Cité des Sciences et de l'Industrie
Accueil

   

Index

Le cerisier qui
ne s’arrêtait plus de fleurir


Santé publique :
pour quelques grammes de sel en moins…


400 ans après Galilée : le système solaire revisité

Tous les dossiers

Films
Films, selection

Médecine-Santé
Autres

les dernières questions d'actualité

HOMME/FEMME :
deux sexes sans frontière

Caster Semenya, athlète sud-africaine, championne du monde du 800 mètres, serait hermaphrodite. Bien malgré elle, sa présence à la Une des médias, fait sortir de l'ombre une population silencieuse : les intersexués.

Sous les feux de la rampe

Caster Semenya est cette athlète sud-africaine qui a remporté le 800 mètres féminin aux derniers championnats du monde d'athlétisme en août à Berlin. Suspectée d'être un homme par certaines concurrentes, elle a depuis été soumise à des tests de féminité diligentés par la Fédération internationale d'athlétisme, l'IAAF, qui devait à plusieurs reprises communiquer les résultats. La Fédération s'est finalement rétractée et le dossier médical est resté confidentiel.

Selon le dernier communiqué en date du 18 novembre, la Fédération a annoncé que l'athlète, « innocente de toute faute », conservera son titre de championne du monde du 800 mètres et sa médaille. Et que les « discussions […] se poursuivent en vue de trouver une solution concernant [sa] participation aux compétitions d'athlétisme ».

Homme ou femme ? Hermaphrodite, a-t-on pu lire dans la presse...

200 000 Français intersexués

En France, un enfant sur 4 000, soit 200 enfants chaque année, naît avec un « trouble du développement sexuel », c'est-à-dire avec une ambiguïté sexuelle. Selon les cas, les médecins parlent d'hermaphrodisme, de pseudo-hermaphrodisme masculin ou de pseudo-hermaphrodisme féminin et, plus généralement, d'« anomalies du développement sexuel ». Mais pour se définir, les personnes concernées utilisent volontiers le mot « intersexué ».

« She with He, He with She », Nancy Burson : « She with He, He with She » 1996, tirages argentiques, 19,6 x 15,4 cm. Œuvre de Nancy Burson.
zoom
« She with He, He with She », Nancy Burson

Le plus souvent, des organes sexuels plus ou moins atypiques (un pénis trop petit, un vagin incomplet, un clitoris trop gros, des testicules sous-cutanés) sont observés dès la naissance et le diagnostic est immédiatement posé. Mais parfois, ce n'est qu'à la puberté que des troubles des caractères sexuels secondaires (pilosité, voix, cycle menstruel…) en manifestent la présence.

L'origine de ces anomalies du développement sexuel peut être chromosomique ou hormonale. Dans le premier cas, l'enfant naît avec une formule chromosomique différente des formules classiques que sont XX pour les femmes et XY pour les hommes.

Mais plus fréquemment, l'origine est un dérèglement hormonal qui va perturber la différenciation sexuelle de l'embryon. Une surproduction d'hormones mâles virilisera un fœtus féminin. Un dysfonctionnement des récepteurs aux androgènes (hormones mâles) empêchera un fœtus XY de se masculiniser... Les cas de figures sont multiples et les pathologies nombreuses : on en dénombre une trentaine, toutes causes confondues.

Garçon ou fille ? Trois jours pour trancher

En France, le Code civil impose aux parents de déclarer la naissance d'un enfant dans les trois jours suivant l'accouchement. Sur cette déclaration, doit impérativement figurer le sexe de l'enfant.

Claire Bouvattier : On ne s'est pas assez occupé des parents !

Quelques jours après la naissance et en concertation avec les parents, les médecins recommandent et attribuent un « sexe d'élevage » – c'est le terme officiel – à l'enfant intersexué. C'est-à-dire que l'enfant est assigné garçon ou fille et sera élevé comme tel.

Les médecins estiment arriver dans 80 % des cas à un diagnostic et à un pronostic médical précis. C'est-à-dire que l'on sait vers quelle identité sexuelle, mâle ou femelle, l'enfant va évoluer et en particulier dans quel sens la puberté va se faire.

Restent 20% de ces enfants qui seront définitivement assignés fille ou garçon à l'état civil, sans que l'on connaisse l'évolution biologique et l'identité de genre qu'ils développeront au fil des années. Pour Claire Bouvattier, pédiatre-endocrinologue à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, « les situations les plus compliquées sont les enfants nés XY qui ont un important défaut de développement, la verge est toute petite, les testicules peuvent ne pas être descendus et, dans certaines pathologies, il n'y aura pas de puberté. Se pose alors la question de les élever comme des petites filles et pas comme des garçons. Donc, on se dépêche de compléter les examens (échographie, génitographie, endoscopie, coelioscopie, exploration endocrinienne…) en demandant, au besoin, à l'officier de l'Etat civil de nous accorder un petit délai supplémentaire avant de déclarer l'enfant. Puis médecin, chirurgien et psychologue décident en concertation avec les parents d'un sexe pour l'enfant ».

Les opérations chirurgicales en question

Claire Bouvattier : En chirurgie, aujourd'hui, la tendance est d'intervenir le moins possible.

Une fois assigné un « sexe d'élevage » à l'enfant, se pose la question de faire concorder les organes sexuels au sexe choisi.

Jusqu'aux années 90, le recours rapide et systématique à la chirurgie faisait l'objet d'un consensus quasi général, et les opérations débutaient quelques semaines après la naissance, se répétant souvent à plusieurs années d'intervalle.

Mais depuis quelques années, les témoignages d'enfants opérés il y a vingt ans, trente ans, remettent en cause le bien-fondé de cette chirurgie précoce. Des associations militent en ce sens, créant leurs sites Internet, publiant des livrets d'information destinés aux parents, invitant les intersexués à sortir de l'isolement et du silence.

« Ni homme, ni femme. Enquête sur l'intersexuation. » Extraits.

lancer l'animation

« Ni homme, ni femme. Enquête sur l'intersexuation. » Extraits.
© 2009 - Ed. La Musardine

De leur côté, les médecins réunissent des données qui, elles aussi, ne sont pas positives : sexuellement, les résultats de ces opérations à répétition sont catastrophiques (zone génitale moins sensible, relations sexuelles perturbées, cicatrices...).

Avec l'émergence du débat sur l'identité de genre, porté par les communautés féministe, homosexuelle et transsexuelle, des intersexués prennent la parole – à visage couvert – pour conter leur histoire souvent dramatique. Emprisonnés par le tabou, la honte et le regard des autres, malmenés par les traitements chirurgicaux et hormonaux, ils doivent affirmer une identité sexuée qui ne s'est pas imposée d'elle-même à la naissance. Et certains se découvrent parfois une identité opposée à celle qui leur a été assignée dans l'enfance par la chirurgie. (« Coupé de lui-même », Libération, 2 octobre 2009).

Ainsi, des voix se font entendre, demandant d'attendre avant toute opération que, devenu adolescent, l'enfant choisisse lui-même son sexe selon son genre, c'est-à-dire selon l'identité sexuelle dont il se sent le plus proche. Voire même qu'il ne choisisse pas entre l'un et l'autre sexe, préservant ses organes génitaux de toute opération d'assignation. Et pourquoi pas, allant jusqu'à se revendiquer « intersexe » plutôt qu'homme ou femme.

Claire Bouvattier : On vit dans un monde encore très normé.

« La société n'est pas du tout prête à accepter un enfant dans une identité intersexuée », répond Claire Bouvattier. Les médecins continuent donc d'opérer mais tentent, dans la mesure du possible, de retarder l'intervention afin de limiter le nombre d'actes nécessaires à la reconstruction d'organes génitaux typiques et définitifs.

Au-delà de deux sexes

Hermaphrodite endormi. : Marbre grec, copie romaine du IIe siècle ap. J.-C. d'après un original hellénistique du IIe siècle av. J.-C. (Louvre, Paris)
zoom
Hermaphrodite endormi.

En 1993, Anne Fausto-Sterling, professeure de biologie et d'études sur les femmes, suggère dans un article resté célèbre, de remplacer le système à deux sexes par un système à cinq sexes, tenant compte des différentes formes d'hermaphrodismes (hermaphrodisme, pseudo-hermaphrodisme masculin et pseudo-hermaphrodisme féminin). En 2000, elle va encore plus loin dans sa proposition : « Ce qui est clair, c'est que depuis 1993, la société moderne est allée au-delà des cinq sexes et reconnaît que les variations de genre sont normales. »

De son côté, la science peine à définir ce qui différencie un homme d'une femme : faut-il donner la prépondérance aux facteurs génétiques, hormonaux, morphologiques ou psychiques ? Avec l'essor des neurosciences depuis les années 1990, les chercheurs étudient le cerveau afin de savoir s'il existe un fondement biologique à l'identité de genre, si le cerveau a un sexe : taille des hémisphères, quantité de neurones, activité cérébrale... Des publications allant dans un sens ou son contraire défraient régulièrement la chronique sans qu'aucune ne se soit encore imposée.

En attendant, une revendication voit le jour : supprimer la mention du sexe sur les documents officiels et l'état civil. Cris, intersexué américain, milite pour la disparition de ces mentions sur les papiers d'identité : « La division binaire de tous les êtres humains est une des sources de préjugés : le sexisme, l'homophobie, la transphobie et les préjugés vis-à-vis des corps qui ne sont pas typiques des corps officiels. Ce ne sont pas seulement les intersexes qui sont victimes de ce sexisme fondamental. […] En Louisiane, quand on a supprimé la mention de race, les races n'ont pas disparu. Pour le sexe, c'est la même chose : il y aura toujours des hommes, des femmes et d'autres personnes. »

Paloma Bertrand

À lire :

« Ni homme, ni femme. Enquête sur l'intersexuation. » de Julien Picquart, mars 2009, ed La Musardine.

« Sexes : comment on devient homme ou femme. », Hors Série La Recherche, janvier 2002.

« Mes souvenirs. Histoire d'Alexina/Abel B. » de Herculine Barbin, ed La Cause des livres.

À voir :

XXY, film de Lucia Puenzo, 2007.


Mis en ligne le 14/12/09

Les articles de Science Actualités sur mon site

   © CSI Science Actualités contact