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François de Closets,
journaliste, écrivain
Einstein, le roman du XXe siècle
Il est bien des façons d’aborder un monument aussi complexe
qu’Albert Einstein. J’ai, pour ma part, privilégié cette
mystérieuse correspondance entre son itinéraire personnel et l’histoire
de son temps. Une correspondance qui débouche sur cette apothéose
du savant devenu l’homme du XXe siècle.
Depuis son plus jeune âge, il porte en lui ce nouvel humanisme, fils des
lumières et du scientisme. Il s’affirme, sans nulle concession, individualiste
jusqu’à l’anarchie, pacifiste, mondialiste, libre-penseur,
socialiste et professe une sorte de spiritualité scientifique qui implique
une certaine perfection de la nature. C’est ainsi que, par des chemins de
traverse, il fait ses plus grandes découvertes et devient à quarante
ans le physicien le plus respecté de son temps.
Mais le siècle bascule et son destin avec. Parce qu’il correspondait
si justement aux aspirations de son temps, il devient, à son corps défendant,
la première star mondiale. Une création spontanée qui précède
largement l’avènement des médias modernes radio et télévision.
Cette célébrité survenant en pleine recrudescence de l’antisémitisme,
fait converger sur lui les attaques racistes. Il doit retrouver les racines juives
qu’il avait abandonnées. Le “ Mauvais juif ” devient
“ un défenseur de la tribu ”. Sa position scientifique bascule
à son tour. Champion de la physique classique, il ne peut accepter la mécanique
quantique qui en viole des principes essentiels. Le voilà coupé
de la communauté scientifique. Malheureusement le virage quantique est
irréversible et Einstein reste seul dans son refus.
Enfin lui, le pacifiste intransigeant, se trouve obligé en 1939 de pousser
le Président Roosevelt à lancer les travaux de la bombe atomique.
Là encore, il ne fait que suivre le cours de l’histoire qui enchaîne
toujours plus étroitement la science à la puissance militaire.
Einstein en fin de vie tirant la langue, c’est l’ultime dérision
d’un homme qui a vu s’effondrer tout ce qu’il avait construit,
tout ce en quoi il croyait, tout sauf cette absurde et inaltérable célébrité.
Ce destin fracassé d’un homme, c’est évidemment la projection
du devenir collectif dans le destin individuel.
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