[ Thème n°14 : le travail, c'est la santé ]

Quand les retraités souffrent de maladies professionnelles

Intervention du public
Je suis curieux de savoir : tous ces retraités privés de travail, comment ça influe sur leur santé ?

Françoise PIOTET, chercheur au CNRS, professeur à Paris I en sociologie, et notamment responsable du laboratoire Georges-Friedmann à Paris I, aura tout un propos en tant que sociologue sur le travail et la santé.
Premier problème : on peut regarder l’état d’espérance de vie, on a des travaux sur les dates d’espérance de vie qui montrent que, en particulier, un manœuvre du bâtiment a en gros cinq ans d’espérance de vie après sa retraite et un instituteur vingt-cinq ans. L’instituteur a peut-être des conditions de travail difficiles, mais compte tenu de l’âge où il prend sa retraite et de l’activité qu’il a, il a une espérance de vie plus grande. La plus grande inégalité que l’on connaisse, c’est l’inégalité sur la durée des retraites, qui est considérable. Les cadres ont des métiers stressants, mais ce sont eux qui ont l’espérance de vie la plus longue et les retraites dans la meilleure forme. Il faut être clair là-dessus.
On sait des choses sur les cancers ; on sait que l’amiante va produire des dégâts ; on ne sait pas dans combien de temps, mais au moment de la retraite. On a des pathologies qui se déclarent effectivement après la retraite. Sinon, sur le reste, les retraités ont coupé tout lien avec le travail, donc on suppose que c’est à d’autres de s’occuper de leur santé, que le passé est le passé.

Florence LAUZIER, médecin du travail, a été praticienne pendant douze ans et aujourd’hui travaille à la CRAMIF, la Caisse Régionale d’Assurance Maladie d’Ile-de-France. Elle est depuis dix ans dans la pratique de la médecine au service des ingénieurs et contrôleurs de prévention et plus particulièrement sur le thème de la toxicologie.
Une toute petite précision : depuis quelques années est instituée normalement dans les textes pour certaines catégories de retraités, ceux en particulier qui ont été exposés aux cancérogènes, un suivi post-professionnel, c’est à dire que ces anciens salariés pourraient bénéficier d’une prise en charge tous les ans ou tous les deux ans, en fonction de l’exposition qu’ils ont eue, d’un certain nombre d’examens. Ce serait très précieux aussi pour nous de savoir effectivement pour toutes les maladies à caractère différé dans le temps qui arrivent à l’âge de la retraite, et en particulier les cancers professionnels, on manque cruellement d’information.
On a oublié de dire, et c’est important, c’est qu’il y a effectivement de vraies difficultés dans la réparation des maladies professionnelles ; mais la toute première difficulté, c’est qu’il faut que la maladie professionnelle soit déclarée. La première cause de non-reconnaissancee des maladies professionnelles, c’est la non-déclaration. Et la majorité des cancers dont on pourrait penser qu’ils sont professionnels ne sont pas déclarés. La probabilité que votre médecin généraliste vous pose la question, si vous avez un cancer de la vessie : “ Est-ce que vous avez été exposé il y a trente ans à telle ou telle substance ? "est quasiment nulle actuellement.
J’ai été un peu médecin généraliste et je peux vous dire qu’à l’époque je ne me suis jamais pratiquement posé la question de l’exposition professionnelle des salariés que je suivais, sauf évidemment la sciatique et la lombalgie. Mais pour les cancers, pour peu que vous fumiez, on ne vous posera jamais la question de votre exposition professionnelle. Donc, le suivi professionnel qui est installé dans les textes devrait palier à ça, en offrant aux retraités le bénéfice d’un suivi. Malheureusement, c’est très long à démarrer puisque je crois qu’en 1998 en Ile-de-France, pour toute la population de salariés partis en retraite, il y a eu 70 demandes de suivi post-professionnel. Là aussi, défaut d’information. Les retraités ne peuvent pas demander ce suivi s’ils n’ont pas connaissance de leurs droits.

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