| La filière hydrogène et la pile à
combustible
La croissance de la consommation énergétique, la sécurité
d’approvisionnement et les risques environnementaux prennent une
importance tout à fait particulière en ce début de
XXIe siècle. La quantité de combustible fossile consommée
pourrait presque doubler d’ici 2050, même si sa part relative
diminue. Grâce au parc électronucléaire et hydraulique,
le secteur de la production d’électricité est à
la fois favorable à notre indépendance énergétique
et émet peu de CO2. Les émissions de GES ont globalement
diminué en France entre 1990 et 2001. Cependant, elles ont augmenté
de 20 % dans le secteur des transports (dépendant presque exclusivement,
en France comme dans le reste du monde, des carburants basés sur
les hydrocarbures). Les émissions des secteurs des transports et
du résidentiel tertiaire représentent aujourd’hui
plus de 60 % des émissions nationales et sont en augmentation constante.
Leurs impacts risquent à terme de compromettre les objectifs fixés
par le protocole de Kyoto.
Ces secteurs devront être alimentés en énergie par
un vecteur issu des trois grandes sources primaires d’énergie
(fossile, nucléaire, renouvelables). L’hydrogène pourrait-il
être l’un de ces vecteurs ?
L’hydrogène peut être utilisé directement (combustion
classique) ou en utilisant un convertisseur électrochimique, la
«pile à combustible» qui convertit avec un rendement
élevé l’hydrogène en électricité
et en chaleur. L’intérêt de l’hydrogène
résulte d’une part de sa forte capacité énergétique
(triple de celle des carburants classiques) et d’autre part de son
caractère non polluant (le produit de sa combustion est l’eau).
Cependant, de nombreux développements technologiques restent à
faire pour amener cette nouvelle filière énergétique
à des niveaux de coûts et de performances acceptables :
- Diminution des coûts de production en privilégiant les
procédés émettant peu de gaz à effet de
serre. L’hydrogène est produit aujourd’hui à
partir du gaz naturel, avec un coût de revient triple de celui
du gaz naturel et à partir d’un procédé de
reformage qui émet du CO2. Plusieurs solutions alternatives sont
envisagées : reformage du gaz naturel avec séquestration
du CO2, gazéification de la biomasse, électrolyse avancée
ou cycles thermochimiques de craquage de l’eau en utilisant l’électricité
ou la chaleur produite par les réacteurs nucléaires à
haute température.
- Conversion compétitive en énergie électrique
par l’utilisation de piles à combustible. Le CEA concentre
ses recherches sur deux technologies de piles à combustibles
: les PEMFC (Proton Exchange Membrane Fuel Cell), fonctionnant à
basse température, et les SOFC, fonctionnant à haute température.
Ces deux technologies qui utilisent des électrolytes solides
(polymères ou céramiques) présentent des marges
importantes de progrès à la fois sur les composants élémentaires
(électrodes, membrane, plaque bipolaire) et sur les architectures
des systèmes.
- Stockage-transport-distribution du gaz en toute sûreté.
Le domaine d’inflammabilité dans l’air est plus large
et l’énergie minimale d’inflammation plus faible
pour l’hydrogène que pour le gaz naturel mais son coefficient
de diffusion dans l’air est quatre fois plus élevé,
ce qui permet à l’hydrogène de se disperser beaucoup
plus vite. Le coût de la filière hydrogène sera
largement déterminé par le coût de la distribution
et du stockage où un effort de R&D particulier est nécessaire.
La mise en place d’une réglementation et de normes est en
cours pour harmoniser aux niveaux européens et internationaux les
nouvelles utilisations de l’hydrogène, non plus comme un
produit chimique mais comme un combustible pour les transports, le stationnaire,
les portables....
La transition de l’économie fossile vers une économie
de l’hydrogène se fera graduellement par les transports publics
et les véhicules utilitaires (flottes captives) puis progressivement
par les véhicules particuliers si le coût des technologies
associées est acceptable. Il en sera de même pour les applications
stationnaires (cogénération électricité /
chaleur) où les premières applications commerciales concerneront
des marchés de niche (alimentation de secours avec très
haute qualité de courant…). Cette transition a déjà
commencé par des opérations de démonstration.
Parallèlement aux mises au point techniques, des études
technico-économiques et environnementales doivent être menées
sur l’ensemble du cycle (production, stockage-transport-distribution)
jusqu’à l’utilisation finale en intégrant bien
entendu, les aspects sûreté.
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