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Jean-Claude Manuguerra,
virologue, Institut Pasteur
Grippe humaine : de la zoonose à la pandémie
L'histoire moderne de l'homme est émaillée d'épidémies
violentes de grippe atteignant l'ensemble de la planète en moins de deux
ans, aussi appelées pandémies. Une des plus meurtrières d'entre
elles, au point d'avoir eu un impact durable sur la démographie d'un pays
comme la France, a été la grippe espagnole qui a débuté,
dans une première vague, en 1918. Elle fit au total entre 20 et 40 millions
de morts selon les estimations. Même si l'on ne sait pas encore comment
se serait effectué le passage à l'homme, il est admis que le virus
de la grippe espagnole a une origine aviaire, même partielle. Les virus
associés aux deux dernières pandémies en date, celle dite
"Asiatique" de 1957 et celle dite de "Hong Kong" de 1968 résultent
d'évènements de réassortiments génétiques mêlant
des gènes de virus aviaires à ceux des virus alors en circulation
chez l'homme, à l'occasion d'une co-infection d'une espèce intermédiaire
entre l'oiseau et l'homme: le porc. Cette espèce intermédiaire pourrait
bien un jour être la poule ou la dinde, comme le suggèrent les épisodes
de grippe de poulet à Hong Kong en 1997 et plus récemment en 2003/2004
au Vietnam et en Thaïlande. Ces épisodes sont demeurés des
évènements sporadiques d'infections de l'animal à l'homme
(zoonose) sans initiation d'une véritable chaîne épidémique,
prélude indispensable à la pandémie. Combien de temps encore
ces cas zoonotiques demeureront des occasions manquées pour un nouveau
virus pandémique?
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