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Jean-Louis Dessalles, enseignant-chercheur à l'Ecole
nationale supérieure des
télécommunications (ParisTech)
Nous sommes tellement immergés dans le langage que nous ne remarquons
pas à quel point ce comportement, universel dans notre espèce,
constitue une exception absolue dans le règne animal. Bien que toute la
variété de la communication animale ne nous soit pas entièrement
connue, il est très difficile d'y trouver un analogue au langage.
Les abeilles utilisent un code pour communiquer la localisation de la nourriture,
mais nous semblons être, de très loin, la seule espèce qui
consacre temps et énergie à communiquer des informations sans cesse
renouvelées à des individus non apparentés.
Le comportement langagier constitue, à première vue, un paradoxe
pour la théorie darwinienne. Pourquoi donner des informations à des
congénères concurrents ? Pourquoi la sélection naturelle
n'élimine-t-elle pas un comportement qui n'apporte rien à son
auteur ?
Pour résoudre ce paradoxe, il est courant d’utiliser une métaphore
commerciale : l'information serait échangée, comme une marchandise,
sur la base d'une coopération réciproque. Nous montrons que
le langage ne fonctionne pas selon un tel mécanisme. Pour expliquer son
existence dans notre espèce, nous proposons de voir dans la prise de parole
un moyen d'afficher une qualité, celle de savoir avant les autres.
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