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Vers une épidémiologie 2.0

La récolte de données par questionnaire papier est la clef de voûte du travail d’épidémiologiste. Mais la feuille et le stylo n’attirent plus beaucoup les jeunes générations. À l’avenir, applications pour smartphone ou bracelets électroniques devraient permettre de récolter plus aisément les données tant convoitées.

L’Inserm lancera d'ici la fin de l’année une nouvelle étude épidémiologique nommée E4N pour Epidemiology 4 kNowledge. Elle fera suite à l’étude E3N, conduite dans les années 1990 par une équipe de l’institut Gustave Roussy, à Villejuif (Val-de-Marne), dont l’objectif était de suivre l’évolution de la santé de 100.000 femmes de l’Éducation nationale pendant plusieurs années, afin d'étudier, en particulier, la survenue de cancers du sein.

La technologie TADA. Carol Boushey présente la technologie TADA - application pour Smartphone qui peut calculer à partir d'une photo la valeur calorique d'un plat - devant les épidémiologistes d'E4N © Inserm

Cette fois-ci, ce sont les conjoints, puis les enfants et petits-enfants de ces mêmes femmes, qui seront observés par les chercheurs. L’objectif est d'identifier, à travers plusieurs générations, l’influence du mode de vie et du patrimoine génétique sur l’apparition de nouvelles maladies comme le diabète, l’obésité ou le cancer.

Originalité de cette nouvelle étude : des protocoles utilisant des technologies innovantes, et notamment le web 2.0, seront mis en place pour faciliter la récolte des données. Les conjoints des femmes de la cohorte E3N seront recrutés via des méthodes classiques comme les questionnaires papier. Cependant, les enfants et petits-enfants bénéficieront d'un mode de recrutement et d’outils de suivi plus adaptés à leur génération : questionnaire en ligne, bracelet électronique, application smartphone et toute une salve d’outils supplémentaires encore à inventer.

Une étude pilote

Pour l'heure, rien n’est vraiment fixé mais le responsable scientifique d’E4N, Guy Fagherazzi, mène une réflexion sur les technologies qui pourraient être employées :


Guy Fagherazzi, responsable scientifique de l'étude E4N

Il existe déjà des études-pilotes dans ce domaine, comme le projet I-Share de suivi d'apparition des maladies mené à Bordeaux sur des volontaires étudiants recrutés via Facebook. On peut citer aussi deux études concernant l’alimentation, menées à l’aide de ces mêmes technologies de suivi, aux États-Unis et en Australie. Mais l’efficacité de ces outils n’a jamais vraiment été étudiée. Les chercheurs de l’Inserm souhaitent donc comparer l’efficacité de ces technologies aux méthodes plus traditionnelles.

Ces premiers résultats pourraient donner matière à réflexion aux épidémiologistes du monde entier :

L'avenir de ces outils

Les technologies en ligne seront-elles utilisées correctement par les participants de l’étude E4N ? Permettront-elles de faire réaliser des progrès significatifs à une discipline qui souffre souvent du peu de fiabilité de ses données ? Les objets de suivi épidémiologique du futur sont ludiques, mais les biais engendrés par leur utilisation sont encore bien mal connus. Il faudra patienter quelques années pour connaître l’impact réel de ces nouveaux systèmes sur la récolte de données. En attendant, la feuille de papier et le crayon de bois ont encore de belles heures devant eux.

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