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BIOÉTHIQUE : la France face aux dérives des neurosciences
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Aire cérébrale de la criminalité, neuromarketing, implants cérébraux pour un « homme augmenté »... le développement des neurosciences pose de nouveaux problèmes éthiques. Pour la première fois, des députés français ont décidé de s'y intéresser dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique.
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Le cerveau judiciaire New York, 1991 - Herbert Weinstein, 65 ans, étrangle Barbara, sa femme, puis maquille le meurtre en suicide en jetant le corps du 12e étage d'un immeuble de Manhattan. En 1992, lors du procès, le jeune retraité avoue tout, mais plaide l'irresponsabilité : un kyste, niché dans son cerveau, expliquerait son comportement agressif. Et pour appuyer sa thèse, le voici qui brandit des clichés cérébraux. Une première. Jamais auparavant l'imagerie cérébrale n'était entrée dans un tribunal. Depuis, elle a été utilisée dans plusieurs centaines de procès aux Etats-Unis, évitant la peine capitale à certains accusés et... faisant chanceler la notion de culpabilité. Qu'advient-il en effet du concept de responsabilité individuelle si chaque comportement déviant trouve une origine cérébrale, y compris en dehors d'un contexte de démence au moment des faits ? En France, si aucun procès de ce genre n'a encore eu lieu, de telles dérives interpellent. Aussi, dans le cadre de la révision de la loi de bioéthique française, mercredi 26 mars 2008, deux députés, Alain Claeys et Jean-Sébastien Vialatte, ont convoqué un panel d'experts à l'Assemblée nationale. Objectif : saisir les enjeux éthiques liés aux nouvelles techniques d'exploration du cerveau et à l'exploitation des images obtenues. Le mythe de la pensée visualisée
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Images d'un cerveau obtenues par IRM
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« Ces images cérébrales donnent l'illusion, aux scientifiques comme aux néophytes, que l'on a un accès direct à la pensée, à la boîte noire qu'est le cerveau, explique Olivier Oullier, du laboratoire de neurobiologie humaine de Marseille. Mais c'est une erreur. Ces images sont obtenues de façon très subjective. En aucun cas, elles ne permettent de bâtir une carte cérébrale du comportement ! ». « Seules les idées, émotions ou actions assez grossières peuvent être visualisées, insiste Stanislas Dehaene, directeur de l'unité de neuroimagerie cognitive d'Orsay. La pensée fine, celle du souvenir par exemple, restera longtemps hors de portée, pour ne pas dire à jamais... Il faut donc en finir avec ces rumeurs qui suggèrent qu'un jour, il serait possible de créer des portiques capables de lire les pensées des gens. » Gare aux dérives sécuritaires ! De quoi oublier les conditionnels si chers aux chercheurs et faire germer d'étranges idées porteuses de dérives potentielles. La plus polémique d'entre elles est peut-être celle qui tente d'identifier des aires cérébrales impliquées dans l'apparition de comportements déviants. Ainsi, après avoir passé au crible tout l'ADN humain pour trouver le gène de la criminalité, de la timidité, de la schizophrénie, de l'intelligence, de la spiritualité, du cancer ou de la tabagie, nombre de scientifiques, américains surtout, tentent désormais de déceler dans le cerveau l'aire de l'agressivité ou des valeurs morales.
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Le retour en force du détecteur de mensonges ?
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En filigrane, l'objectif est à peine masqué : il s'agit d'utiliser les neurosciences pour identifier les individus potentiellement dangereux pour la société. « Dans le cerveau, l'inné joue sur l'acquis, et l'acquis sur l'inné. Nous sommes en interaction permanente avec l'environnement. Croire que l'on pourrait être capable de prédire la survenue de comportements déviants rien qu'en observant le cerveau tient de l'aberration », s'insurge Stanislas Dehaene. Il n'en reste pas moins que dans le contexte français actuel, l'utilisation potentielle de ces nouveaux outils alerte les experts. Détection, souhaitée par certains, des signes avant-coureurs de délinquance chez les enfants de trois ans, choix d'ajouter à l'arsenal judiciaire une peine de sûreté préventive pour garder en détention les criminels ayant purgé leur peine mais susceptibles de récidiver... ces évolutions de la société française inquiètent Didier Sicard, président d'honneur du Comité consultatif national d'éthique : « Notre société ne supporte plus l'incertitude, dénonce-t-il. Elle souhaite anticiper, prédire à tout prix et peu importe la véracité de la prédiction » Et Jean-Didier Vincent, directeur de l'institut de neurobiologie Alfred Fessard, d'enfoncer le clou : « Est-il si inconcevable d'imaginer que certaines prouesses comme l'observation du développement cérébral des foetus pourraient ouvrir la porte à de nouvelles formes d'eugénisme ? »
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Qu'est-ce que la neuroéconomie ?
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Les neuromarchands de tapis Pour les tenants du neuromarketing, un mouvement né aux Etats-Unis mais qui a désormais ses disciples en Europe, que les images cérébrales reflètent ou non la vérité importe peu, du moment qu'elles fournissent des informations exploitables. Dans certains cas, prédire ou affirmer que l'on peut prédire un comportement semble revenir au même. Résultat : « Notre cerveau les intéresse, alerte Olivier Oullier. Eux, ce sont les publicitaires, les économistes, les industriels, tous ceux qui voient dans les neurosciences une façon d'atteindre la part d'irrationnel impliquée dans nos choix, qu'il s'agisse d'une décision d'achat ou d'un bulletin de vote. »
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Obama ou Clinton ? Une étude scientifique sur le fonctionnement du cerveau des électeurs lors de la Primaire démocrate, créee la polémique au sein de la communauté des chercheurs.
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En quelques années, le nombre d'entreprises dédiées au neuromarketing n'a cessé de croître. La tendance s'est même accélérée l'année dernière à la suite d'une étude publiée dans la révue Neuron (Knutson et al., Neuron, 2007). Après avoir donné une certaine somme d'argent à des sujets placés dans une machine IRM, des chercheurs américains ont proposé aux sujets une liste d'articles à acheter. Et... rien qu'en observant les images cérébrales des sujets-consommateurs, les neurosavants sont parvenus à prédire si les sujets en question allaient, ou non, acheter le produit proposé. « Etrangement, suite à cette étude, Omnicom, leader de la communication, a investi des sommes considérables dans le développement des neurosciences », constate Olivier Oullier. En France, une dizaine d'agences de communication, prétendant utiliser les neurosciences ont vu le jour. « Le plus souvent, il s'agit de neuromarchands de tapis, critique-t-il. Les premières victimes sont les patrons qui dépensent des budgets incroyables pour des résultats très discutables. » Vers l’homme « augmenté »... Autre inquiétude liée au développement incontrôlé des neurosciences, le détournement à des fins non thérapeutiques des implants cérébraux, comme ceux que l'on pose depuis quelques années, pour stopper le tremblement des personnes atteintes de maladie de Parkinson (35 000 parkinsoniens traités à ce jour avec cette technique dans le monde). « Pour l'heure, ces implants sont utilisés à des fins thérapeutiques. Mais qu'adviendra-t-il si l'on commence à les poser pour augmenter la mémoire ou améliorer les vitesses de calcul ? prévient Jean-Didier Vincent. Faudra-t-il y voir une évolution normale vers une sorte de "transhumain" ? Ou s'agit-il d'interdire dès à présent les applications autres que thérapeutiques ? Mais, dans ce cas, où s'arrête la thérapie ? Les lunettes que nous portons nous améliorent-elles ou nous soignent-elles ? » |
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| Pensez-vous que, demain, l'imagerie cérébrale permettra... |
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