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CYCLE DE 5 CONFÉRENCES

Du gaz moutarde à la bombe : la mobilisation des chimistes
Jeudi 24 novembre 2005, 18h30
à l'auditorium
         
Pap Ndiaye,
maître de conférence à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Pour paraphraser le géographe Yves Lacoste, à la question « à quoi sert la chimie ? », on pourrait répondre : « à faire la guerre ». Par là, on veut dire que l’industrie chimique a eu pour tâche centrale la production de poudre, « le pain de la guerre », brûlée en quantités gigantesques dans les fusils et les canons à partir du XVe siècle, et de bien d'autres produits consommés par les militaires. Depuis un demi millénaire, l’approvisionnement en poudres et explosifs est une préoccupation centrale de tous les états-majors de toutes les armées du monde.
Au XXe siècle, les guerres mondiales furent marquées par la mobilisation massive des laboratoires et industries chimiques, à tel point qu’on a pu parler de « guerre des chimistes » à propos de la Grande Guerre. Mais il ne s'agissait pas que de poudre à canon : avec les gaz de combat, la guerre se pense désormais comme une guerre d'extermination, les batailles comme l'annihilation de masses humaines. Quant à la Seconde Guerre mondiale, même si l’étoile de la chimie sembla pâlir auprès de celle de la physique, il n’en est pas moins clair que les chimistes furent aussi très sollicités, y compris pour la fabrication de bombes atomiques.
La chimie a contribué à l'énorme augmentation de puissance destructrice des armes ; elle a autorisé la mise en action d'une nouvelle manière de penser la guerre, la conquête, l'anéantissement. Organisée en tant que production de masse pour des guerres de masse, elle est indissolublement liée au caractère moderne des guerres mondiales.
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