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Françoise PIOTET, chercheur
au CNRS, professeur à Paris I en sociologie, et notamment responsable
du laboratoire Georges-Friedmann à Paris I, aura tout un propos
en tant que sociologue sur le travail et la santé.
Avant la loi sur les accidents du travail, laccident
du travail était toujours de la faute du salarié. Cétait
lui qui avait fait une fausse manuvre, qui avait fait quelque chose
et cest lui qui était sanctionné. Et il était
sorti de lentreprise sans lombre dune indemnité.
Quest-ce qui sest passé pour que maintenant, on dise
: Laccident du travail, ça peut être en partie
de la faute du salarié î. Et on fait une analyse sur larbre
des causes pour arriver à retrouver tout... Et en tout cas, on
a inventé un système qui mutualise les risques. Lentreprise
qui a des accidents du travail paye une cotisation et on mutualise. Celle
qui a plus daccidents est sanctionnée. Elle paye plus. Mais
en gros, il y a une espèce de réflexion sur laccident
du travail. Cest la fatalité de la vie de travail, comme
on a des accidents ailleurs, chez soi et dans la vie. Donc, ce nest
plus la faute de personne.
Mais la comptabilisation de ces accidents nest pas si évidente
que ça. On a une première incertitude sur les chiffres.
On ne sait pas tout à fait combien on a daccidents du travail
en France et on ne sait pas lévolution. En gros, on vous
dit tous les ans : Ils baissent, les accidents du travail ; depuis
un moment, ils baissent. Mais ils sont de plus en plus graves". On
fait donc lhypothèse que, très probablement, il y
a un certain nombre daccidents qui ne sont pas déclarés.
Les accidents mortels sont plus difficiles à
camoufler. En gros, le travail, cest la santé. Je vous assure
que les loisirs sont beaucoup plus dangereux que le travail du point de
vue de la mortalité. Les accidents du travail, il y en a 5 à
600 morts par an, ce qui est faramineux. Mais regardez combien de tués
pendant un week-end sur des accidents de la route. Cest donc inadmissible
quil y ait un seul mort au travail, mais toute chose égale
par ailleurs, la vie en dehors du travail est sacrément dangereuse.
Je pense quon devrait par moments sarrêter de vivre
pour éviter de mourir parce que ça représente des
risques tous les jours. Je fais exprès de relativiser.
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