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Claude Hagège, professeur au Collège de France, chaire de Théorie linguistique
Contrairement à l'idée courante, il est très probable que l'immense diversité des idiomes aujourd'hui attestés (environ 5000) ne se ramène pas à une langue originelle unique pour toute l'humanité. S'il y a unicité, c'est celle de la faculté de langage et non celle de la langue elle-même. À l'origine, donc, une seule espèce (monogénétisme de la lignée), mais non un seul idiome (polygénétisme des langues), telle est l'hypothèse proposée ici.
La paléoanthropologie nous apprend que les plus anciens hominidés (préhumains et humains), dans l'état actuel des connaissances, ont émergé il y a quelque 5 millions d'années en Afrique orientale, dans ce que l'on appelle désormais la « Rift Valley ». Mais c'est à l'époque de l'Homo habilis , il y a environ 2 200 000 ans, toujours en Afrique orientale, qu'apparaît l'Homme à proprement parler, celui dont on peut présumer qu'il possède la faculté de langage inscrite au code génétique. En revanche, son exploitation sous forme de langues dans l'acception moderne du terme nécessitera à son tour le développement de centaines de milliers d'années. Une telle évolution supposant une durée considérable n'a, par conséquent, pu aboutir à des langues humaines qu'après les grandes migrations. Ce processus s'est vraisemblablement déroulé en un grand nombre de lieux différents.
Cet exposé entend répondre aux généalogistes tentés d'opérer des reconstructions au-delà des « langues ancêtres », des « protolangues » telles que l'indo-européen, le sémitique, l'ouralien ou l'austronésien, pour se hasarder vers la très hypothétique et improbable reconstitution d'une protolangue mondiale.
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