Vieillissement et santé mentale à
l’horizon 2010 ? Les enjeux, c’est que nous aurons en France en 2010 plus de 12
millions de personnes de plus de 60 ans. Si l’on regarde les prévisions
pour les démences séniles, c’est par définition
à partir de cet âge-là qu’elles augmentent de
façon considérable. Dans l’hypothèse haute,
on atteint 1 million (en cumulé) de personnes qui seraient déments
séniles au-delà de 65 ans. La prévalence c’est
le pourcentage de population qui risque d’avoir cette démence
et l’incidence c’est le nombre de cas pour mille personnes
par an qui développent ces démences. Les démences
chez les femmes sont plus importantes que chez les hommes, même
en tenant compte que la durée de vie chez les femmes est plus longue.
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Qu’est-ce que la longévité
? Qu’est-ce que le vieillissement ? J’ai trouvé cette citation qui pourrait résumer le
débat, une citation de Jonathan Smith auteur des Voyages de Gulliver
qui écrit : chacun voudrait vivre longtemps mais personne ne
voudrait devenir vieux. |
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La maladie d’Alzheimer ? La maladie d’Alzheimer a été caractérisée
en 1907. Différents facteurs de risque ont été déterminés
pour l’Alzheimer et les démences vasculaires. Il y en a beaucoup.
Ceux qui sont confirmés sont l’âge, les antécédents
familiaux pour une très petite partie des malades, et puis ces
fameux allèles epsilon 4. Pour les démences vasculaires,
il peut y en avoir d’autres facteurs possibles : les traumas crâniens,
l’hypertension, et la trisomie 21 (sur le chromosome 21 se trouve
un gène qui est le précurseur de la protéine amyloïde
et les trisomies présentent 50 % de quantité de peptide
amyloïde supplémentaire …) |
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L’approche du psychiatre sur la sénilité
et la maladie d’Alzheimer ? Je voudrais essayer de parler du regard que nous portons sur le vieillissement
et de la façon dont le regard que nous portons peut permettre de
ralentir ou d’éviter quelque chose de l’ordre de l’Alzheimer.
Je parlerais de «naufrage sénile» et non pas de la
maladie démentielle. Naufrage, sénile, est une formule qui
a été utilisée par Chateaubriand. Si vous prenez
la métaphore de naufrage sénile, vous verrez quelle est
beaucoup plus riche et beaucoup plus porteuse d’espoir que l’expression
maladie d’Alzheimer. Je peux faire naufrage parce que la coque de
mon bateau est trouée et dans ce cas je suis dans la maladie d’Alzheimer.
L’intelligence s’en va parce que mon cerveau est troué.
C’est une version. C’est la seule qui a droit de cité.
Celle qui ouvre un gros marché pour les chercheurs et les laboratoires.
Et puis, vous pouvez faire naufrage, bien que votre bateau soit de bonne
qualité, mais vous êtes soumis à une tempête.
Et puis, vous pouvez faire naufrage avec un bateau médiocre et
vous êtes mauvais capitaine. Pire, vous faites naufrage parce que
les secours qui viennent vous trouver vous éperonnent et vous font
couler. |
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La peur de vieillir ? Je vous renvoie au livre de Jankélévitch sur la mort. Six
cents pages, c’est dur, mais il décrit bien ce moment surprise,
qui est celui où je deviens vieux. Celui où je passe de
celui où il y avait tout à espérer, rien à
regretter, pour basculer dans le monde de ceux qui ont tout à regretter
et plus rien à espérer. Qu’est ce qu’il fait
ce vieillard qui découvre un beau matin ce visage fripé…
Quelquefois il se tue. Et, vous savez que les suicides augmentent avec
l’âge. Il a vu, il s’est vu, ce n’est pas possible.
C’est le suicide de Montherlant, parce que je ne suis plus digne
de ma vie. Je n’existe plus à mes yeux. Je ne suis plus ce
que j’étais. Et en plus les gens ne veulent plus, ne voudront
plus me reconnaître dans ce que je suis. |
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Cette peur du vieillissement est-elle dans le regard
des autres ? Vous avez sans doute entendu parler du stade du miroir tel que l’a
décrit Jacques Lacan, comme formateur de l’individualité
et de la reconnaissance de l’identité de chacun. Nous étions
habitué à l’idée «je pense donc je suis».
C’est vrai, mais c’est un peu léger. C’est «je
me vois et je suis». Jacques Lacan, a bien montré cela. La
maman amène son enfant devant un miroir et l’enfant qui voit
son image essaye de l’attraper parce qu’il croit qu’il
y a quelqu’un. Sa maman lui dit attend. Ses neurones poussent. Il
réalise que c’est une image et surtout il y arrive à
un moment où il va dire «bon sang mais c’est bien sûr,
regarde maman, c’est moi ! Je suis différent de toi, j’existe,
je suis moi-même je me reconnais». C’est ce que Lacan
appelle : l’assomption jubilatoire de l’image spéculaire.
Ce qui signifie qu’au moment où je me reconnais dans le miroir,
j’existe à mes yeux, j’existe aux yeux de ma mère
qui me regarde, et mon identité, mon narcissisme, tout cela est
fondé autour de cette reconnaissance de moi par moi et de moi par
les autres. Regardez le cercle de famille, tout le monde essaye de s’identifier
à lui. Il s’est reconnu dans le miroir, il est miroir pour
les autres. Il y a donc ce jeu de miroir. Et un enfant ne pousse bien,
que s’il est entouré de cette satisfaction à le reconnaître
comme mon semblable. |
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Les causes de la démence sénile sont-elles
limitées à des causes biologiques ? Ne croyez pas que je m’oppose au discours biologique. Je m’oppose
à son totalitarisme. Au fait, qu’il y a d’autres façons…C’est
toute la question du naufrage sénile, où vous pouvez aider
et vous aider à ne pas devenir dément, à ne pas précipiter
un peu plus les gens dans la démence en acceptant la vieillesse
comme un âge de la vie. Or si je faisais un sondage rapide et que
je demandais quel est l’âge idéal ? Certains diraient
20 ans, d’autres 40 ans. Mais qui va dire 90 ans ? Alors, comment
voulez-vous accepter un âge qui n’a aucune valeur aux yeux
de personne. Je suis donc obligé de renoncer à ma vieillesse,
à ne pas la voir. Je dois fermer les yeux sur mon vieillissement.
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Peut-on diagnostiquer la démence sénile
? La démence, l’Alzheimer en tout cas, est un diagnostic sur
pièces anatomiques, neuro-pathologiques. Et donc après la
mort du patient. Lorsque ceci se fait en double aveugle, cela a été
fait dans des études en Angleterre, on constate encore 15 % d’erreurs.
Ce qui veut dire que des gens que l’on a catalogués comme
Alzheimer ne l’étaient pas au sens pathologique du terme.
Par ailleurs, on peut trouver des gens qui ont des plaques séniles
et qui vont parfaitement bien. Il faut donc rester très très
prudent sur les catégorisations. |
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Quelles relations entre les déments et les
personnels soignants ? De tout temps dans les lieux de rencontre avec les personnes âgées,
les soignants avaient la prescience que quelque chose de l’ordre
d’une relation se faisait. Que tous les médiateurs depuis
la nourriture, en passant par la toilette, sont des occasions à
travers lesquelles je peux faire passer une communication. |
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Certaines cultures valorisent « leurs vieux
», même ceux qui perdent la tête, Même dans notre culture … Autrefois dans les autobus, il
y avait inscrit «pensez à céder vos places aux personnes
âgées». C’est une affiche qui n’est plus.
Je crois qu’à Chicago il y a une affiche du type «Ne
battez pas vos grands-parents». Le changement est là. Nous
sommes passé du «respectez les vieillards» à
«bouche inutile» . Les enjeux sont là. Il est vrai
que c’est beaucoup plus facile d’être un vieillard porteur
d’expérience, du temps de l’écriture. Vous connaissez
la formule «un vieillard qui s’éteint c’est une
bibliothèque qui brûle», quand vous changer d’ordinateur
toutes les semaines, «le vieillard mémoire», il est
obsolète. Il y a cette effroyable culture de la jeunesse. Dans
la culture chinoise d’avant Mao, c’était les jeunes
qui se suicidaient. Aujourd’hui il vaut mieux être jeune.
Jusqu’au jour où l’on cesse de l’être…Et
comme nous n’avons pas été préparé à
vieillir, on se retrouve très penaud. Il est certain que ce n’est
pas la même chose devant une personne âgée qui dit
n’importe quoi de dire «tiens, il commence son Alzheimer»
ou de dire «tiens il est en train de parler avec les esprits des
ancêtres». Il faut voir dans chaque culture ce que l’on
peut amener, ce que l’on peut trouver… |
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