| L'utilisation rationnelle de l'énergie
1. Le besoin d'énergie
La consommation de produits énergétiques, combustibles,
carburants, électricité, découle de la consommation
de produits et de services dont la fabrication ou la mise à disposition
nécessitent un apport énergétique.
Les quantités de produits énergétiques requises
pour obtenir la satisfaction d'un besoin donné sont extrêmement
différentes selon la méthode choisie pour satisfaire ce
besoin, l'équipement ou l'appareil utilisé et la façon
dont on s'en sert, et selon le produit énergétique consommé.
Par exemple :
- Un bâtiment d'habitation, de commerce, de bureaux, d'activités
industrielles ou artisanales, s'il est bien conçu et bien construit
(orientation, apports solaires, ouvertures, isolation des parois), consomme
pour les besoins de chauffage, de rafraîchissement et de ventilation,
beaucoup moins d'apports extérieurs d'énergie qu'un bâtiment
ordinaire. Sous certains climats, tout apport extérieur d'énergie
peut être évité.
- Pour un même niveau d'éclairage, une ampoule fluo-compacte
consomme jusqu'à cinq fois moins d'électricité
qu'une ampoule à incandescence ; la diffusion des meilleurs appareils
électroménagers (la consommation des réfrigérateurs
est la plus importante) déjà disponibles sur le marché
permettrait d'économiser près de 40 % de la consommation
d'électricité par rapport à la situation actuelle.
- À niveau de production égal, des améliorations
ou des changements de procédés industriels permettent
des gains qui atteignent dans la plupart des filières 30 à
50 % de l'énergie consommée.
- Les transports collectifs urbains, surtout les tramways et les métros,
consomment beaucoup moins d'énergie, polluent beaucoup moins
et connaissent beaucoup moins d'accidents que les voitures particulières
; il en est de même pour le train par rapport aux camions pour
les transports de marchandises.
Pour un même usage ou un même service rendu et, plus généralement,
pour un même développement, on peut consommer des quantités
de produits énergétiques bien inférieures à
celles utilisées aujourd'hui, même dans les pays dont les
techniques et l'économie sont les plus efficaces. Et cela à
un coût du "service rendu" égal ou inférieur.
Une stratégie d'efficacité énergétique
consiste à élaborer des politiques et à mettre en
œuvre des mesures et des moyens permettant de modifier les conditions
de la consommation d'énergie dans toutes les activités économiques
et sociales par l'amélioration de l'efficacité des méthodes
et des équipements de consommation. L'objectif est d'obtenir une
meilleure réponse aux besoins du développement avec une
consommation de produits énergétiques bien inférieure
à celle résultant des pratiques actuelles.
2. L'efficacité énergétique est une stratégie
doublement gagnante
L'efficacité énergétique est un facteur de développement
économique : dans tous les secteurs d'activité, des moyens
existent pour économiser l'énergie ou éviter de la
consommer.
Les ressources financières qui auraient été consacrées
par le consommateur ou la collectivité à l'approvisionnement
énergétique pourront être consacrées à
d'autres besoins, améliorant ainsi le contenu de la croissance
économique : construction de logements et d'équipements
d'éducation et de santé, développement des transports
collectifs, etc.
Les conséquences favorables pour l'environnement sont faciles
à comprendre : l'énergie qui pollue le moins est celle qui,
à service rendu égal, n'est ni consommée, ni produite.
Chaque fois que, pour un usage donné, on diminuera la consommation
d'énergie, on diminuera les pollutions et les risques liés
au système énergétique.
Les actions améliorant l'efficacité énergétique
sont les moins chères pour l'amélioration de l'environnement,
qu'il s'agisse des pollutions et des risques locaux ou des atteintes à
l'environnement global comme l'aggravation de l'effet de serre ou le risque
nucléaire. En effet, ces actions sont économiquement rentables
par elles-mêmes du fait du gain sur les dépenses énergétiques.
L'efficacité énergétique est donc doublement gagnante.
S'ils appliquent une telle stratégie, les pays industrialisés,
au premier rang desquels les plus gaspilleurs des ressources énergétiques,
peuvent réduire leur consommation d'énergie dans des proportions
notables. Les pays en développement ont besoin d'augmenter la leur,
mais ils peuvent le faire avec des taux de croissance bien inférieurs
à ceux que les pays riches ont connus dans le passé avec
les dégâts que l'on connaît.
3. Nouvelles méthodes et nouveaux acteurs
Les questions énergétiques ont été traditionnellement
prises en mains par les compagnies productrices et vendeuses de produits
énergétiques, soutenues de façon générale
par les Etats.
La dynamique de croissance de ces entreprises et les politiques énergétiques
qu'elles ont imposées dans les faits ont abouti à des impasses
économiques et écologiques. L'utilisateur s'est vu imposer
un rôle passif, réduit au paiement des factures énergétiques,
lorsque l'énergie était fournie et qu'il pouvait la payer.
La caractéristique d'une politique d'efficacité énergétique
est qu'elle sort de ce système fermé et qu'elle s'étend
à l'ensemble des activités humaines, économiques
et sociales : le consommateur, qui est aussi un citoyen, reprend ses droits.
Le champ d'action de l'efficacité énergétique n'est
pas limité au secteur de l'énergie, il s'étend à
l'industrie, au bâtiment, aux transports, au comportement des consommateurs,
aux modes de consommation.
Dans ce nouveau contexte de "ré-appropriation" des questions
énergétiques, de nouveaux acteurs apparaissent et ont un
rôle déterminant : les ménages, les entreprises, les
collectivités locales et territoriales. L'Etat a un rôle
à jouer, mais beaucoup plus comme régulateur que comme maître
du jeu. Les entreprises énergétiques doivent elles aussi
modifier leurs pratiques et passer de la logique exclusive de fourniture
d'un produit énergétique à une logique de réponse
globale à un besoin de service traitant sur le même pied
les actions sur la demande (moins de consommation d'énergie pour
le même service rendu) et celles sur l'offre (production et livraison
des produits énergétiques pour satisfaire le besoin de consommation).
L'expérience montre que les programmes d'efficacité énergétique
ne peuvent être réussis que s'ils sont conçus et réalisés
par l'ensemble des agents économiques concernés. En effet,
ils constituent des ensembles d'actions diversifiées et décentralisées
mises en œuvre par les collectivités locales, les administrations
et les sociétés de service, les ménages et les entreprises
(soit par la maîtrise de leur propre consommation d'énergie,
soit dans la fabrication et la vente d'équipements performants).
|