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Jean-Paul
Demoule, président de l’Institut national
de recherches archéologiques préventives (INRAP) professeur de protohistoire
européenne à l’Université de Paris I
Depuis plusieurs siècles des érudits ont remarqué certaines
ressemblances entre la plupart des langues de l’Europe, ainsi qu’avec
celles de l’iran et de l’Inde. Peu à peu, à la fin du
XVIIIe siècle et durant tout le XIXe siècle, émerge l’idée
d’un peuple indo-européen originel qui, à partir d’un
berceau géographique originel, serait parti à la conquête
d’une partie de l’Eurasie, répandant partout sa culture et
sa langue originelle. De là auraient émergé les langues anciennes
puis les langues modernes dites indo-européennes, tout comme les langues
romanes actuelles sont issues du latin à la suite de la conquête
romaine. Toutefois, depuis deux siècles, les chercheurs débattent
de la localisation de ce berceau originel et du mode d’évolution
et de dispersion des langues indo-européennes. Si toutes les localisations
ou presque, ont pu être proposées, trois ont été plus
particulièrement défendues ces dernières années :
la Scandinavie, le Proche-Orient et les steppes de la Mer Noire. Chacune dispose
d’arguments recevables, mais aussi de contre- arguments. C’est pourquoi
il n’est pas interdit de s’interroger sur le modèle général,
en forme d’arborescence, sensé rendre compte des ressemblances entre
langues indo-européennes.
La linguistique moderne nous montre ainsi des modèles bien plus complexes
d’apparentements entre langues, fondées sur les mélanges,
les contacts prolongés, les échanges. De même l’histoire
nous enseigne qu’il est exceptionnel qu’un groupe de conquérants
puissent durablement imposer sa langue à une population nombreuse.
Finalement, on pourrait se demander si l’enjeu essentiel n’a pas été,
depuis des siècles, pour les européens, de se doter d’un mythe
d’origine qui leur soit propre, distinct du mythe d’origine biblique.
Ainsi, toute explication des ressemblances bien réelles entre langues indo-européennes
devra certainement recourir à des modèles infiniment plus complexes
que ceux qui ont été proposés jusqu’à présent.
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