[ Thème n°14 : le travail, c'est la santé ]

Les accidents du travail

Françoise PIOTET, chercheur au CNRS, professeur à Paris I en sociologie, et notamment responsable du laboratoire Georges-Friedmann à Paris I, aura tout un propos en tant que sociologue sur le travail et la santé.
Avant la loi sur les accidents du travail, l’accident du travail était toujours de la faute du salarié. C’était lui qui avait fait une fausse manœuvre, qui avait fait quelque chose et c’est lui qui était sanctionné. Et il était sorti de l’entreprise sans l’ombre d’une indemnité. Qu’est-ce qui s’est passé pour que maintenant, on dise : “ L’accident du travail, ça peut être en partie de la faute du salarié î. Et on fait une analyse sur l’arbre des causes pour arriver à retrouver tout... Et en tout cas, on a inventé un système qui mutualise les risques. L’entreprise qui a des accidents du travail paye une cotisation et on mutualise. Celle qui a plus d’accidents est sanctionnée. Elle paye plus. Mais en gros, il y a une espèce de réflexion sur l’accident du travail. C’est la fatalité de la vie de travail, comme on a des accidents ailleurs, chez soi et dans la vie. Donc, ce n’est plus la faute de personne.
Mais la comptabilisation de ces accidents n’est pas si évidente que ça. On a une première incertitude sur les chiffres. On ne sait pas tout à fait combien on a d’accidents du travail en France et on ne sait pas l’évolution. En gros, on vous dit tous les ans : “ Ils baissent, les accidents du travail ; depuis un moment, ils baissent. Mais ils sont de plus en plus graves". On fait donc l’hypothèse que, très probablement, il y a un certain nombre d’accidents qui ne sont pas déclarés.

Les accidents mortels sont plus difficiles à camoufler. En gros, le travail, c’est la santé. Je vous assure que les loisirs sont beaucoup plus dangereux que le travail du point de vue de la mortalité. Les accidents du travail, il y en a 5 à 600 morts par an, ce qui est faramineux. Mais regardez combien de tués pendant un week-end sur des accidents de la route. C’est donc inadmissible qu’il y ait un seul mort au travail, mais toute chose égale par ailleurs, la vie en dehors du travail est sacrément dangereuse. Je pense qu’on devrait par moments s’arrêter de vivre pour éviter de mourir parce que ça représente des risques tous les jours. Je fais exprès de relativiser.

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