Retour à l'accueil des Conférences Retour à l'accueil des Conférences Vers le site Cité de Sciences

ÉVÉNEMENT
Envoyer à un ami Imprimer
Tchernobyl 20 ans après : vivre en zone contaminée
Biographies
Greenpeace
Biographie des intervenants

Professeur Vassili Borissovitch Nesterenko

Né en 1934, en Ukraine dans le village Krasny Kout de la province de Lugansk.
Diplômé en 1958 à l'université technologique de Moscou N.E. Bauman. Après avoir terminé les études d'aspirant à l'Institut des moteurs de l'Académie Nationale de l'URSS, il a été invité à travailler à l'Académie des Sciences du Belarus. De 1963 à 1965 il dirige un laboratoire. De 1965 à 1977 il est vice-directeur des travaux scientifiques, puis de 1977 à 1987 il devient directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des Sciences du Belarus. Depuis 1972 il est membre correspondant de l'Académie des Sciences du Belarus. Le Professeur V.B. Nesterenko est titulaire de plus de 300 brevets scientifiques dans le secteur de l'énergie nucléaire et de la sécurité radiologique. Il a dirigé 40 doctorats scientifiques.
En 1986, le Pr Nesterenko était directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des Sciences de Minsk. Physicien spécialisé, il s'est immédiatement rendu compte de la gravité de la situation et a demandé l'évacuation de la population dans un rayon de 100 km, au lieu de 30km pour la position officielle. Il est intervenu immédiatement à la centrale atomique en feu. En tant qu'expert, il a, étudié les possibilités d'introduire de l'azote liquide dans le cœur du réacteur au milieu des fumées radioactives. C'est lui le scientifique du livre de S. Alexeievitch "La Supplication".

Il a fondé l'institut BELRAD, menant des enquêtes d'épidémiologie sur les enfants et des campagnes de dépistage et de prévention dans les écoles de Belarus. Dans les villages les plus contaminés du Bélarus, il met en place 370 Centres locaux de contrôle radiologique, où il forme les médecins, les enseignants, les infirmières à la radioprotection et les familles, à la façon de traiter les aliments pour diminuer la contamination.  Avec les membres de son institut, Nesterenko a établi une carte de la radioactivité sur l'ensemble du territoire et rédigé des propositions pour la protection des populations. En 1996, Nesterenko adopte avec succès l'additif alimentaire à base de pectine de pommes, recommandé par le Ministère de la santé ukrainien comme absorbant du Césium137. En un mois de traitement la charge en radionucléides de l'organisme de l'enfant peut baisser de 60-70%.

Depuis 1996, il utilise les anthropogammètres mobiles mis au point par l'Institut d'écologie humaine d'Ukraine pour contrôler le taux de contamination des habitants. Son travail a permis au professeur Youri Bandazhevsky, recteur de l'institut de médecine de Gomel, d'étudier les corrélations entre la détérioration de l'état de santé des enfants (en particulier les cardiopathies) et leur niveau de contamination.
 

Professeur Alexei Okeanov

Aujourd'hui, le Professeur Okeanov travaille à l'Institut clinique de médecine nucléaire et d'endocrinologie, il est vice-recteur de l ' International Sakharov Environmental University à Minsk (Belarus).
Le professeur Okeanov est en charge du registre des cancers de tout le territoire du Belarus, ainsi que du registre de Tchernobyl. Son service peut ainsi étudier l'évolution de l'état de santé de la population après Tchernobyl. Au cours de la période soviétique tout un réseau de dispensaires avait été mis en place, permettant de recenser l'ensemble des cas de cancer. Dès 1973, les données ainsi recueillies ont permis d'alimenter le registre des cancers. Le registre dit "de Tchernobyl" prend en compte les victimes de la catastrophe : liquidateurs et populations des territoires contaminés. Il a été créé sur la base de trois nouveaux dispensaires, ouverts après la catastrophe : à Minsk, Gomel et Moguilev.
Le Professeur Okeanov a rassemblé toutes les données relatives aux cancers et a calculé la fréquence moyenne pour les années précédant Tchernobyl (1976–1985) et l'a comparée à celle de la période 1990–2000. (Il n'a pas pris en considération la période intermédiaire parce qu'on sait que les cancers ne se déclarent que quelques années après une exposition aux rayonnements, quelle qu'elle soit.)

Il existe donc une base de données très importante datant de bien avant la catastrophe, ce qui permet de faire des analyses statistiques comparatives. "Aujourd'hui, 17 ans après, on peut déjà parler de résultats fiables", explique le professeur Okeanov. "L'analyse montre que les cancers sont en augmentation. Certaines maladies se manifestent beaucoup plus tôt, et peuvent être considérées comme des bio-indicateurs de ce qui va se passer pour les autres cancers. " *
Si Alexeï Okeanov est spécialiste des cancers, il souligne que le spectre des conséquences sanitaires est très large. Ses collègues spécialistes des pathologies cardio-vasculaires, des maladies endocriniennes et immunologiques, ont constaté eux aussi des hausses caractéristiques.  Il nous rapporte que leurs travaux montrent une augmentation des problèmes cardiovasculaires, en particulier une instabilité de la tension, surtout parmi les liquidateurs ; chez les enfants, les études montrent des saignements de nez fréquents ainsi qu'une baisse de l'immunité qui se traduit par des maladies infectieuses à répétition.
• Okeanov, A.E., Sosnovskaya, E.Y., Priatkina, O.P.: A national cancer registry to access trends after the Chernobyl accident, Swiss Medical Weekly, 2004; 134:645, www.smw.ch
 

Wladimir Tchertkoff

Wladimir Tchertkoff, journaliste documentariste, est né en Serbie en 1935. En trente ans de collaboration, d'abord avec la RAI puis avec la Télévision Suisse italienne de Lugano, il a réalisé plus de 60 documentaires, principalement sur des thèmes et des arguments sociaux, politiques, économiques, en s'intéressant à la description et à l'analyse des relations de pouvoir. Depuis vingt ans, il dénonce les effets néfastes de l'accident de Tchernobyl en réalisant des films exclusivement sur ce sujet. Il est par ailleurs secrétaire de l'association «Enfants de Tchernobyl-Belarus».

Filmographie :
1969 :  La lancée de l'automne ; Le ministre et les ouvriers
1974 :  Mort au travail
1990 :  Mensonges nucléaires
1991 :  Nous de Tchernobyl
1999 :  Le piège atomique
2003 :  Le sacrifice (Co-réalisateur avec Emanuela Andréoli)
2004 :  Controverses nucléaires 

Georgij Fyodorovich Lepin

Lepin Georgij Fyodorovich est né en 1931. Il est physicien. Il est professeur, et docteur en Sciences et Techniques. Il a travaillé dans les établissements d'enseignement les plus élevés de l'Ukraine, de la Russie et de la Biélorussie en tant que professeur et chef de département. A Kramatorsk (Ukraine) et Tolyatti (Russie) il a organisé de nouveaux départements "mécanique théorique" et "résistance des matériaux" qui étaient parmi les meilleurs départements pendant les toutes premières années de leur existence. Il a participé activement à améliorer les méthodes d'enseignement des sujets techniques généraux. Il a mis l'accent sur la préparation de la recherche et du personnel éducatif et a fondé son école scientifique dans le domaine de la résistance des matériaux.

Après l'accident de Tchernobyl, il est allé dans la zone en tant que volontaire, et de 1986 à 1992, il a oeuvré dans le bloc de secours et dans sa proximité immédiate. Il a participé à organiser et à conduire quelques travaux pour l'élimination des conséquences de l'accident sur les toits, et aux quarts du bloc des 3èmes et 4èmes réacteurs, aussi bien que dans les territoires près de lui. Il a développé et présenté des technologies pour les endroits les plus dangereux, avec l'aide des moyens de mécanisation qui ont permis d'éviter l'irradiation maximum à des centaines de personnes.

Il est l'organisateur et le premier Président de l'organisation « Union de Tchernobyl » créée en 1988, et visant à protéger les intérêts sociaux, médicaux et autres des personnes qui avaient participé à la liquidation des conséquences de l'accident de Chernobyl et en avaient souffert. Il était un des auteurs du projet de loi au sujet « de la protection sociale des citoyens affectés par l'accident de Chernobyl » qui a été préparé par « Union de Tchernobyl » et a été soumis aux Soviets Suprêmes de la Biélorussie, de l'Ukraine et de l'exUrss.  Dans tous les Soviets Suprêmes, l'ébauche de la loi a été acceptée comme base. Ces lois ont été discutées et approuvées en 1991.

Il fût un membre de la Commission gouvernementale établie par le Conseil de Ministres de la Biélorussie en 1998 pour l'évaluation de la praticabilité de la construction de propres centrales nucléaires dans cette république. La commission a pris la décision d'arrêter les activités dans la technologie nucléaire au Belarus pendant 10 années. La décision de la Commission a été approuvée par le gouvernement du pays. G.F. Lepin a édité plusieurs articles sur les matériaux, sur des questions liées à Tchernobyl dans les medias. Son livre "la mosaïque de Tchernobyl" est basé sur ses propres idées au sujet des activités qui ont eu lieu dans la zone de Tchernobyl et au sujet des liquidateurs qui ont travaillé là. En association avec L.N. Smolar, de l'Académie Internationale de l'Ecologie, il a écrit et préparé un livre "Vérités amères au sujet de la technologie nucléaire". Basé sur une vraie information détaillée, le livre donne des raisons de l'irrationalité et du danger extrême de l'application de l'énergie nucléaire par l'humanité.
 



La santé des « liquidateurs » ... (Colloque)

Liquidateurs (définition) :
Le terme de liquidateurs désigne le personnel intervenu immédiatement sur les lieux le 26 avril, mais aussi les équipes impliquées dans la consolidation et l'assainissement du site à plus long terme, jusque dans les années 90. Il s'agissait principalement de jeunes adultes (âge moyen de 33 ans), qui ont été mobilisés et contraints à décontaminer les régions hautement radioactives autour du réacteur de Tchernobyl. La moitié d'entre eux étaient des militaires, originaires de toutes les républiques d'Union Soviétique, les autres étaient des techniciens, civils, mineurs, ouvriers du bâtiment, pilotes, chauffeurs, jeunes hommes et femmes en bonne santé.
Dans les premières semaines, l'irradiation externe des liquidateurs a dominé. Très rapidement, la contamination interne a joué un rôle grandissant, avec l'inhalation par les liquidateurs d'iodes, de césium et de strontium radioactifs, mais aussi de transuraniens et de diverses particules chaudes et de gaz radioactifs. La dosimétrie a été de plus en plus difficile à assurer. Par ailleurs, au début, les dosimètres disponibles étaient inaptes à mesurer des doses aussi élevées.
Dans un communiqué de presse d'avril 2005, l'Ambassade d'Ukraine à Paris déclare que les statistiques médicales concernant la population contaminée (2.646.106 habitants en l'Ukraine), montrent que la proportion des malades augmente d'année en année et que 94% des liquidateurs sont malades. Beaucoup d'entre eux sont déjà décédés.


 
Résumés des interventions du Professeur Vassili Borissovitch Nesterenko, du Professeur Alexei Okeanov et de Georgij Fyodorovich Lepin,au Colloque «La santé des liquidateurs, 20 ans après l'explosion de Tchernobyl»  11 et 12 novembre 2005 à Berne (Suisse)


Professeur Vassili Borissovitch Nesterenko (physicien, Directeur de l'Institut de radioprotection indépendant Belrad (Belarus) :  

Le Belarus n'a aucune centrale nucléaire, mais son territoire a été contaminé par les retombées radioactives de Tchernobyl : 23% de son territoire a été contaminé. La dispersion de l'iode 131 par le feu, qui a duré 10 jours, a progressivement couvert la majeure partie du territoire national. Le 29 Avril 1986, notre proposition pour distribuer l'iode stable à la population, et pour évacuer la population dans un rayon de plus de 100 kilomètres a été rejeté par les autorités, comme une mesure pouvant provoquer la panique. La décision d'évacuer a été prise plus tard, quand la population avait déjà été irradiée.  L'évacuation de la zone de 30 kilomètres a permis à 100 000 enfants de la région de Gomel de rester dans une zone propre de Russie, jusqu'en septembre 1986.  La nuit du 30 avril, l'académicien V.A. Legasov a consulté des experts au sujet de l'utilisation de l'azote liquide pour arrêter le feu, et il était au courant que l'azote ne provoquerait aucune explosion.

Nous avions développé un spectromètre, capable de mesurer des doses élevées de rayonnement. Ces instruments ont été utilisés pour évaluer le risque pour le personnel militaire envoyé sur le toit du réacteur brûlant, et pour protéger les milliers de liquidateurs agissant là. Déjà pendant les premiers jours après l'explosion, le service de sûreté de rayonnement et plus de 1000 personnes du personnel de notre institut pour la technologie d'énergie nucléaire ont été impliqués en établissant les cartes de la contamination radiologique dans la république. Les mesures pour la région de Gomel ont été accomplies vers la fin de mai par l'Institut pour la technologie de l'énergie nucléaire. Sur cette base, l'évacuation additionnelle des habitants des régions méridionales a eu lieu. Des propositions pour des mesures radioprotectirices ont été formulées.

Au niveau des dommages, 1 800 000 hectares de régions agricoles, et 1 600 000 de forêt avec la contamination à long terme par le Césium 137 ont été retirés de l'exploitation. Les dommages économiques globaux ont été estimés à 32 budgets annuels de la République du Belarus.

Actuellement, l'aide internationale est fournie par les initiatives européennes de Tchernobyl, mais au niveau gouvernemental, elle demeure insignifiante.

L'académicien A.d. Sakharov, l'écrivain Alès Adamovich, et A. Karpov ont suggéré que je devrais établir un institut non gouvernemental qui traiterait des problèmes de la sûreté de rayonnement de la population. Cette suggestion a été acceptée par V. Kebich, chef du gouvernement de Belarus. Le nouvel institut "Belrad" a été financé par ces donateurs privés, créés en 1989, proposés au Soviet Suprême, au gouvernement du Belarus et au Président des comités de direction régionaux. Nous avons commencé l'établissement d'un réseau des centres locaux pour la commande de rayonnement à la population (LCRCs), située dans les écoles ou les bâtiments de fonctionnaire dans les villages, permettant aux familles de vérifier la qualité de leur nourriture et de recevoir des informations complètes au sujet d'une consommation sûre.  L'institut a développé un dosimètre extrêmement sensible "Sosna".  300'000 finis ont été produits par des industries régionales.  Ensuite, "Belrad" a développé et a produit plus de 1000 radiomètres Rug-92, pour le ministère de l'agriculture, pour mesurer la teneur de Cs-137 dans les produits alimentaires. Le personnel a dû être formé. En plus du système d'état, les O.n.g.s ont établi des LCRCs pour surveiller les produits alimentaires produits dans le secteur privé, qui représente plus de 50% de la production de nourriture. Informer les populations rurales également d'enseigner l'utilisation des engrais (des sels de calcium et de potassium) de réduire la prise des radionucléides par les usines. Actuellement, "Belrad" a une banque de données de plus de 340'000 mesures de produits alimentaires.  19 ans après Chernobyl, dans le secteur privé, la contamination Cs-137 demeure dix fois plus haut que dans la production d'état, souvent au-dessus du niveau laxiste au Belarus.  Une mesure très efficace pour la réduction de la radiocontamination du lait, est une addition des absorbants dans le fourrage.  Ceci réduit les niveaux de Cs-137 par 3 à 4 fois dans le lait. Malheureusement, l'information et le programme d'éducation ne sont pas assez efficaces.  Même la distribution, gratuitement, de la nourriture non contaminée dans la cantine d'école, depuis le jardin d'enfants, n'est pas suffisante pour réduire correctement la charge Cs-137 dans l'organisme. 80-90% de la dose de rayonnement est interne, en raison de la prise orale de la nourriture contaminée (particulièrement lait produit à la maison, fruits sauvages et champignons).

La contamination par l'inhalation était importante au début de l'accident, quand la concentration élevée en iode était présente dans le ciel. Les doses les plus élevées ont été absorbées par des liquidateurs et les habitants des communautés les plus contaminées. Ces personnes sont devenues radiosensitives.  Les petites doses chroniques, dues à l'incorporation répétée des radionucléides de la nourriture contaminée, mènent à une grande variété de pathologies, comme endocrine et les systèmes immunisés et cardiovasculaires sont affectés. Ces organes concentrent loin les concentrations les plus élevées du césium.

"Belrad" est parvenu à installer 8 laboratoires mobiles avec les spectromètres humains de rayonnement, offerts par des initiatives de Tchernobyl.  La charge 137-Cs a été mesurée pour 250' 000 enfants  dans les zones de Tchernobyl du Belarus.  Pour empêcher les conséquences de Cs-137 chroniquement accumulé, "Belrad" a employé un additif de pectine, avec des vitamines, "YablopectR" produit en Ukraine, pour la mobilisation de Cs-137 à partir de l'organisme  Plus tard, "Belrad" a développé sa propre préparation (VitapectR). On a montré une réduction de 3 à 5 fois de l'exposition de la radiation annuelle avec des cours répétés de VitapectR. Le rapport final indique que la prise des préparations de pectine a maintenu un équilibre positif du potassium, du cuivre, du zinc, et du fer dans les enfants traités. En mars 22, 2005, la Commission fédérale pour la radioprotection de la population, Allemagne, a évalué la partie médicale du projet, mentionnant que les traitements répétés de pectine peuvent former la base pour des mesures préventives pour le radioprotection de la population, car ils réduisent l'exposition de la radiation annuelle.  Plus récemment, la fédération russe a approuvé une nouvelle préparation de pectine pour le traitement ou l'empêchement en cas d'accidents nucléaires avec le dégagement de différents radionucléides.


Professeur Alexei Okeanov (Institut clinique de médecine nucléaire et d'endocrinologie», il est vice-recteur de l' International Sakharov Environmental University à Minsk (Belarus) : 

Il est bien connu que les effets cancérogènes après le bombardement au Japon (excepté la leucémie et le cancer thyroïde) sont apparus 12-20 ans après une dose externe simple et mais élevée d'exposition radioactive. Pour le cas de l'accident de Tchernobyl, nous sommes confrontés à une situation principalement différente où une accumulation permanent de dose a eu lieu sur une longue période, et où l'irradiation externe et interne combinée a eu lieu. Ces effets cancérogènes de conditions dus à l'irradiation radioactive chronique pourrait être plus haut que ceux prévus par les modèles logiques de radiobiologie. Les groupes les plus affectés de la population sont ceux qui ont participé aux travaux de nettoyage à la centrale nucléaire de Tchernobyl.

Méthodes: pour la ligne de base réelle d'étude des données automatisées des ouvriers de nettoyage  de la période de 1993-2003 ont été liées à la base de données de l'enregistrement des cancers du Belarus. L'étalonnage des paramètres d'incidence dans les groupes d'ouvriers de nettoyage a été fait en utilisant le taux normalisé par âge tronqué (TASR) pour des sujets âgés 20-85 ans et plus vieux, et également par la méthode directe (norme internationale).  La population de la région de Vitebsk (qui a été moins soumise à la radio contamination suivant l'accident) a été prise en tant que groupe référence.

Résultats: on a démontré dans notre pays pour la période 1993-1996 (quand la période latente entre l'explosion de Tchernobyl et l'occurrence des cancers n'a pas excédé 10 ans) qu'aucun cancer de n'importe quelle localisation (excepté la thyroïde) n'a montré un excès statistiquement significatif de risque relatif.  Cependant, depuis 1997 on a observé une augmentation significative de risque relatif pour les tumeurs malignes de quelques localisations (deux points, appareil urinaire) en comparaison avec l'incidence de la région de Vitebsk. Pour toute la période de 1993-2003, l'augmentation de l'incidence des tumeurs malignes des liquidateurs était sensiblement plus haute que dans la population du groupe de référence. Remarquablement, les données ont montré une tendance stable vers l'augmentation du risque relatif pour des tumeurs de l'estomac et du poumon, tandis que le taux d'incidence de ces tumeurs a tendu à diminuer dans la population de référence de la région de Vitebsk pendant la période d'étude.  Il est important de noter que l'analyse de la distribution d'âge de l'incidence de tumeur a montré l'augmentation la plus marquée de l'incidence de cancer parmi le groupe relativement jeune des liquidateurs (< 50 ans).

Conclusion: ces données sont extrêmement importantes car elles donnent une évidence statistiquement significative d'une augmentation de l'incidence du cancer parmi les liquidateurs déjà après une période de latence de 10-15 ans suivant l'exposition à la radioactivité de l'explosion de Tchernobyl.
 

Georgy Lepin (physicien, Docteur de Sciences Techniques, vice-Président de la « Chernobyl Union », association de « liquidateurs », Belarus) :

Le fait que Tchernobyl se soit produit pendant les dernières années de l'Union soviétique, a donné à cet accident ses caractéristiques. Les problèmes principaux n'étaient pas de nature techniques. Ils concernent des actes de négligence envers les besoins médicaux et sociaux des liquidateurs et des victimes. Les intérêts politiques ont dominé. Existe t-il un autre pays civilisé qui accepterait un nombre aussi grand de victimes parmi ses citoyens ?

La nécessité de dire au monde que Tchernobyl n'était pas un problème sérieux est apparue juste après l'accident. Pour l'Union Soviétique, il était très important de gommer rapidement toutes les conséquences visuelles de la catastrophe, afin de démontrer qu'il n'y avait rien de sérieux.  Les instructions données aux liquidateurs n'ont pas visé à réduire au minimum les conséquences sur leur propre santé. C'était une politique « sale », et ses résultats reposent sur la conscience de l'Union soviétique et de M. Gorbatchev, qui n'a pas voulu, ou n'étaient pas en mesure, de donner la priorité à la défense des citoyens. Toutes les décisions sur ces questions n'ont pas été prises par des spécialistes. Les décisions sur ces problèmes ont été prises par les politiques.

Quelles étaient les raisons d'essayer de liquider les conséquences tellement rapidement après la catastrophe, et d'envoyer ces jeunes là ? Ce travail rappelle le comportement d'une mauvaise femme au foyer, qui veut cacher rapidement les déchets quelque part. Les aventures politiques ont commencé les unes après les autres : des "procédures de travail" ont été conçues pour commencer le sarcophage du bâtiment et de la décontamination des blocs 3 et 4. Des travaux très difficiles et très dangereux ont été effectués à la hâte.

En tant qu'ouvrier au coeur de Tchernobyl, et comme organisateur de « l'Union de Tchernobyl", je pense que cette attitude inhumaine envers les victimes de Tchernobyl continue jusqu'à ce jour. Ils sont allés gaiement à Tchernobyl, mais les problèmes et les douleurs graves se sont produits après leur travail.  Aucun gouvernement ne défend ces personnes, aucun gouvernement ne défend les réclamations de ces personnes.

Le sacrifice, documentaire 26mm,  Wladimir Tcherkoff et d'Emanuela Andreoli, 2003,Suisse

Dans la nuit du 26 avril 1986 et dans les mois qui suivirent, un million d'hommes, surnommés les liquidateurs, furent lancés sur le réacteur en feu de Tchernobyl pour éteindre l'incendie et le recouvrir d'un sarcophage, de manière improvisée et dans des conditions de radioactivité terrifiantes. Quinze ans plus tard, des dizaines de milliers de ces liquidateurs sont morts ou sur le point de mourir, dans l'indifférence générale. Pendant plus de dix ans, les deux cinéastes vont accompagner vers la mort l'un de ces liquidateurs. Au cours de ces entretiens filmés, il explique quel fut son travail durant l'intervention, sa volonté de sauver des vies, les promesses du gouvernement, la déliquescence de son corps. Aujourd'hui, il est mort, et il ne reste que son épouse et ses enfants pour rappeler son courage et évoquer ce qu'il avait l'habitude de dire : « Mieux vaut ne pas se souvenir…C'était il y a longtemps et ce n'était pas vrai ».



Qui sommes-nous ?
philosophie, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College developpement durable, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College sociologie, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College eau, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College anthropologie, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College cerveau, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College mort, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College commerce equitable, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College sante mentale, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College college, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College democratie, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College colloque, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College formation ligne, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College recherche scientifique, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College biodiversite, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College science societe, sociologie et sujets de societe a la Cite des Sciences - Le College Science et science societe font débats avec des philosophes et des sociologues dans le Collège : série de conférences - colloques sur des sujets éthiques