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Intervention du public
Je suis curieux de savoir : tous ces retraités privés de
travail, comment ça influe sur leur santé ?
Françoise PIOTET, chercheur
au CNRS, professeur à Paris I en sociologie, et notamment responsable
du laboratoire Georges-Friedmann à Paris I, aura tout un propos
en tant que sociologue sur le travail et la santé.
Premier problème : on peut regarder létat
despérance de vie, on a des travaux sur les dates despérance
de vie qui montrent que, en particulier, un manuvre du bâtiment
a en gros cinq ans despérance de vie après sa retraite
et un instituteur vingt-cinq ans. Linstituteur a peut-être
des conditions de travail difficiles, mais compte tenu de lâge
où il prend sa retraite et de lactivité quil
a, il a une espérance de vie plus grande. La plus grande inégalité
que lon connaisse, cest linégalité sur
la durée des retraites, qui est considérable. Les cadres
ont des métiers stressants, mais ce sont eux qui ont lespérance
de vie la plus longue et les retraites dans la meilleure forme. Il faut
être clair là-dessus.
On sait des choses sur les cancers ; on sait que lamiante va produire
des dégâts ; on ne sait pas dans combien de temps, mais au
moment de la retraite. On a des pathologies qui se déclarent effectivement
après la retraite. Sinon, sur le reste, les retraités ont
coupé tout lien avec le travail, donc on suppose que cest
à dautres de soccuper de leur santé, que le
passé est le passé.
Florence LAUZIER, médecin
du travail, a été praticienne pendant douze ans et aujourdhui
travaille à la CRAMIF, la Caisse Régionale dAssurance
Maladie dIle-de-France. Elle est depuis dix ans dans la pratique
de la médecine au service des ingénieurs et contrôleurs
de prévention et plus particulièrement sur le thème
de la toxicologie.
Une toute petite précision : depuis quelques
années est instituée normalement dans les textes pour certaines
catégories de retraités, ceux en particulier qui ont été
exposés aux cancérogènes, un suivi post-professionnel,
cest à dire que ces anciens salariés pourraient bénéficier
dune prise en charge tous les ans ou tous les deux ans, en fonction
de lexposition quils ont eue, dun certain nombre dexamens.
Ce serait très précieux aussi pour nous de savoir effectivement
pour toutes les maladies à caractère différé
dans le temps qui arrivent à lâge de la retraite, et
en particulier les cancers professionnels, on manque cruellement dinformation.
On a oublié de dire, et cest important, cest quil
y a effectivement de vraies difficultés dans la réparation
des maladies professionnelles ; mais la toute première difficulté,
cest quil faut que la maladie professionnelle soit déclarée.
La première cause de non-reconnaissancee des maladies professionnelles,
cest la non-déclaration. Et la majorité des cancers
dont on pourrait penser quils sont professionnels ne sont pas déclarés.
La probabilité que votre médecin généraliste
vous pose la question, si vous avez un cancer de la vessie : Est-ce
que vous avez été exposé il y a trente ans à
telle ou telle substance ? "est quasiment nulle actuellement.
Jai été un peu médecin généraliste
et je peux vous dire quà lépoque je ne me suis
jamais pratiquement posé la question de lexposition professionnelle
des salariés que je suivais, sauf évidemment la sciatique
et la lombalgie. Mais pour les cancers, pour peu que vous fumiez, on ne
vous posera jamais la question de votre exposition professionnelle. Donc,
le suivi professionnel qui est installé dans les textes devrait
palier à ça, en offrant aux retraités le bénéfice
dun suivi. Malheureusement, cest très long à
démarrer puisque je crois quen 1998 en Ile-de-France, pour
toute la population de salariés partis en retraite, il y a eu 70
demandes de suivi post-professionnel. Là aussi, défaut dinformation.
Les retraités ne peuvent pas demander ce suivi sils nont
pas connaissance de leurs droits.
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