole américain pourrait subir en 2004 une baisse de ses revenus de l’ordre de 5,5 milliards de dollars (soit environ 10% de ce marché) par rapport aux prévisions qui avaient été établies avant l’apparition de ce cas de vache folle.

Ces projections tiennent compte des mesures annoncées par le département de l’agriculture, dont l’exclusion des viandes séparées mécaniquement et de certains tissus nerveux de la consommation humaine ainsi que la mise au point de procédures de traçabilité fiables.

Elles misent aussi sur un maintien de la confiance du consommateur américain envers la viande bovine, tel qu’il a été constaté début 2004. Cet aspect aura finalement beaucoup plus d’impact sur le marché du bœuf que les exportations, qui ne représentent que 10% de la production.

Fin de crise en Europe ?

En mars 1996, la CEE avait décrété un embargo sur les viandes bovines en provenance du Royaume-Uni, qui avait duré jusqu’en 1999. Seule la France avait alors poursuivi cet embargo, pour le lever finalement en octobre 2002. Le gouvernement français s’était alors rangé à l’avis de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), qui estimait que l’importation de viandes britanniques ne réduisait pas le niveau de sécurité offert aux consommateurs français.

Quoi qu’il en soit, la reprise des exportations de viande bovine anglaise vers la France ne pouvait être que symbolique car l’industrie du bœuf au Royaume-Uni, durement touchée au cours des années 90, est à peine en position de satisfaire la demande intérieure.

Cette levée de l’embargo ne s’est donc pas accompagnée d’une méfiance des consommateurs français, visiblement rassurés par l’éventail de mesures prises suite à la crise de l’automne 2000 et qui pour la plupart continuent d’être appliquées.



En parallèle de toutes les mesures décrites ci-après, le système de surveillance de l'ESB en France repose sur un réseau de vétérinaires créé en 1997. Éric Collin fait partie de ce réseau, en tant que vétérinaire coordinateur départemental pour les Côtes d'Armor, un des départements français les plus touchés par l'ESB.

Voir la chronologie de la maladie de la vache folle.

Interdiction totale des farines animales

Farines animales Avec plus de 500 000 tonnes en avril 2002, le stockage des farines animales est en voie de saturation en France. © Marcel MOCHET / AFP

En France, ces produits, qui ont permis à l'ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) de se transformer en épizootie, sont interdits à la consommation de tous les animaux d'élevage depuis novembre 2000. Une mesure qui, bien que tardive, a voulu être en phase avec les attentes des consommateurs.

De plus, pour faire face à une production importante de farines animales par les équarisseurs (9 à 10 000 tonnes par semaine) et à la saturation des centres de stockage (environ 509 000 tonnes en mars 2002), les farines animales produites en France depuis novembre 2000 (ainsi que des déchets d’abattoirs) seront brûlées à partir de fin 2004.

Quatre sites ont été sélectionnés. 25 000 et 44 000 tonnes par an seront incinérées respectivement dans l’Orne et en Ile-et-Villaine; 76 000 dans les Deux-Sèvres, ainsi qu'en Meurthe-et-Moselle. Avec cette activité, les entreprises retenues produiront de l’énergie pour leur propre site et de l’électricité qui sera rachetée par EDF (0,05 centime d’euro le kilowattheure).

Ces initiatives laissent cependant en suspens la question du remplacement de ces protéines bon marché dans l'alimentation animale. Aux Etats-Unis, l'interdiction des farines animales décidée en 1997 ne s'appliquait qu'aux bovins, ovins et caprins. De nouvelles décisions prises fin décembre 2003 interdisent de nourrir le bétail avec des produits dérivés du sang d'animaux, ce qui n'était pas le cas jusqu'alors.

Dépistage

L'ESB en France au 31 décembre 2003 © Sciene Actualités (CSI)

Depuis 1991, les vétérinaires du réseau d’épidémiosurveillance français ont détecté 328 cas d’ESB au cours de leurs observations sur le terrain. D’autres animaux malades ont été mis en évidence par un programme de recherche actif entre juin 2000 et avril 2001 (74 cas sur une population d’animaux considérée à risque).

C’est finalement en 2001 qu’ont été mises en place des procédures de dépistage systématique. Elles concernent tous les animaux de plus de 24 mois dont la viande est destinée à la consommation et sont réalisés sur des prélèvements faits à l’abattoir. Jusqu’à fin décembre 2003, plus de 8 millions de tests ont ainsi été réalisés dans l'Héxagone et ont abouti à 195 cas positifs.

Un programme européen de surveillance a été mené dans le même temps, depuis juillet 2001. Il s’applique aux animaux de plus de 24 mois morts ou euthanasiés pour maladie ou accident. Les prélèvements sont réalisés à l’équarrissage. Sur environ 680 000 tests de ce type, 297 cas positifs ont été repérés.

Toutefois, aussi nombreux que soient ces tests, le dépistage ne peut empêcher à 100% l'entrée d'un animal contaminé dans l'alimentation humaine. Il faudrait pour cela disposer de tests beaucoup plus sensibles, capables de détecter l'infection par le prion à un stade plus précoce.

En comparaison, les tests réalisés sur l'ensemble du cheptel bovin américain s'élèvent à environ 20 000 en une dizaine d'années. Si l'Europe avait testé dans les mêmes proportions son cheptel, elle aurait pu ne pas détecter l'épizootie constatée dans les années 90. L'administration américaine n'envisage pas de recourir à des tests systématiques.

Davantage d'animaux malades ?

Des travaux menés par les professeurs Roy Anderson et Christl Donnelly, de l’Imperial College*, montrent que les cas d’ESB diagnostiqués ne représentent qu’une faible partie du nombre d’animaux réellement infectés.

Ainsi, ces scientifiques évaluent à environ 2 000 000 le nombre de bovins ayant contracté l’ESB au Royaume-Uni depuis le début de l’épizootie, alors que seuls 180 000 cas ont été diagnostiqués. De la même manière, dans les autres pays d’Europe, le nombre réel de bovins malades serait lui aussi très supérieur à celui des cas diagnostiqués.

Pour autant, ces nouvelles données ne modifieraient pas les projections qui avaient été faites, par la même équipe, pour évaluer le nombre de cas de la forme humaine de la maladie pouvant apparaître dans les années à venir.

*Cette étude a été publiée le 09/10/02 à Londres dans la revue Proceedings of the Royal Society

Abattage systématique

En général, très mal vécu par les éleveurs et fermement dénoncé par la Confédération paysanne, l’abattage systématique présente l'avantage d'être simple à comprendre par le consommateur : tous les troupeaux dans lesquels apparaît un cas d’ESB sont abattus.

Si la nécessité de cette mesure n’a jamais été clairement démontrée au plan scientifique, elle a certainement contribué à redonner confiance aux consommateurs français. C’est probablement pourquoi elle est longtemps restée d’actualité, malgré son coût important. Une première évolution de ce dispositif est intervenue début 2002 : à partir de cette date, en cas d’apparition de l’ESB dans une ferme, les animaux nés après le 1er janvier 2002 ont été épargnés.

Depuis décembre 2002, l’abattage systématique a été remplacé par l’abattage de la cohorte de naissance. Autrement dit, seuls les animaux du même âge que le bovin malade sont abattus.

Le retrait des matières à risque spécifié

C'est peut-être la mesure la moins visible et la moins connue du grand public, mais elle reste l'élément principal du dispositif de protection du consommateur. Elle assure que tous les organes dans lesquels l'agent infectieux pourrait être présent sont interdits à la vente et détruits. Ainsi, quand bien même un animal contaminé viendrait à entrer accidentellement dans la chaîne alimentaire humaine, le risque de transmission de la maladie serait quasiment nul.

La liste de ces matières à risque spécifié est constamment remise à jour en fonction de l'état des connaissances scientifiques. Pour le consommateur, le point le plus important est que le muscle (viande rouge) et le lait n'ont jamais fait partie de ces organes potentiellement infectieux. Toutes les expériences visant à transmettre la maladie par ces matières ont échoué.

L’ESB, un mauvais souvenir ?

De l’avis général, l’ESB est sur son déclin en Europe, y compris dans son berceau : le Royaume-Uni. Pour autant, il est probablement encore trop tôt pour parler d’éradication. Et l’apparition de cas « SUPER-NAIFS » est de nature à poser question. Ces animaux, « Nés Après l’Interdiction des Farines », n’auraient logiquement pas dû développer l’ESB. On en a pourtant recensé 75 en France jusqu’en janvier 2004, tous nés après le 8 juillet 1996. Le plus jeune d’entre eux est né en octobre 1998. Leur maladie est-elle due à une mauvaise application des règlements ou à une voie de contamination non encore expliquée ? La question reste en suspens.

Trois points de vue sur les mesures

Que pensez-vous des mesures prises pour protéger le consommateur ?

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