Françoise
BATTAGLIOLA, sociologue au CNRS, Laboratoire culture
et sociétés urbaines,
Au-delà de ce constat, comment peut-on interpréter
la concentration des femmes dans les formes les plus précaires d'emplois
? Il faut tout d'abord souligner que, malgré l'envolée des
scolarités féminines très frappante aujourd'hui : on
a plus d'étudiantes que d'étudiants et les femmes continuent
un peu plus longtemps leurs études que les garçons, elles
ont supplanté les garçons au niveau du bac, malgré
cette envolée de la scolarité féminine les femmes restent
concentrées dans des filières scolaires, mais aussi d'emplois
très peu diversifiés. Six catégories socioprofessionnelles
regroupent environ 60 % de femmes. Elles sont toutes situées dans
le secteur tertiaire. On peut donc conclure qu'il n'y a pas de discrimination.
Hommes et femmes se situent tout simplement dans des segments différents
du marché du travail. Dans ces segments du marché du travail,
l'adéquation diplôme-emploi serait différente. Dans
les secteurs industriels où sont massivement concentrés les
hommes, pour dire vite, il y aurait une assez bonne adéquation entre
le niveau de diplômes et la qualification de l'emploi. Au contraire,
dans les métiers féminins, et surtout quand on pense aux métiers
de bureau, cette relation se distend et il y a une mise en concurrence entre
des femmes qui possèdent des niveaux de diplômes assez divers.
Ce qui se passe, c'est que les femmes les plus diplômées sont
recrutées, alors que les femmes qui possèdent un niveau de
diplômes normalement adéquat sont déclassées,
voire évincées du marché du travail. |