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Hélène Bellosta, directeur de recherche au Centre d'histoire des sciences et des philosophies
arabes et médiévales,CNRS
La science arabe est née, aux VIIIe et IXe siècles, d'influences diverses, d'une appropriation d'un héritage,
essentiellement grec, mais aussi syriaque, sanscrit ou persan ; cette appropriation s'est faite par le biais de traductions qui ne furent
en aucun cas passives, mais bien critiques et innovatrices, intégrant des écrits anciens dans de nouvelles traditions conceptuelles
et techniques. C'est par des traductions de l'arabe que l'Europe, à partir du XIIe siècle a découvert les mathématiques
et s'est initiée à l'algèbre ; sans ces traductions, l'essor scientifique de la Renaissance eût été
impossible. C'est ainsi le monde méditerranéen au sens large, qui de l'Antiquité au XVIIe siècle a été
un creuset, un lieu d'échanges scientifiques. Jusqu'au XVIIe siècle en effet, si l'on veut comprendre non seulement
une discipline mais même souvent une seule œuvre ou un seul auteur, il nous faut parcourir tous les lieux, et passer en permanence
du grec à l'arabe, à l'hébreu et au latin. Ce qui fait l'unité de ce monde scientifique, c'est l'élément
universel de la preuve scientifique : d'une rive de la Méditerranée à l'autre, du IIIe siècle avant
notre ère, au XVIIe siècle, des Grecs aux Européens, en passant par les Arabes, c'est bien la même rationalité
que l'on voit à l'œuvre, transcendant les époques, les frontières et les langues.
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