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Sans aucun doute, des hominidés ont utilisé des pierres
comme outil, et donc avant l’émergence des premiers hommes.
Cependant, rappelons que les hommes sont associés classiquement à des
outils en pierre taillée– bien que les tenants de cette
affirmation aient ignoré pendant plus d’un siècle
que, comme l’avaient pourtant signalé certains auteurs comme
Charles Darwin, les chimpanzés utilisent des pierres-. Les réflexes
sont tenaces et l’on remarque que le statut d’Homo décerné à Homo
habilis et à Homo rudolfensis repose plus sur ce
postulat que sur leurs caractéristiques anatomiques et adaptatives.
L’invention de l’outil en pierre taillée se conçoit
comme liée au découpage de la viande et au démembrement
des carcasses. Seulement des études au microscope électronique– la
tracéologie - révèlent que certains de ces outils – éclats
et tranchoirs – ont servi pour certain à découper
des matières animales, d’autres des matières végétales.
On ne sait donc pas si l’outil en pierre taillée provient
de la nécessité d’accéder à des carcasses
ou si cela émerge d’actions autres sur des matières
végétales. On ne saurait non plus attribuer cette innovation à des
hommes. D’ailleurs, si comme le suggèrent divers paléoanthropologues– dont
je suis– les Homo habilis et les Homo rudolfensis ne
sont pas des Homo au sens strict, alors l’outil en pierre
taillée précède aussi l’homme.
Après plus d’un siècle de recherches en préhistoire
et en paléoanthropologie, les deux disciplines commencent à peine à prendre
leur indépendance. L’idée de l’homme c’est
l’outil marque encore les paléoanthropologues. Récemment,
on a affirmé la présence des plus anciens Homo en
Ethiopie sur la seule base de la présence d’outils en pierre
taillée. Le statut de pré-humain d’une forme d’australopithèque
robuste– Australopithecus garhi -repose sur ce seul fait
alors que ses caractères anatomiques le situent loin de cette
position. Pour la seule province de l’Afrique de l’Est, on
ne connaît pas moins de quatre espèces d’hominidés
contemporains et souvent associées à des outils en pierre
taillée de la culture d’Olduvai. Voilà qui repose
sous un angle fascinant la question de qui l’a inventée
et, autre question jusque-là ignorée, celle de la transmission
de cette innovation entre des espèces différentes.
Les hommes au sens strict le genre Homo apparaissent dans ce
contexte entre 2 et 1,8 millions d’années en Afrique. Le
premier représentant incontestable est Homo ergaster.
On le connaît associé à des outils de l’Odowayen
mais aussi de l’Acheuléen. Donc un seul homme avec au moins
deux types de cultures et toutes les cultures de transition possibles.
Bien plus tard, entre 110.000 et 40.000 ans, on a deux types d’hommes,Homo
neanderthalensis et Homo sapiens , comme artisans d’un
même complexe technico-culturel, le Moustérien. Puis à partir
de 30.000 ans il ne reste plus que notre espèce Homo sapiens.
On le voit, un complexe technico-culturel peut avoir pour artisans plusieurs
types d’hominidés et, inversement, une espèce d’hominidés,
en l’occurrence les hommes, peuvent être associés à différents
types de complexes technico-culturels. Les outils et les cultures ne
sont pas le propre de l’homme.
Le regard du paléoanthropologue sur notre histoire évolutive
montre que s’il n’existe pas une seule espèce ou population
humaine dont une grande partie de son adaptation repose sur la technique
et la culture, c’est parce notre lignée, le genre Homo,
n’a pu échapper à l’extinction que grâce à cela.
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