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SIDA : un changement de cap dans la lutte contre l’épidémie ?
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Alors que 33,4 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde, certains experts avancent que les trithérapies seraient aussi efficaces que le préservatif pour prévenir la transmission du virus. Et qu'il y a urgence à mettre en œuvre une prévention ciblée à destination des gays.
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Un pavé dans la mare de la prévention
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| © ONUSIDA / OMS, novembre 2009 |
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En janvier 2008, un article publié dans le Bulletin des médecins suisses crée la polémique. Des médecins de la Commission fédérale suisse pour les problèmes liés au sida (CFS) affirment qu'une personne séropositive n'ayant plus de virus détectable dans le sang depuis au moins six mois – grâce à un traitement antirétroviral (ARV) suivi scrupuleusement – et n'ayant aucune autre infection sexuellement transmissible, « ne transmet pas le virus par le biais de contacts sexuels ». Un an plus tard, en avril 2009, le Conseil national du sida (CNS) en France se range du côté des Suisses en affirmant que « la mise sous traitement des personnes infectées réduit fortement le risque que ces personnes transmettent le virus par voie sexuelle ». Fin novembre, le rapport de France Lert, directrice de recherche à l'Inserm, et Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon, missionnés par la Direction générale de la santé, tire les mêmes conclusions. Jusqu'à présent, dans l'arsenal préventif, il n'y avait que le préservatif ; les ARV, non dénués d'effets secondaires, n'ayant pour but que de garder les personnes contaminées en bonne santé en empêchant la réplication du virus et en maintenant la charge virale, c'est-à-dire le nombre de copies du virus dans le sang, sous le seuil de détection des techniques actuelles.
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Willy Rosenbaum : quelles données montrent l'intérêt des ARV dans la prévention du sida ?
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Or depuis quelques années, les scientifiques savent que cette charge virale est fortement corrélée au risque de transmission du virus. Chez les femmes enceintes séropositives, si la charge virale est maintenue indétectable grâce aux ARV, le risque de transmission de la mère à l'enfant est réduit de 99%. En outre, l'efficacité des ARV dans la prévention contre le sida a également été démontrée chez les couples sérodifférents, c'est-à-dire dont l'un est contaminé et pas l'autre, et qui ont eu des relations sexuelles sans préservatif. Dans une étude espagnole*, sur 393 de ces couples suivis durant quatorze ans, aucun partenaire n'a été contaminé par le conjoint traité. Alors que parmi les couples non traités, le taux de transmission était de 8,6 %. * J. Castilla et al., Effectiveness of highly active antiretroviral therapy in reducing heterosexualtransmission of HIV. J Acquir Immune Defic Syndr. 40, 2005. Un risque résiduel difficile à définir Aucune contamination ne signifie pas risque nul. Un doute persiste sur un risque résiduel, comme l'a indiqué en mai 2009 la Direction générale de la santé en réaction à l'avis du CNS. Pour éviter toute contamination, elle préconise de s'en tenir au préservatif. Mais celui-ci ne protège pas non plus à 100%. Il suffit qu'il se déchire et que l'homme ait une charge virale plus élevée dans son sperme que dans son sang pour qu'il y ait aussi risque de contamination. « Peu d'études montrent un risque zéro avec le préservatif, indique Dominique Costagliola, directrice de recherche au laboratoire Inserm "Epidémiologie, stratégies thérapeutiques et virologie cliniques dans l'infection à VIH" à Paris. Donc rien ne permet d'affirmer que le risque de transmission est moins élevé chez une personne non traitée utilisant un préservatif qu'avec une personne dont la charge virale est contrôlée par le traitement. » Traiter plus tôt En intégrant le traitement dans le dispositif de la prévention du sida, c'est un changement de cap qui s'annonce. En outre, il peut y avoir un avantage thérapeutique à prescrire des ARV plus tôt au cours de l'infection. Pour le moment, un traitement antirétroviral n'est débuté que lorsque le nombre de lymphocytes T CD4 passe sous la barre des 350 par mm3 de sang. Entre 350 et 500, on considérait jusqu'à présent qu'il n'y avait aucun bénéfice clinique à commencer un traitement. Or désormais, tout laisse croire le contraire. Une étude* a montré que les personnes démarrant un traitement à moins de 350 CD4 ont 28% plus de risque de développer la maladie ou de mourir prématurément que les personnes dont le taux est compris entre 350 et 500. Traiter plus tôt s'avérerait aussi utile pour prévenir certains cancers, en plus forte prévalence chez les personnes séropositives. « Des travaux récents** montrent que même à un niveau modéré d'immunodépression, c'est-à-dire entre 350 et 500, le risque de développer un cancer est plus important que chez une personne ayant plus de 500 CD4 », constate Dominique Costagliola.
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Dominique Costagliola : pourquoi traiter précocement ?
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L'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui avait gardé ses distances sur la question du traitement préventif, y réfléchit désormais. Elle vient de mettre au point un modèle mathématique montrant comment à grande échelle les trithérapies pourraient éradiquer l'épidémie... si, dans un pays gravement touché comme l'Afrique du Sud, toute la population de plus de 15 ans était systématiquement dépistée tous les ans et que les personnes dépistées positives étaient directement mises sous traitement, l'épidémie serait quasiment éradiquée d'ici à 2050. Mais entre la théorie et la pratique, se posent de sérieux problèmes à la fois éthiques et de faisabilité. * Lewden et. al., HIV-infected adults with a CD4 cell count greater than 500 cells/mm3 on long term combination antiretroviral therapy reach same mortality rates as the general population. J Acquir Immune Defic Syndr, 46, 2007. ** M. Guiguet et al., Effect of immunodeficiency, HIV viral load, and antiretroviral therapy on the risk of individual malignancies (FHDH-ANRS CO4): a prospective cohort study, The Lancet Oncology, Early Online Publication, 8 octobre 2009. Élargir le dépistage et cibler la prévention Réduire la transmission du virus en traitant plus tôt les personnes séropositives impose un dépistage précoce. Or, trop de personnes ignorent encore leur statut sérologique et font, à leurs dépens, courir un risque aux autres. En France, sur les 113 000 à 141 000 personnes estimées fin 2007 comme vivant avec le VIH, un tiers d'entre elles ignoraient leur infection. Pour aller encore plus loin dans la prévention, certains envisagent même de proposer un traitement à des personnes non contaminées mais qui ont de fortes chances d'être exposées au VIH. Comme cela se fait depuis une dizaine d'années pour prévenir la transmission du virus de la mère à son enfant. Mais là encore, la question reste sujette à débat. |
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