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  Hossam Elkhadem  
 
 

La cartographie
jeudi 14 avril 2005, 18h30 à l'auditorium (entrée libre)

 
 
Hossam Elkhadem
, professeur d'histoire des sciences à l'université libre de Bruxelles, chef de département honoraire à la Bibliothèque royale de Bruxelles

 
  Texte complet  
     
 

L’histoire de la cartographie au Moyen Age islamique commence au VIIIe siècle avec la traduction en arabe de deux ouvrages de Claude Ptolémée (ca 100 – ca 170) : l’Almageste, traduit cinq fois et la Geographia, traduite trois fois. L’almageste est le cursus de l’astronomie mathématique de l’Antiquité jusqu’au IIe siècle. La Geographia est un manuel de cartographie mathématique : il permettait de dresser des cartes selon la méthode de la projection conique ; les coordonnées géographiques en longitude et en latitude (degrés et minutes) de quelque huit mille lieux y figuraient. Une échelle des distances s’y trouve intégrée de même que le système astronomique des climats. Une carte du monde connu à l’époque et vingt-sept cartes régionales étaient attachées à l’ouvrage.

Dès que la Geographia devint disponible en arabe, les savants réagirent. Muhammad Ibn Musa al-Khwarizmi composa dans la première moitié du IXe siècle le Surat al-ard, une révision de l’ouvrage de Ptolémée qui contient de nouvelles tables de coordonnées géographiques et des cartes.

D’autre part, les astronomes, géographes et cartographes commencèrent à établir des tables de coordonnées géographiques dont les données étaient présentées en degrés, minutes et secondes. Certaines de ces tables contenaient des milliers de noms de lieux avec leurs coordonnées. L’élaboration de tables devint une pratique constante dans la géographie mathématique et cela tout au long du Moyen Age islamique.

Deux réalisations scientifiques de première importance apparurent au IXe siècle à la demande du calife al-Ma’mun : la mesure de la circonférence de la terre et le tracé d’une carte du monde.

L’intense activité scientifique qui régnait dans les premiers siècles de l’islam amena plusieurs innovations importantes dans le domaine de la cartographie : à titre d’exemple, l’institution du méridien 0° de référence ; la réduction à 52° de la longueur de la Méditerranée (62° chez Ptolémée) ; la correction des coordonnées ptoléméennes pour de nombreux lieux et l’adjonction dans les tables de nouvelles localités, spécialement pour l’empire islamique ; la correction de la conception de Ptolémée qui faisait de l’Océan Indien une mer fermée ; l’introduction, au Xe siècle, de la trigonométrie sphérique dans la cartographie mathématique.

Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons diviser en trois catégories l’apport des savants du Moyen Age islamique à la cartographie :

1.- Les cartes du monde. Cette catégorie est représentée par la carte du monde l’al-Ma’Mun. Nous n’en possédons plus que les coordonnées telles qu’elles figurent dans le Surat al-art d’al-Khwarizmi. Selon l’historien et géographe al-Mas’udi, cette carte était supérieure à celle de Ptolémée. Les cartes de Qurra Ibn Qamita al-Harrani et du calife fatimide al-Mu’izz ont également disparu.

2.- Les cartes itinéraires. Ce type de cartes consiste en plans géométriques ; elles sont destinées à un usage pratique immédiat (service postal, pèlerinage, déplacements de l’armée, etc.) ou à l’illustration de textes de géographie descriptive connus en général sous le nom de Kitab al-masalik wa al-mamalik. Le plus célèbre géographe de cette école est Abu Zaid al-Balkhi (m.934). On ne trouve dans ces cartes ni projection, ni longitudes, ni latitudes, ni échelles des distances ; elles n’ont aucun rapport avec les préoccupations des astronomes ou des mathématiciens. On peut les rapprocher par analogie des cartes routières qui existaient dans l’empire romain (Table de Peutinger).

3.- Les cartes du monde avec indication de la direction de La Mecque. La nécessité de connaître la direction de La Mecque pour pratiquer la prière a fait naître ce type de carte tout à fait particulier à l’islam. La solution de ce problème spécifique est le résultat des efforts que les astronomes, les mathématiciens et les cartographes du Moyen Age islamique ont déployés dans la détermination de la qibla pour toutes les régions de culture islamique. Cette branche de la géographie mathématique est appelée “ géographie sacrée ” par David King.

 
   
     

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