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Alain JECKO, directeur
général adjoint de l'ANPE Ile de France,
Nous savons à peu près aujourd'hui ce que sera l'année 2001, donc je l'intègre.
En 5 ans s'ajoutent 2 millions d'emplois. Je dis bien s'ajoutent, car
le marché du travail a une double dynamique : une dynamique de création
d'activités et d'emplois, et une dynamique aussi de destruction d'activités
et d'emplois. Il y a les deux en permanence. Je parle donc du solde net.
Deux millions d'emplois s'ajoutent sur une période assez courte, 4 ou
5 ans. À titre d'exemple, entre le 1er janvier 1990 et le 1er janvier
1998, donc en 8 ans, nous avons créé en net 100 000 emplois dans notre
pays. Le changement de rythme est donc tout à fait important. Nous avons
aussi une nouvelle dynamique sectorielle : plus d'emplois dans les services,
mais aussi plus d'emplois au niveau des activités industrielles, du bâtiment
et de la construction. Plus d'emplois, et en même temps — tout se tient,
c'est même un peu basique comme relation — une très forte diminution du
chômage, plus forte même que ce que nous avions anticipé il y a quelque
temps (il faut être honnête). Depuis début 1997, donc en 4 ans puisque
les choses ont commencé à bouger et à s'inverser au premier semestre 1997,
nous avons : 1. 1 100 000 demandeurs d'emploi en moins dans notre pays,
2. plus d'emplois, 3. une population active qui se développe, 4. un chômage
qui diminue d'une façon relativement rapide, un taux de chômage qui était
de 12,6 % il y a 4 ans et qui est de 8,7 % aujourd'hui : quatre points
en moins. Du coup, les questionnements reviennent :
sommes-nous en route vers le plein emploi ? Dans notre pays, des débats
sans fin ont lieu entre les économistes, les sociologues, un peu tout
le monde, pour savoir ce que c'est que le plein emploi. Mais quand on
regarde la littérature et le terrain, tout le monde s'accorde pour dire
que dans un pays comme la France, on n'est pas loin du plein emploi lorsqu'on
est durablement en dessous de 5 % de taux de chômage. On peut en discuter,
mais cela a la mérite d'être à peu près simple comme repère. Et si c'est
cela, on s'aperçoit que nous avons fait à peu près la moitié du chemin
pour y arriver. Nous étions à 12 et quelques, nous sommes à 8 et quelques.
Il est clair qu'un bon bout de chemin reste à faire. Il y a encore des
marges de manœuvre, nous y reviendrons peut-être tout à l'heure. Cette
nouvelle donne est donc relativement importante. Tout cela fait ressurgir
la question des difficultés de recrutement, question bateau, un peu tarte
à la crème. Certains, à tort, l'approchent en parlant de pénurie. D'entrée
de jeu, je le dis clairement : on ne peut pas parler de pénurie dans le
contexte général de la population active telle qu'elle existe dans notre
pays. Les taux d'emploi sont encore très faibles dans notre pays, c'est
une des caractéristiques de la France par rapport aux autres pays européens.
Avec encore plus de 2 millions de chômeurs, on ne peut pas parler de pénurie.
Par contre, il est vrai qu'il y a des tensions sur le marché du travail.
J'enfonce le clou et je fais un peu de provocation, vous m'excuserez,
mais personnellement, je préfère une situation de tension avec un taux
de chômage de l'ordre de 8 %, à une situation où personne ne parle de
tension, où à l'opposée on parle de détente avec 12 % ou 13 % de taux
de chômage. Je crois que nous avons aujourd'hui un rééquilibrage général
entre l'offre et la demande de travail sur le marché, avec tout ce que
cela veut dire.
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