[ Thème n°13 : Demain le travail ]

Le travail contraint diminue

Claude DUBAR, sociologue à l'université de Versailles. Auteur notamment de "La France malade du travail", ed.Bayard,
Je voudrais venir sur la question du travail contraint. Cela existe, bien sûr. Un certain nombre de travaux restent marqués par la contrainte, mal payés, répétitifs, etc. Mais globalement, lorsqu'on regarde les choses sur un siècle ou même sur 30 ans, à la fois la part de ce genre de travail diminue dans l'ensemble de la population active, et à l'intérieur d'un grand nombre de travaux, la part la plus contrainte et la plus pénible diminue. Chaque travail a ses côtés positifs et négatifs.
Quand on regarde les tendances d'évolution, les professions qui ont créé le plus d'emplois, qui ont augmenté le plus dans les 30 ans, sont les professions de services aux personnes, les professions de l'information, de la santé, des services aux entreprises, etc., des activités qui peuvent être passionnantes, qui peuvent contribuer à la fois à la satisfaction des gens qui s'y engagent et rendre des services à ceux auxquels elles s'adressent, que ce soient les enfants dans l'école, les malades à l'hôpital, etc.
J'en témoigne en tant que chercheur, nous rencontrons des gens et nous les faisons parler de leur travail. Mais il y a des conditions, ce n'est pas automatique. La même activité, prise dans des contextes différents, avec des environnements différents, va être jugée comme un travail plutôt pénible ou un travail plutôt épanouissant. Il faut comprendre pourquoi il y a un rapport au travail qui permet d'avoir, comme le disent et le veulent les jeunes aujourd'hui, une réalisation de soi, avec des contraintes évidemment et des contreparties, mais qui donne un sens à la vie. Rien n'est gagné mais je pense que la lutte pour que ce type d'activité soit de plus en plus importante et de plus en plus ouverte au maximum de gens au XXIe siècle est un combat tout à fait essentiel.

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