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Olivier
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Olivier Godard
directeur de recherche au CNRS, professeur à l’Ecole polytechnique,
membre du Comité d’éthique et de précaution
de l’INRA et de l’IFREMER
« Dans son expression la plus complète,
le catastrophisme peut être caractérisé par l’agencement
de trois idées : (1) aborder une situation incertaine en se
concentrant sur le pire scénario éventuel, (2) décider
de tenir ce scénario pour certain au moment de définir
la prévention à engager et (3) tout faire pour éviter
la réalisation d’un tel scénario. La conférence
montrera pourquoi le catastrophisme est une maxime d’action indéfendable
et en quoi le principe de précaution s’en écarte
radicalement.
On partira de l’examen des lettres de noblesse
philosophiques du catastrophisme que sont les propositions du philosophe
allemand Hans
Jonas dans son ouvrage Le principe de responsabilité.
Elles souffrent en effet d’incohérence majeure en postulant
la capacité des
hommes à discerner de façon précoce lesquelles de
leurs actions techniques ont un potentiel apocalyptique mettant en jeu
la survie de l’humanité et lesquelles en sont dénuées,
et en donnant une place centrale à l’idée qu’en
dépit des efforts nécessaires de connaissance scientifique,
les conséquences des techniques déborderont toujours les
capacités humaines de prévision. C’est ce débordement
qui fonde l’heuristique de la peur qui, chez Jonas, conduit à vouloir
mobiliser la sensibilité et l’imagination à la fois
pour pallier les limites de la raison scientifique et pour donner une
charge d’actualité à une perspective trop étrangère à ce
qui fait la vie des hommes « ici et maintenant ».
Le problème vient de ce que H.Jonas réservait aux seules
possibilités apocalyptiques la maxime d’action catastrophiste
qui demande que l’on tienne pour certaine la simple possibilité d’une
issue dommageable sans s’embarrasser d’une prise en compte
de la vraisemblance ou de la probabilité de cette issue. Dès
lors qu’aucune action technique ne peut être exonérée
de façon certaine de tout potentiel apocalyptique, la maxime apocalyptique
devrait être appliquée à toutes sans permettre aucun
choix entre elles, la seule issue logique étant un blocage général
de l’action.
Autour de cet argument de base, on peut développer plusieurs variations
:
- L’exigence de preuve de l’innocuité d’une
technique ou d’une activité, comme préalable à son
autorisation, dans laquelle certains voient à tort la quintessence
du principe de précaution, n’est que la transposition de
la maxime de H.Jonas à toute perspective de dommage et non pas
seulement aux perspectives apocalyptiques. Prise au sérieux, elle
conduirait à l’aporie du blocage général.
Elle relève de la basse rhétorique politique.
- L’idée principale du principe de précaution, tel
qu’il est défini par les textes internationaux et européens,
est celle d’une prise en compte précoce, mais proportionnée,
de dangers hypothétiques, non avérés, pouvant néanmoins
avoir de graves conséquences. Si l’on adopte pour principe
d’évaluation les composantes (1) et (2) du catastrophisme,
surgit un artefact par lequel, plus un danger hypothétique est
considéré de façon précoce dans le temps
scientifique, plus il est traité comme grave. Les mesures de prévention
de ce danger devraient alors être d’autant plus fortes qu’il
est abordé de façon précoce, et ce quelle que soit
la nature empirique du danger considéré. En conséquence,
la perspective non écartée qu’une technologie, prise à ses
tout débuts, débouche sur une catastrophe devrait conduire,
selon cette maxime, à interdire son développement. Il en
serait ainsi pour toute technologie nouvelle. Par contraste, le principe
de précaution proportionné demande : a) que l’on
considère les avantages potentiels d’un développement
technique au même titre que ses dommages éventuels ; b)
que l’on ne traite pas toutes les hypothèses de la même
manière en donnant plus d’effets pratiques aux hypothèses
les plus consistantes d’un point de vue scientifique.
- En considérant la maxime du catastrophisme
comme un projet d’action soumis à évaluation avant
son introduction dans la société et en la soumettant à
un test de réflexivité, c’est-à-dire en l’appliquant
à elle-même, elle s’invalide comme maxime d’action.
Elle conduit en effet à des résultats incohérents
et inutilisables : elle a pour résultat tout à la fois
de se valider et de se réfuter comme norme sociale. Par contraste,
le principe de précaution proportionné se confirme lui-même
comme norme sociale et ne saurait être validement réfuté
par une argumentation catastrophiste, comme celle dont ont usé
l’Académie nationale de médecine ou l’Académie
des sciences en mars 2003 en recommandant « que le principe
de précaution ne soit pas inscrit dans des textes à valeur
constitutionnelle ou dans une loi organique car il pourrait induire
des effets pervers, susceptibles d’avoir des conséquences
désastreuses sur les progrès futurs de notre bien-être,
de notre santé et de notre environnement ».
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