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Christian DUFOUR, sociologue
à l'Institut de recherches économiques et sociales,
Le problème de la représentativité syndicale est effectivement un problème
de crédibilité quotidienne des représentants. On a réalisé une très longue
enquête de terrain comparative entre la France et l'Allemagne sur la représentation
dans des entreprises, et vous imaginez cette comparaison-là avec l'idée
qu'on a de l'Allemagne, la cogestion, etc., et on s'est aperçu que la
différence entre les deux pays tient essentiellement au fait que ce qu'on
appelle en France les fonctions des délégués du personnel, c'est-à-dire
s'assurer que les carreaux ne soient pas cassés, que les toilettes sont
propres, que les vestiaires ferment, que c'était là-dessus qu'en Allemagne
se fondait finalement la possibilité pour des délégués d'exercer plus
haut des fonctions plus stratégiques, plus responsables. Un délégué qui
quotidiennement voit son efficacité niée par son interlocuteur, n'a aucune
crédibilité pour son interlocuteur employeur, mais surtout aucune crédibilité
pour ses mandants, et lorsqu'on lui demande ensuite d'intervenir dans
un comité central d'entreprise, dans un comité de groupe pour prendre
position sur tel ou tel sujet, de toute façon il n'est pas crédible et
il le sait. Ce qui fait que la solution qui reste est celle du conflit,
il s'agit de provoquer l'affrontement, parce que si on ne provoque pas
l'affrontement il n'y a pas de moment où on peut manifester l'identité
qu'on a.
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