Dominique Pestre,
directeur d'études à l'Ecole
des hautes études en sciences sociales (EHESS),
directeur du Centre Alexandre Koyré

Il est courant de penser les sciences comme des systèmes
de savoirs « purs », de les penser comme des ensembles d'énoncés
et de propositions logiquement articulées décrivant le monde et
cherchant à en dire la vérité. Certes, chacun sait que les
sciences sont souvent mises en ouvre pratiquement, qu'elles sont « appliquées »
dans l'industrie ou pour la guerre, mais il est tentant de penser qu'elles constituent,
en elles-mêmes, des systèmes de connaissances déconnectés
de toute volonté d'intervention. Il se pourrait en réalité
- c'est la thèse que je développerai dans ma conférence -
que cette perception soit infiniment trompeuse. Pour qui regarde les choses telles
qu'elles furent historiquement, les sciences que nous connaissons depuis quatre
ou cinq siècles apparaissent surtout comme des systèmes de savoirs
et de pratiques visant à maîtriser le monde, visant à une
certaine opérationnalité sur les choses et les hommes, visant certes
à comprendre la nature, mais aussi, et indissociablement, à agir
sur elle, à la modifier - voire à inventer de toutes pièces
un univers artificiel transformant l'ingéniosité des hommes en dispositifs
techniques. Au cours de cette entreprise, et depuis le XVIe siècle : la
guerre.
