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Danièle LINHART, sociologue,
CNRS, groupe travail et mobilité,
Quelques mots pour rappeler que Danone n'était pas n'importe quelle entreprise,
c'est une entreprise qui a eu des ambitions à travers Antoine Riboud qui
étaient d'être une entreprise particulièrement sociale, qui a beaucoup
joué son image de marque aussi pour vendre, donc je pense que là le consommateur
au nom duquel toujours se produit ce qui se produit puisse réagir en disant
que sa satisfaction n'ira pas jusque là, c'est-à-dire qu'il n'entend pas
pour être satisfait en tant que consommateur accepter n'importe quelles
conditions d'emploi, ni n'importe quelles conditions de travail, ça me
semble quand même être quelque chose de légitime. J'ai eu la possibilité,
il y a quelques années de cela, de faire une enquête au sein de ce site
d'Evry qui va fermer. Il faut savoir que c'était un des sites les plus
modernes d'Europe à la fin des années 70, et que la modernisation est
vraiment passée par là. On a demandé aux salariés tout ce que l'on a tous,
les uns et les autres, plus ou moins décrit, c'est-à-dire de s'adapter,
d'être polyvalent, de faire de la formation, on leur a demandé de travailler
dur, le stress était quelque chose d'extrêmement partagé dans cette usine.
On a pu voir dans des interviews en profondeur que les salariés étaient
maintenus en permanence sous tension, et je dois dire qu'il y eu même
un accident mortel dont on a fait l'analyse, un jeune homme de 22 ans
en contrat de qualification qui est décédé, et avec la direction il est
apparu de toute évidence que le décès était à mettre sur le compte de
la tension et du fait que les salariés n'osaient pas, en l'occurrence,
interrompre le flux, interrompre la chaîne pour améliorer la qualité de
ce qu'on leur demandait de faire. Il ne faut pas perdre de vue non plus
que ce qui est en jeu est très important, ce n'est pas simplement le niveau
des emplois, c'est certes le niveau des emplois dont il s'agit en première
instance ici, mais au-delà c'est aussi ce qu'on fait faire aux gens, à
ceux qui restent dans les autres sites, parce qu'il y a les autres sites.
Et on les met dans des situations de travail dont la dangerosité augmente,
on a parlé de souffrance au travail, effectivement c'est une notion qui
reflète bien les malaises grandissants dans ces entreprises-là, donc il
faut avoir en permanence en tête que ce type de stratégie de modernisation
implique non seulement pour augmenter les taux de rentabilité, de fermer
des sites et de licencier, mais implique aussi pour les sites qui continuent
de travailler des conditions de travail extrêmement difficiles pour les
salariés, et toujours au nom de la satisfaction du consommateur. Si le
consommateur se manifeste et dit que sa satisfaction n'implique pas tout
ça, ça me semble effectivement être un comportement citoyen tout à fait
acceptable.
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