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Perturbateurs endocriniens, quels risques pour la santé ?

Des signaux d’alerte anciens

Les scandales de médicaments (distilbène) et de pesticides (DDT, DDE, chlordécone) ont révélé l’émergence de « la perturbation endocrinienne ».

Les premiers signes qui ont conduit à suspecter que des composés chimiques pouvaient perturber le système hormonal datent d’une cinquantaine d’années. Il aura toutefois fallu attendre plusieurs scandales sanitaires retentissants pour déclencher une réelle prise de conscience. De 1950 à 1977, un médicament, le distilbène, est prescrit aux femmes enceintes pour réduire le risque de fausse couche au Royaume-Uni, aux États-Unis, puis dans d’autres pays, dont la France. Il se révèle inefficace. En outre, suspecté de nuire à la santé du foetus, il est finalement interdit.

Autre découverte : à la fin des années 1990, une équipe de chercheurs de l’université de Floride constate des cas de malformations génitales chez les alligators du lac Apopka. Ils montreront que ces perturbations sont liées à une pollution du lac par des insecticides (DDT et DDE).

Viendra ensuite l’affaire du chlordécone, utilisé comme pesticide à partir des années 1960. La substance se révélera toxique pour l’Homme, en entraînant un risque accru de cancer, notamment de la prostate. Il sera interdit dès 1976 aux États-Unis et reconnu comme cancérogène possible par l’OMS en 1979. Mais il sera employé jusqu’en 1993 dans les bananeraies des Antilles françaises, dont les sols conservent jusqu’à aujourd’hui la trace d’importantes pollutions résiduelles.

Dans chaque cas, un point commun : des substances chimiques sont suspectées de provoquer des dérèglements du système hormonal, dit aussi « endocrinien ».

Distilbène, des effets sur plusieurs générations

Des études menées sur les femmes ayant pris du distilbène pendant leur grossesse montrent que leurs enfants présentent des risques de malformations génitales, de cancers du vagin et de troubles de la fertilité. En 2011, une étude publiée par une équipe du CHU de Montpellier a montré qu’à leur tour, celles que l’on appelle les « filles distilbène » ont transmis ce risque à leurs propres enfants, alors que ces derniers n’ont pas été en contact direct avec la molécule. Selon cette étude, les « petites-filles distilbène » présentent un risque accru de tumeurs vaginales, les garçons étant, eux, exposés à un risque de malformation des voies génitales externes de 40 à 50 fois supérieur à la moyenne. 

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