L’histoire de
la cartographie au Moyen Age islamique commence au VIIIe siècle
avec la traduction en arabe de deux ouvrages de Claude Ptolémée
(ca 100 – ca 170) : l’Almageste, traduit cinq fois et la
Geographia, traduite trois fois. L’almageste est le cursus
de l’astronomie mathématique de l’Antiquité jusqu’au
IIe siècle. La Geographia est un manuel de cartographie mathématique
: il permettait de dresser des cartes selon la méthode de la projection
conique ; les coordonnées géographiques en longitude et en latitude
(degrés et minutes) de quelque huit mille lieux y figuraient. Une échelle
des distances s’y trouve intégrée de même que le système
astronomique des climats. Une carte du monde connu à l’époque
et vingt-sept cartes régionales étaient attachées à
l’ouvrage.
Dès que la Geographia devint disponible en arabe, les savants
réagirent. Muhammad Ibn Musa al-Khwarizmi composa dans la première
moitié du IXe siècle le Surat al-ard, une révision
de l’ouvrage de Ptolémée qui contient de nouvelles tables
de coordonnées géographiques et des cartes.
D’autre part, les astronomes, géographes et cartographes commencèrent
à établir des tables de coordonnées géographiques
dont les données étaient présentées en degrés,
minutes et secondes. Certaines de ces tables contenaient des milliers de noms
de lieux avec leurs coordonnées. L’élaboration de tables devint
une pratique constante dans la géographie mathématique et cela tout
au long du Moyen Age islamique.
Deux réalisations scientifiques de première importance apparurent
au IXe siècle à la demande du calife al-Ma’mun
: la mesure de la circonférence de la terre et le tracé d’une
carte du monde.
L’intense activité scientifique qui régnait dans les premiers
siècles de l’islam amena plusieurs innovations importantes dans le
domaine de la cartographie : à titre d’exemple, l’institution
du méridien 0° de référence ; la réduction à
52° de la longueur de la Méditerranée (62° chez Ptolémée)
; la correction des coordonnées ptoléméennes pour de nombreux
lieux et l’adjonction dans les tables de nouvelles localités, spécialement
pour l’empire islamique ; la correction de la conception de Ptolémée
qui faisait de l’Océan Indien une mer fermée ; l’introduction,
au Xe siècle, de la trigonométrie sphérique dans
la cartographie mathématique.
Dans l’état actuel de nos connaissances, nous pouvons diviser
en trois catégories l’apport des savants du Moyen Age islamique à
la cartographie :
1.- Les cartes du monde. Cette catégorie est représentée
par la carte du monde l’al-Ma’Mun. Nous n’en possédons
plus que les coordonnées telles qu’elles figurent dans le Surat
al-art d’al-Khwarizmi. Selon l’historien et géographe
al-Mas’udi, cette carte était supérieure à celle de
Ptolémée. Les cartes de Qurra Ibn Qamita al-Harrani et du calife
fatimide al-Mu’izz ont également disparu.
2.- Les cartes itinéraires. Ce type de cartes consiste
en plans géométriques ; elles sont destinées à un
usage pratique immédiat (service postal, pèlerinage, déplacements
de l’armée, etc.) ou à l’illustration de textes de géographie
descriptive connus en général sous le nom de Kitab al-masalik
wa al-mamalik. Le plus célèbre géographe de cette école
est Abu Zaid al-Balkhi (m.934). On ne trouve dans ces cartes ni projection, ni
longitudes, ni latitudes, ni échelles des distances ; elles n’ont
aucun rapport avec les préoccupations des astronomes ou des mathématiciens.
On peut les rapprocher par analogie des cartes routières qui existaient
dans l’empire romain (Table de Peutinger).
3.- Les cartes du monde avec indication de la direction de La Mecque.
La nécessité de connaître la direction de La Mecque pour pratiquer
la prière a fait naître ce type de carte tout à fait particulier
à l’islam. La solution de ce problème spécifique est
le résultat des efforts que les astronomes, les mathématiciens et
les cartographes du Moyen Age islamique ont déployés dans la détermination
de la qibla pour toutes les régions de culture islamique. Cette
branche de la géographie mathématique est appelée “
géographie sacrée ” par David King. |