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Serge LE ROUX, sociologue
et secrétaire général de l'Institut Syndical d'Etudes
et de Recherche Economiques et Sociales (ISERES), organisme de recherche
de la CGT sur l'impact des nouvelles technologies sur le travail et l'emploi,
Le syndicalisme est pris entre deux feux. Dun
côté, il y a la protection des travailleurs dans les situations
dans lesquelles ils se trouvent. Cest la base même du syndicalisme,
sa nature. Cest pour cela que les salariés ont créé
des syndicats. Mais il est pris entre deux feux parce quaujourdhui,
on peut pratiquement affirmer que le capitalisme est en train de changer.
Ce nouveau capitalisme est beaucoup plus difficile à analyser.
Cest une nouvelle phase. Certains se demandent si cest véritablement
un nouveau capitalisme, si lon est entré dans une nouvelle
phase contrat [?]. Beaucoup de signes tendraient à répondre
oui. Dans cette situation, le syndicalisme est un peu en difficulté
parce que, dun côté, les innovations vont très
vite. Ces innovations sont produites par des forces économiques.
Les directions dentreprise sont elles-mêmes prises dans un
jeu concurrentiel mondial. Le processus dinnovation va très
vite. Le social, dans ces entreprises, est évidemment toujours
à la traîne quand il nest pas complètement nié
dans certains cas, ce qui explique aussi les problèmes que lon
rencontre actuellement. On est dans une situation du passage dun
système que lon appelait fort bien, à un autre qui
est en train de se mettre en place mais qui nest pas encore défini,
pas stabilisé. Le syndicat doit essayer de se débrouiller
dans cet univers un peu complexe, mouvant qui change continuellement,
qui crée toujours de nouveaux problèmes, avec des salariés
qui sont eux-mêmes mis dans des positions nouvelles, avec beaucoup
de difficultés pour analyser ces situations, essayer de les comprendre,
savoir ce qui se passe
Elizabeth MARTICHOUX,
journaliste à La cinquième,
Vous nous apportez un mot dexcuse du syndicalisme.
Vous expliquez pourquoi il a un peu de mal à prendre le train en
marche. On ne peut pas en même temps défendre les acquis
dhier et en même temps arriver à
François GAUDU, professeur
de droit à l'Université de Paris I,
Un contraste est à souligner entre la France
et dautres pays développés. À lheure
actuelle, on a constaté que le taux de syndicalisation augmentait
dans des pays aussi différents que lItalie, la Suède
ou les États-Unis.
Il faut savoir que la France est atypique. Le très
faible taux de syndicalisation dans le secteur privé nous situe
tout en bas de lensemble des pays développés. Dans
les pays où le syndicalisme navait pas de grandes alternatives
idéologiques à proposer et sest résigné
depuis longtemps à offrir un service économique aux salariés,
il ne sest finalement pas si mal adapté que cela. À
lheure actuelle, ce sont les syndicats américains qui nous
envoient des organisateurs pour essayer de syndiquer les salariés
d Amazon.com !
Yves LASFARGUE, consultant,
directeur du Centre de Recherche d'Etudes et de Formation pour l'Accompagnement
des Changements, CREFAC, auteur de "Technomordus/technoexclus"
ed. L'Organisation,
Un mot par rapport à ce que disait Serge LE
ROUX sur le syndicalisme. Trois exemples syndicaux pour montrer que ce
nest pas si grave que cela. Tous les grands syndicats utilisent
massivement Internet pour leurs liaisons internes. Pratiquement tous les
syndicats en France ont un intranet et 500 responsables sont en communication
permanente. Ce nétait pas du tout évident ; toutes
les entre entreprises nen ont pas. Deuxième exemple : toutes
les grandes organisations ont des sites Internet qui ont 10 000 à
15 000 appels par jour. Troisième exemple : au moins une organisation
syndicale que je connais, a mis des systèmes interactifs pour calculer
sa charge de travail ou sa répartition des temps. Ce qui veut bien
dire que lon commence à voir apparaître des outils
inimaginables il y a quelque temps. Cela étant dit, il est vrai
que le syndicalisme de la société industrielle a eu du mal
à se mettre là-dedans. Le syndicalisme du tertiaire et de
toutes les grandes entreprises, notamment de services, sont complètement
« à la cool » là-dedans. Il ne faut pas avoir
une vision trop négative. Un dernier exemple : une des choses qui
changent le plus le travail et dont on ne parle jamais sappelle
« la mise en place des logiciels intégrés »,
dont le plus connu en France est un logiciel allemand, SAP, qui change
la vie de 5 millions de travailleurs. On nen parle jamais dans les
articles parce que cest un peu technique.
Elizabeth MARTICHOUX,
journaliste à La cinquième,
Par qui est-il utilisé ?
Yves LASFARGUE
Elf, Total, toutes les grandes entreprises. Sil
est si important aujourdhui, cest quil tombe dans toutes
les moyennes entreprises et dans toute ladministration. Cest
un outil de gestion des logiciels totalement intégrés qui
valent plusieurs centaines de millions de francs et qui changent complètement
la vie des travailleurs. Mais il ne sont pas vraiment de la technologie
très séduisante. On ne fait pas darticles ou de photos
sur eux. Par rapport à cela qui change la vie des travailleurs,
pratiquement toutes les organisations syndicales ont fait des livres pour
expliquer comment gérer, non pas résister il nest
pas question de résister mais comment maîtriser ces
logiciels intégrés. Ce nest pas très spectaculaires.
Cest moins spectaculaire que daller défiler. Mais cest
quand même cela qui change la vie des travailleurs.
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