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Bernard Victorri, directeur de recherche au laboratoire LATTICE (Langues, Textes, Traitements informatiques et Cognition), laboratoire du CNRS associé à l'ENS et l'université Paris 7
L'hypothèse d'une évolution en deux étapes du système de communication des hominidés, émise il y a une quinzaine d'années par Bickerton, est communément admise aujourd'hui. La première étape aurait consisté en l'apparition, il y a relativement longtemps (plus d'un million d'années) d'un « protolangage », muni d'un lexique de plus en plus riche, mais d'une syntaxe très rudimentaire, ne permettant de communiquer que sur le « ici et maintenant », en s'appuyant fortement sur le contexte pour pallier l' absence de structures syntaxiques élaborées. La deuxième étape, relativement très récente (de l'ordre de cent mille ans), qui aurait été spécifique de notre espèce, l'Homo sapiens moderne, aurait consisté en l'apparition des structures syntaxiques et autres propriétés complexes à l'oeuvre dans nos
langues.
Dans cet exposé, nous passerons rapidement en revue les principaux scénarios qui ont été proposés ces dernières années pour expliquer cette deuxième étape, et que l'on peut classer dans deux catégories : les approches structuralistes et cognitivistes (Pinker, Bickerton, etc.), qui font jouer un rôle décisif à l'apparition génétique de la capacité cognitive de traiter la syntaxe, et les approches fonctionnalistes (Dunbar, Donald, Dessalles, Knight, etc.), qui supposent que c'est l' émergence d'une fonction nouvelle du système de communication qui a induit sa complexification. Puis nous présenterons plus en détail un scénario fonctionnaliste particulier, qui confère une place centrale à la fonction narrative. .
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