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Bernard Saladin d’Anglure
Anthropologue, université Laval, Canada.
Le troisième sexe chez les
Inuits
« À l’heure où l’Occident est confronté
aux revendications des homosexuels pour le droit au mariage et à l’adoption,
et aux demandes d’intervention chirurgicale et de modification d’état
civil, par les individus désirant changer de sexe, il paraît opportun
de jeter un regard sur les pratiques sociales et les représentations symboliques
d’une petite société de chasseurs-cueilleurs de l’Arctique
canadien, les Inuits que j’ai pu étudier depuis le milieu des années
1950.
L’équilibre démographique de ce peuple était alors
très précaire ; un enfant sur deux mourait avant un an. Mais la
reproduction simple des générations, des familles domestiques et
du sex-ratio s’opérait néanmoins, grâce à une
conception subtile de l’identité de genre, de la division sexuelle
des tâches, de la filiation parentale et de l’alliance matrimoniale.
C’est sur un fonds de dualisme cosmologique sexualisé, à la
frontière bien déterminée, qu’ont été
pensés les mythes d’origine, le cycle de la reproduction humaine
et celui des saisons. Le chevauchement de la frontière des sexes était
cependant possible avec la croyance en une transsexualité néo-natale,
la pratique du travestissement infantile et la médiation tierce des chamanes.
Pour comprendre ce système complexe et flexible, il faut se départir
du point de vue de l’adulte ordinaire et adopter celui du chamane, capable
d’évoluer entre l’échelle infra humaine (celle du fœtus
et de l’enfant) et l’échelle supra humaine (celle des esprits). » |
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Livres
Bibliographie
de B. Saladin d'Anglure
Bibliographie
proposée par
P. Mercader
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Patricia Mercader |
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Patricia Mercader
Maître de conférences en psychologie sociale, membre du Groupe d’étude
des relations asymétriques et responsable pédagogique pour le Centre
Louise Labé (mission pour l’égalité entre hommes et
femmes, université Lumière-Lyon 2).
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L’illusion transsexuelle
« Depuis Margaret
Mead, nous admettons que les comportements de genre ne sont pas biologiquement
déterminés. Depuis les années cinquante et les études
de John Money sur les effets psychiques des ambiguïtés génitales,
nous admettons que l’identité de genre ne l’est pas non plus,
mais dépend du sexe assigné au sujet par son environnement. Depuis
les années soixante et les travaux de Robert Stoller sur le transsexualisme,
nous admettons que l’identité de genre peut se développer
à l’inverse du sexe d’assignation, en fonction d’éléments
discrets, de « bruits » qui infiltrent le processus d’assignation
de genre et qui témoignent de la problématique inconsciente des
parents. Et dès lors, se produit un vacillement : pour les ethnométhodologues,
être homme ou femme est essentiellement équivalent à se faire
admettre comme (passer pour) homme ou femme : depuis 1992, pour la Cour de Cassation
française, à la suite de la Cour Européenne des Droits de
l’Homme, le genre de l’état civil doit refléter l’apparence
de la personne ; dans la mouvance « queer », le genre est
essentiellement autodéterminé…
Nous tenterons d’éclairer, avec le double regard de la psychologie
et de la sociologie, les enjeux complexes de ces glissements dans la façon
dont notre société pense la différence des sexes. »
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